avril 13, 2021

Top 70 Albums 2020

2020 a été une année paradoxale. A part si vous avez eu la chance de vivre en hibernation dans une grotte ces 15 derniers mois, vous savez qu’une pandémie a mis le monde à genoux à coups de confinements, déconfinements, reconfinements, etc. Victimes des mesures sanitaires, les artistes ont vu leurs concerts, tournées s’arrêter et on a encore en tête la triste litanie des festivals reportés. D’ailleurs, plusieurs groupes ont décidé de se mettre en stand-by voire d’arrêter. Comme un paradoxe pour une des années les plus prolifiques en sorties et le niveau qualitatif a été très élevé (saluons par ailleurs la vitalité de la scène française), au point qu’il a été très dur de faire un classement. Aussi, contrairement à l’an dernier, ce ne sera pas un top 30, mais carrément un top 70 qui va être proposé. Bien sûr, plusieurs très bons albums demeurent sur le carreau, la condition pour entrer dans ce top étant d’avoir une note de 18 minimum. Voici donc un échantillon de ce que 2020 a proposé de meilleur. Alors on se pose un instant pour le découvrir (de toute façons, il fait froid alors il n’y a rien à faire de mieux) et n’hésitez pas à venir débattre ou râler s’il le faut. En attendant, je vous souhaite une bonne année 2021.

#70 Pearl Jam – Gigaton (Universal Republic)

Un album de Pearl Jam est toujours un évènement en soi. Pourtant celui-ci a divisé à cause de certains titres qui sonnaient post-punk/new wave. Cette envie d’expérimenter de nouvelles pistes n’a pas nui à l’efficacité de l’ensemble et Gigaton, sur lequel les musiciens montrent une énorme polyvalence, est un passionnant de bout en bout. Les petits gars de Seattle, qui n’ont pourtant plus rien à prouver, ont montré encore une fois qu’on pouvait compter sur eux.

#69 Body Count – Carnivore (Century Media)

Piliers du rap metal vindicatif aux côtés de Rage Against the Machine, Body Count a marqué les années 90 au fer rouge avec des albums séminaux au doux parfum de scandale. Depuis leur reformation, les californiens enchaînent les sorties avec une régularité métronomique. Succédant à Bloodlust un cran en dessus, Carnivore trouve un écho dans l’actualité sociale aux Etats-Unis. Un album marqué par un sentiment d’urgence, devenu indispensable également grâce à la performance du regretté Riley Gale dont c’est l’une des dernières apparitions au micro.

#68 Murmur Tooth – A Fault in the Machine (auto-production)

Groupe devenu projet solo de la chanteuse Leah Hinton, native de Nouvelle-Zélande émigrée en Allemagne, Murmur Tooth mêle indie, trip-hop et quelques touches de rock. A Fault in the Machine est son premier album et offre un moment de douceur bienvenu dans notre époque anxiogène. A mille lieues des chanteuses à concept foireuses dont les médias comme Les Inrocks et Quotidien nous sort par paquets de 12 dont un gratuit, Murmur Tooth ne sombre à aucun moment dans la prétention ni la facilité.

#67 High Priestess – Casting the Circle (Ripple Music)

Deuxième album pour les californiennes de High Priestess qui évoluent dans un doom psychédélique vintage. Il faut plusieurs écoutes pour apprécier pleinement ce Casting The Circle, et au début il semble un brin répétitif, mais une fois qu’on est pris dans le truc, c’est un superbe album, sincère, travaillé, montrant de belles dispositions sur le plan musical.

#66 Thundermother – Heat Wave (AFM Records)

Quatrième album pour les suédoises de Thundermother qui, en dépit de changements de line-up, a toujours trouvé une cohésion et l’énergie nécessaire pour enflammer les scènes avec un hard-rock qui donne envie de faire la bringue en éclusant de bonnes bières. Meilleur album du groupe et un des meilleurs albums de hard rock de l’année, Heat Wave a tout de la bande son idéale pour l’été et s’écoute avec les potards collés à 11.

