janvier 19, 2021

Ernest et Célestine

De : Benjamin Renner, Vincent Patar et Stéphane Aubier

Avec les Voix Originales de Lambert Wilson, Pauline Brunner, Anne-Marie Loop, Patrice Melennec

Année : 2012

Pays : France

Genre : Animation

Résumé :

Dans le monde conventionnel des ours, il est mal vu de se lier d’amitié avec une souris. Et pourtant, Ernest, gros ours marginal, clown et musicien, va accueillir chez lui la petite Célestine, une orpheline qui a fui le monde souterrain des rongeurs. Ces deux solitaires vont se soutenir et se réconforter, et bousculer ainsi l’ordre établi.

Avis :

On parle assez peu de l’animation française et pourtant, on a de nombreux talents dans notre pays. Si on excepte un certain Pierre Coffin qui s’est exilé aux States pour vendre ses Minions, certains studios ont fait le choix de rester en France pour produire de petites pépites de l’animation. Si on peut penser aux studios Folimages basés à Valence dans la Drôme, il y a quelques temps de ça, les Studio Canal sont allés jusqu’aux César avec Ernest et Célestine. Tout d’abord albums de jeunesse, c’est l’écrivain Daniel Pennac qui va se saisir des personnages pour en écrire une histoire taillée pour le cinéma. Benjamin Renner va alors réaliser son premier aux côtés de Vincent Patar et Stéphane Aubier. Il en résultera une petite merveille simple et douce, qui fait énormément de bien tout en apportant un joli lot de réflexions sur divers thèmes.

Ours mal léché

L’histoire d’Ernest et Célestine est relativement simple, puisqu’elle s’adresse principalement aux jeunes enfants. On va découvrir deux mondes. Celui du dessous, qui appartient aux souris, qui vivent plus ou moins dans la clandestinité et qui vouent un culte aux dents. Celui d’en haut, qui appartient aux ours, qui ressemble étonnement au notre. Les ours ont peur des souris, qu’ils considèrent comme des nuisibles, des voleurs. Alors que Célestine doit partir trouver cinquante dents pour sa ville, elle s’endort dans une poubelle et est récupérée par Ernest, un ours marginal qui n’a d’autres solutions que de voler pour se nourrir. Ensemble, les deux vont s’entraider pour mieux vivre et ils vont nouer une amitié indéfectible. Derrière ce pitch basique, on va trouver plusieurs thématiques qui sont intéressantes et intelligentes. Le métrage s’adressant principalement aux enfants, ils vont être très explicites, sans pour autant tomber dans la sur-explication.

Bien évidemment, en premier lieu, Ernest et Célestine va parler des différences. Comment un ours du haut peut-il être ami avec une souris du bas ? Combattant les préjugés de leur société, les deux personnages vont se battre pour être heureux ensemble. Cela signifie faire des compromis, accepter les différences de l’autre, mais surtout comprendre pourquoi leurs deux mondes les rejettent. Le film se base alors sur la bagarre constante envers les codes préétablis et de forcer les gens à voir du bon en l’autre, en l’inconnu, sans faire des jugements hâtifs et potentiellement faux. En dehors de cette lutte pour accepter la différence, il y a aussi la lutte des classes que seuls les adultes peuvent voir. Les souris viennent au crochet des ours, alors que leur société est fondée de la même façon. A un tel point que les établissements spéciaux, comme le tribunal, sont au même endroit, l’un au-dessus de l’autre. Une preuve que l’autre n’est parfois pas si différent de nous. Un message important dans cette période d’ostracisme.

Epuré

Ce qui marque aussi dans Ernest et Célestine, outre son scénario très joli, c’est le graphisme. On est très loin des images numériques de chez Pixar ou Dreamworks. Ici, tous les traits sont faits à la main, avec un effet aquarelle qui donne une certaine poésie à l’ensemble. Les traits tiennent souvent du croquis coloré, mais c’est aussi ce qui donne son charme à ce film. Il y a une vraie empreinte, une vraie identité. Cela permet à Ernest et Célestine de sortir de la masse, et surtout, chose rare, son design est en adéquation avec le message tout en douceur qu’il veut faire passer. Benjamin Renner ne nie pas ses inspirations du côté de Miyazaki et du Studio Ghibli qui, heureux hasard, sortira Le Conte de la Princesse Kaguya une paire d’année plus tard, avec des graphismes similaires.

Ce style épuré participera donc à la douceur et à la poésie de l’ensemble. On assiste alors à un conte moderne qui cite ses références tout en les digérant sciemment. On peut y voir le conte du Petit Chaperon Rouge. On peut y déceler des moments qui rappellent Boucle d’or et les trois oursons. On peut aussi y voir une alternative à toutes les histoires qui évoquent le grand méchant loup. Sauf qu’ici, tout est à portée des enfants pour accéder rapidement à une compréhension globale de l’amitié malgré nos différences et malgré nos peurs. Cela est aussi dû aux caractères bien trempés des deux personnages. Célestine est une petite souris qui n’abdique jamais et qui a un fort caractère. C’est d’ailleurs pour cela que l’on va de suite aimer cette petite créature qui essaye de s’en sortir grâce à sa gentillesse et son altruisme. De l’autre côté, on a Ernest, un vieil ours revêche qui vit en marginal, loin de la ville. Tout d’abord bougon et voyou au grand cœur, il va vite montrer à tout le monde sa bienveillance et son courage. Il était donc évident que les deux personnages nous touchent avec autant de travail autour d’eux.

Au final, Ernest et Célestine est un très beau film d’animation français. Si on aurait pu croire à un film un peu trop bienpensant et à destination unique des enfants, c’est tout son contraire. Car si les têtes blondes y trouveront leur compte avec ce film simple et tendre, les adultes y verront aussi une critique acerbe de nos comportements envers ce (ceux) que l’on ne comprend pas. Superbe récit sur l’amitié et l’entraide, ce film, qui remportera le César du meilleur film d’animation en 2013, est une petit perle qui fait du bien au moral et qui véhicule beaucoup de bonheur.

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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