février 28, 2021

Jabberwocky

De : Terry Gilliam

Avec Michael Palin, Harry H. Corbett, John le Mesurier, Warren Mitchell

Année : 1977

Pays : Angleterre

Genre : Comédie

Résumé :

À la mort de son père, le jeune Dennis décide de tenter sa chance en ville dans l’espoir de conquérir le coeur de sa dulcinée, Griselda, restée au village. Pendant ce temps, un horrible monstre surnommé Jabberwocky fait régner la terreur, tuant et anéantissant tout sur son passage. Voyant son royaume menacé, le roi Bruno le Contestable promet la main de sa fille à celui qui terrassera la bête…

Avis :

C’est en 1969 que les Monty Python vont connaître un succès fulgurant. Avec leur série Monty Python’s Flying Circus diffusée sur la BBC, la troupe va devenir le pilier de l’humour britannique, et cela jusqu’en 1974. Avec cette série, et ce succès, les portes du cinéma s’ouvrent en grand. Et ainsi, les comédiens vont fournir trois films, Sacré Graal, La Vie de Brian et Le Sens de la Vie. Cependant, au sein même du groupe, certains individus ont envie de s’émanciper un petit peu du délire Monty Python. Terry Gilliam, le seul américain de la bande, va alors se permettre un petit délire personnel en adaptant un poème de Lewis Carroll. Il va en ressortir Jabberwocky, première pierre dans la filmographie du cinéaste, qui va voir cette expérience comme un exutoire nécessaire.

En effet, selon ses dires, ce film va lui permettre de sortir un peu du groupe et de trouver de quoi raconter des histoires longues. En affichant son besoin de sortir des sketches courts, Terry Gilliam délivre alors un métrage à mi-chemin entre Sacré Graal et La Vie de Brian.

La souffrance

Jabberwocky nous propose de suivre les mésaventures de Dennis, fils de tonnelier incompris qui va partir dans la grande ville à la mort de son père pour chercher du travail et ainsi épouser la fille de son voisin qu’il convoite depuis des années. Sauf que son parcours va être semé d’embûches, allant de quiproquos en malchance, de coups du sort en manipulation, en passant par la plus improbable des chances. Bref, le film de Terry Gilliam est un délire loufoque dans lequel on va retrouver toute la formule de Sacré Graal, et ce qui sera les prémices de La Vie de Brian, notamment dans le sort du jeune homme. Sur son scénario, on va avoir réellement deux axes principaux qui vont se rejoindre au bout du compte. D’un côté, la vie de Dennis et son incroyable chemin. De l’autre, le Jabberwocky, monstre qui terrorise le pays.

En reliant ces deux histoires sur son final, Terry Gilliam va tenter d’aborder différents thèmes, que ce soit sur la vie de pécore de Dennis, ou encore sur celle de bourgeois, avec un roi excentrique et ressort comique malgré lui. Si on regarde du côté de Dennis, on va y voir un pauvre type un peu naïf, qui se fait avoir lorsqu’il s’investit dans quelque chose (relation amoureuse, recherche d’emploi) et qui, par un heureux hasard, s’en sort toujours grâce à une chance inespérée dont il ne se rend même pas compte. Le concept de destin est très fort dans ce métrage. Car derrière les rudes coups de la vie, la bonté de Dennis est tout le temps remerciée par un hasard gratifiant.

Le destin

L’aspect drôlatique de la chose est que Dennis ne s’en rend jamais compte, et commence, sur la fin du métrage, à comprendre qu’il est pris pour un abruti, et sent que tout le monde se joue de lui. Sauf qu’il reste sur ses premières impressions et ne semble pas non plus se rendre compte que la chance qu’il a, en partant avec la princesse et la moitié du royaume. Ainsi donc, Terry Gilliam confronte le personnage entre ce qu’il veut vraiment, qui n’est pas terrible, et ce que lui propose la vie, mais dont il semble désintéressé. Ajoutons à cela des situations grotesques, voire ubuesques, et on trouvera ce destin à la fois tragique et drôle. Le coup du tavernier qui se jette lui-même, la rencontre avec le Jabberwocky, ou encore avec l’écuyer du futur champion. Bref, autant de moments qui poussent au fou rire tant c’est grotesque.

De l’autre côté, on va trouver le personnage du roi, qui est lui aussi hilarant. Sauf qu’ici, nous sommes dans un autre registre. Le roi, aussi naïf et cruel soit-il, fait écho à la reine de cœur dans Alice au Pays des Merveilles. Il coupe facilement des têtes, mais fait preuve d’une certaine bonhommie. Son côté enfant le pousse à des réjouissances sanglantes (le tournoi) et il laisse passer certaines choses qui sont pourtant agaçantes. Le réalisateur joue sur la bourgeoisie et les caprices d’un homme qui n’a pas vraiment de limite, mais qui n’a qu’une seule parole. Là encore, l’absurde est de mise. On retrouve des moments cocasses, parfois anachroniques, mais qui font mouche quasiment à chaque fois. Comment ne pas rire face au héraut qui annonce tous les titres du roi à chaque fois que ce dernier souhaite prendre la parole ?

Le hasard

Fruit d’un hasard ou non, Jabberwocky peut presque se voir comme un chaînon manquant entre l’humour de Sacré Graal et l’histoire tragi-comique de La Vie de Brian. On retrouve des moments absurdes, qui font le sel de l’humour des Monty Python. Mais on retrouve aussi l’histoire d’un homme qui en prend plein la couenne tout au long du récit. Et Terry Gilliam de poser les bases de sa mise en scène. Sin on retrouve des thématiques chères au cinéaste, comme la mort et la destinée, on aura droit aussi à quelques tics de réalisation, comme ce traveling arrière qui suit les travées, ici, d’une ruelle très animée. On y décèlera aussi une critique acerbe de la religion, avec des fanatiques idiots, qui suivent des préceptes crétins, allant jusqu’au suicide. Bref, le réalisateur couche déjà tout ce qui va caractériser sa carrière par la suite.

Au final, Jabberwocky, le tout premier film de Terry Gilliam en solo, est une franche réussite. Si on ne retrouve pas l’humour total de Sacré Graal, on reste tout de même dans un film d’aventure très drôle et qui possède un réel fond. Loin de ne faire que de la blague potache, le cinéaste brasse des thèmes qui lui sont chers et pose déjà un film plus profond qu’il n’y parait. Aujourd’hui, il est possible de découvrir (ou redécouvrir) ce film dans une version restaurée de toute beauté. Alors pourquoi se priver ?

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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