#65 Kirk Windstein – Dream in Motion (Entertainment One Music)

Leader totémique de Crowbar depuis plus de 30 ans, gratteux de Down, Kirk Windstein se lance enfin dans un album solo (où, à part la batterie, il fait absolument tout). Un poil moins crade et poisseux que ce à quoi il nous a habitué, Dream in Motion s’inscrit tout de même dans la lignée des morceaux de bravoure du combo de la Nouvelle-Orléans. Un album solo n’est pas sans risques, mais Kirk Windstein ne s’éloigne pas non plus trop de son registre habituel et en prime se met à nu pour sortir une œuvre magistrale.

#64 Testament – Titans of Creation (Nuclear Blast)

37 ans d’existence, 12 albums à leur actif et Testament a encore la pêche et la détermination pour s’imposer parmi les cadors de la scène thrash US. Titans of Creation est une nouvelle pierre à mettre à l’édifice des gars de Berkeley. Aucune faute de goût, Testament reste dans son registre et livre un excellent album avec des musiciens de très bon niveau, un Chuck Billy en belle forme, des refrains hyper efficaces (comme sur Children of the Next Level qui appelle une écoute à volume max), des tubes (enfin des tubes de thrash) instantanés et tout ce qu’il faut pour décrasser les esgourdes et donner aux thrashers ce qu’il demande.

#63 Code Orange – Underneath (Roadrunner Records)

Quatrième album pour Code Orange. Les petits jeunes de Pittsburgh, chantres d’un hardcore bien énervé ont opté pour une démarche radicale et hyper exigeante avec un album pas franchement accessible, à l’atmosphère dérangeante, poisseuse voire flippante. Underneath est un album complètement barré, blindé d’électro, jonglant entre metalcore, hardcore, indus bruitiste, multipliant les effets perturbants pour l’auditeur. Underneath est un album conçu comme un bloc et détacher un morceau serait une hérésie tant le tout forme un ensemble réfléchi et cohérent. Pour qui adhère au délire il est vrai particulier, Underneath est une branlée interstellaire doublée d’un formidable coup de pied dans la fourmilière.

#62 Lucifer – Lucifer III (Trooper Entertainment)

Troisième album (quasi-)éponyme pour Lucifer, groupe basé à Berlin au line-up pas hyper stable articulé autour de la chanteuse Johanna Sadonis (The Oath). Débutant dans le registre doom psychédélique, Lucifer fait un virage sur le deuxième album occult rock teinté de blues-rock heavy metal traditionnel de fin 70s, avec l’arrivée de Nicke Andersson. Lucifer III reste dans ce registre, avec plus de réussite que l’album précédent. C’est globalement réussi, et très accrocheur, et pour les amateurs de sonorités old school, ça marche immédiatement. Catchy, entrainant, porté par le très beau timbre de la non moins superbe Johanna Sadonis, Lucifer III est prenant et on se surprend à danser par moments, comme possédé par les riffs démoniaques.

#61 Nebulizar – Apprehension (Klonosphere)

Nebulizar est un groupe marnais qui croise le fer entre metal prog, thrash limite death avec des touches de metal moderne. Première œuvre d’une formation qui ne se contente pas d’un style et qui s’avère difficilement classable, Apprehension est un premier album solide, riche et généreux qui annonce un groupe plein de promesses.

#60 Howard – Obstacle (Klonosphere/Season of Mist)

Power trio parisien de stoner dont la particularité est la mise en avant de l’orgue Hammond et de la moog bass, Howard débarque avec un premier album qui apporte une nouvelle preuve de la richesse de la scène française. Dès Quicklime, l’envie de secouer la crinière est là et ne lâche pas l’auditeur. Difficile de retirer un titre particulier tant le niveau est constant et élevé tout au long de la demie-heure d’écoute.

#59 Lotus Thief – Oresteia (Prophecy Productions)

Inspiré par la littérature (ils ont à leur actif des morceaux inspirés de l’Odyssée d’Homère, de Lucrèce ou de Crowley), Lotus Thief a décidé d’adapter dans leur style musical l’Orestie, trilogie d’Eschyle. Bien sûr il n’est pas nécessaire de connaître cette œuvre du théâtre tragique grec pour l’apprécier, mais ceux qui la connaissent comprendront la pertinente de la démarche musicale du groupe et sa constante dualité entre des moments lumineux porté par la voix sublime de Bezaelith tirant vers le heavenly voices de Cocteau Twins et le chaos purs avec la batterie qui s’emballe, les riffs tranchants et le shriek glaçant d’Ascalaphus, ainsi que l’insertion d’interludes planants, astraux et parfois glaciaux entre les morceaux.

