décembre 2, 2020

Entretien avec un Vampire – L’Histoire de Claudia

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Résumé :

Transformée à l’âge de cinq ans, Claudia découvre sa nouvelle nature entourée de ses deux pères, vampires. Immortelle, elle reste prisonnière de son corps d’enfant, alors que son esprit grandit et évolue, de plus en plus avide. Sans le savoir, cette soif intarissable de connaissance mènera Claudia à sa perte… Voici son histoire.

Avis :

Les vampires ont toujours fasciné la culture populaire. De Dracula à la bit-lit de gare, nos amis aux dents longues se sont adaptés à toutes les époques, aux exigences éditoriales (sans doute le plus terrible), aux us et coutumes des peuples du monde entier. On ne compte plus le nombre d’ouvrages, de films et que sais-je encore sur ces créatures de la nuit. Malheureusement pour les amateurs du courant traditionnel (pas les frasques post-Twilight et consorts), il est difficile de retrouver des livres fidèles au mythe sans s’oublier dans des niaiseries mielleuses ou les préoccupations futiles (et c’est un euphémisme) d’adolescents en mal d’amour et d’hémoglobine. Aussi, quoi de mieux que de se pencher sur l’adaptation graphique d’un chef-d’œuvre de la littérature fantastique ?

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Eh non, nous ne parlerons pas de Dracula entre ses lignes, mais d’Entretien avec un vampire. Premier roman d’Anne Rice qui l’a rédigé alors qu’elle avait perdu sa fille d’une grave maladie, ce premier tome des chroniques des vampires fait montre d’un respect et d’une atmosphère sans commune mesure pour les vampires. Le succès est au rendez-vous et, seize années plus tard, l’histoire est portée sur grand écran par Neil Jordan (qui a renoué récemment avec le genre avec Byzantium) où l’on retrouve Brad Pitt et Tom Cruise en tête d’affiche. Auparavant, l’on avait eu droit à une adaptation sous forme de comics (douze numéros en trois ans), ainsi qu’un manga en one-shot.

Les produits dérivés sont donc nombreux, mais neuf années s’écoulent pour que l’on voie resurgir des cercueils Lestat, Louis et Claudia. À ce titre, le présent livre se concentre sur le point de vue de cette dernière. Là où on aurait pu s’attendre à une préquelle, l’on se laissera surprendre par le choix de l’auteur (et du commanditaire de l’ouvrage) pour resituer l’action au moment où l’on découvre Claudia pour la première fois au cœur du roman. Autrement dit, l’on verra une partie du récit original sous l’œil désenchanté de la jeune fille. Un point de vue qui peut étonner, mais se justifie par un minimum d’innovation tout en restant fidèle à l’œuvre d’Anne Rice.

Bien entendu, quelques libertés ont été prises, mais les amateurs du livre se retrouveront sans peine et ne se glaceront pas d’effroi face à un produit formaté sur l’autel du mercantilisme éhonté. Deux difficultés s’imposent pour ce genre de projet. Cerner les forces du matériau de base, puis les retranscrire par le biais d’un média certes intéressant et soigné, mais limité au niveau de la taille et la place. Comment faire rentrer la narration détaillée d’un roman dans des vignettes ? La majorité de l’œuvre s’appuyant davantage sur le visuel que sur les descriptions. Certains se sont cassé les dents pour moins que cela.

Pourtant, la jeune et talentueuse Ashley Marie Witter s’en sort très bien. D’une part, le choix de reprendre une partie de l’histoire permet de l’étirer sur les pages avec plus de confort (224, alors qu’une bande dessinée se serait arrêtée à 50, voire 60 pages pour le même type de travail). D’autre part, ses dessins font preuve d’un soin tout particulier. Les lignes sont fines et précises, les couleurs tendent uniquement vers un filtre sépia de toute beauté (comme le reste d’ailleurs), les traits des personnages conservent des caractéristiques très réalistes et l’enchaînement des séquences se montre fluide et net. En somme, l’illustratrice retranscrit avec brio l’atmosphère gothique du roman.

Cet exploit s’appuie sur une narration assez vive. Malgré les nombreux échanges, les passages sont prenants et recèlent une justesse rare sur la condition humaine, l’immortalité et la fin de l’enfance. Les thèmes qui sont chers à Anne Rice ne sont pas bafoués, mieux ils trouvent leur place dans la relecture de son œuvre. On a droit à des dialogues fouillés et épurés qui n’entravent nullement le rythme. Certains éternels insatisfaits pinailleront sur la conclusion, le personnage d’Armand ou de menues divergences avec le roman. Dans un certain sens, ils n’auront pas tort de les remarquer, mais cela n’empêche nullement d’apprécier le travail accompli. Il est donc inutile de le fustiger pour rien, surtout au vu de la production actuelle.

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Au final, cette adaptation graphique étonne par le souci du détail dont elle a fait preuve. Outre le plaisir de retrouver un univers riche et fascinant, l’on contemple la patte esthétique somptueuse et fouillée de chaque vignette. On reste dans la retenue tout en épaississant l’ambiance gothique du roman. En dépit de quelques éléments narratifs absents ou modifiés, la lecture de l’histoire de Claudia mérite de s’y pencher. Il est toutefois préférable que vous connaissez Entretien avec un vampire, au moins vu le film pour saisir pleinement les tenants et aboutissants du récit (cette adaptation graphique n’étant qu’une parenthèse conséquente dans l’œuvre principale). Certes, le présent ouvrage n’apporte aucun éclairage nouveau (malgré ce changement de point de vue) et surprise de taille, mais il serait dommage de passer à côté si vous êtes familier des chroniques des vampires.

Note : 15/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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