#58 Les Idiots – Tout le Monde le Sait (10H10)

Pilier du punk midi-pyrénéen avec Condkoï, Guillaume Boutevillain a lancé le collectif Opium du Peuple, le plus drôle tribute band de France qui faisait de chaque concert une véritable fête, puis les Oreilles Rouges, premier groupe de punk pour les enfants. Avec Les Idiots, il se lance dans le registre de la chanson à textes, dans la pure tradition des poètes de la chanson à textes, les Brassens, les Ferrat, le Moustaki, les Graeme Allwright, ou les groupes plus récents comme Les Hurlements d’Léo, Les Ogres de Barback, La Rue Kétanou…. bref des mecs qui, avec une guitare, un accordéon et une plume peuvent te sortir des morceaux immortels. Avec cette gouaille punk, cette colère des débuts dans le punk hardcore mais aussi une certaine tendresse, Les Idiots mettent de la joie dans la tristesse et un peu de tristesse dans la joie.

#57 Kadavar – The Isolation Tapes (Robotor Records)

Pour pallier à la fin (temporaire?) de l’expérience des concerts pour cause de pandémie, plusieurs groupes ont profité des nouvelles technologies faute de mieux. Après avoir été un des premiers groupes à faire des livestreams, les allemands de Kadavar ont profité des sessions studios pour expérimenter, composer au feeling et se laisser porter. Le résultat est The Isolation Tapes, album OVNI dans la discographie d’un groupe qui avait consacré sa carrière jusqu’alors à parfaire leur formule. A mille lieues du rock sabbathien qu’ils livraient jusqu’alors, Kadavar bifurque vers un space-rock psychédélique aux influences variées, aux instruments divers. Un album de basse plus que de guitare, pas du tout riffu ou fuzzy mais avec des superbes lignes de basse groovy à souhait. Surtout, The Isolation Tapes est un magnifique doigt d’honneur à la morosité ambiante, une démonstration de liberté artistique totale face à une situation d’enfermement. Salutaire.

#56 En Minor – When the Cold Truth Has Worn its Miserable Welcome Out (Housecore Records)

Sur le plan artistique, Phil Anselmo n’a plus grand chose à prouver. Humainement, ses frasques ont fait exploser le nombre de détracteurs et ses addictions ont endommagé sa voix et ses performances (le temps où il passait du très aigu au très grave sur Cemetary Gates semble loin). C’est un Phil Anselmo sur le chemin de la rédemption et conscient de ses démons qui débarque en frontman du big band En Minor, groupe de qu’il appelle « Depression Core », un blues ancré dans ses racines sudistes, hyper sombre et poisseux.
When The Cold Truth Has Worn Its Miserable Welcome Out est le nom de ce premier effort. Qu’on se le dise, En Minor ne vient rien révolutionner et n’en a pas l’intention mais c’est un projet empreint de sincérité, touchant, émouvant, déchirant par moments.

#55 Big Scenic Nowhere – Vision Beyond Horizon (Satin Records)

Big Scenic Nowhere est un supergroupe monté par les guitaristes Bob Balch (Fu Manchu) et Gary Arce (Yawning Man), entourés d’autres poids lourds du stoner : Alain Johannes (QOTSA), Mario Lalli (Yawning Man), Tony Reed (Mos Generator) et Per Wiberg (Spiritual Beggars). Avec son casting en or massif, Big Scenic Nowhere aurait pu rester sur son EP acclamé par les fans mais les mecs ont voulu explorer le truc en profondeur en livrant un des projets stoner les plus jouissifs de ces dernières années. Si la somme de talent n’est pas toujours signe de qualité à l’arrivée, là c’est clairement le cas avec une œuvre majestueuse, ornée par une production classieuse (et la pochette est magnifique en plus).

#54 Bohren & Der Club of Gore – Patchouli Blue (Icepac Recordings)

Drôle de trajectoire que celle de Bohren & Der Club of Gore, groupe venu de Mülheim, ville minière du bord de la Rühr. Après une orientation hardcore à leur tous début, les allemands ont bifurqué vers un metal entre doom et jazz pour livrer une sorte de jazz mortuaire. Les années faisant, le line-up s’est resserré pour former un trio qui maintenant mêle jazz et ambient. Le nouvel opus, Patchouli Blue continue sur cette tendance. Sur la page Facebook du groupe, on peut lire « detective-jazz » dans la description. Ce terme est probablement ce qui convient le mieux pour définir Patchouli Blue avec son orchestration élégante, ses arrangements classieux, sa musique extrêmement lente, mélancolique et expansive où le saxophone enivrant tient une place prépondérante. A l’écoute de l’album, on se retrouve projeté dans l’univers des romans de Raymond Chandler ou de James Ellroy, avec une ambiance film noir qui arrive très vite et ne lâche pas.

#53 Haunt – Flashback (Church Recordings)

Quatre albums et deux EP depuis 2017, on peut dire que le groupe californien Haunt fait dans le productif. Haunt fait partie d’un ensemble de trois groupes dans lesquels évoluent le guitariste John Tucker et le chanteur multi-instrumentiste Trevor William Church, fils de Bill Church le bassiste de Sammy Hagar de 1976 à 1997. Très influencés par le NWOBHM, ils livrent avec Flashback un voyage au début du 80s. Cette démarche pourrait paraître opportuniste avec le succès de séries comme Stranger Things, de films comme Super 8 et de toute une flopée de films, séries et albums qui surfent sur la vague nostalgique, mais Haunt transpire la sincérité par tous les pores. A l’écoute de Flashback, on sent que l’époque où a évolué papa a fortement marqué fiston. Haunt livre son meilleur album, un véritable panard qui donne envie de faire vrombir le moteur de la DeLorean, se niquer les pouces sur des bornes d’arcade, rechausser les vieilles shoes et se faire un petit voyage dans le temps.

#52 Karg – Traktat (AOP Records)

Karg est un projet de JJ de Harakiri For The Sky. C’est même son premier projet, avec lequel il sort régulièrement des albums depuis 2008, d’abord en qualité de chanteur guitariste, puis en faisant tout tout seul depuis 2014. Traktat est son 6ème album. Sur une base de DSBM (comme ce qu’il fait avec Harakiri), il mêle à du post-black metal et du shoegaze, le tout chanté en Allemand, une musique idéale pour beugler que ça va paaaaaaaaas fort quand ça va paaaaaaaaaaaas fort. Et ça tombe bien (enfin bien…..) car l’auteur/compositeur/tout autrichien de Karg va paaaaaaaaaaas fort. Traktat a été écrit après qu’on lui a diagnostiqué un épisode dépressif, bref on n’est pas dans le summum du tombage de chemise. Traktat, composé avec toute l’énergie du désespoir dans ce qu’il a de plus sombre, est de toute beauté. Alternant hurlement furieux lors de moments virulents (bien que la voix pèche un peu) et nappes hyper planantes et mélancoliques, les 8 morceaux ne font jamais dans l’expéditif ou la facilité. Chaque chanson est musicalement très travaillée et recèle de purs instants de grâce.

#51 Odraza – Rzeczom (Gods ov War Production)

Ne vous fiez pas à la superbe pochette avec la sublime modèle Dorota Maria Kuźmicka, ce sera la seule chose douce qu’Odraza va vous proposer. En dépit de la couverture, on n’a pas à faire à un album d’indie/rock écrit pour oublier un amour déçu. Odraza, c’est un black metal sombre, brumeux, vénéneux venu de la scène polonaise. Rzeczom est un pur condensé de noirceur, ne laissant aucun moment de répit, aucun rayon de lumière et où les brefs moments de calme ne sont que des leurres. Ici, on est dans un Black Metal pur et dur, pas forcément de celui qui blasphème et sort les croix renversées, mais celui de la tristesse et de la déprime profonde. Varié et moderne tout en restant ancré dans la tradition du Black Metal, Rzeczom est une très belle carte de visite pour un groupe définitivement à suivre avec attention.

#50 Seether – Si Vis Pacem Para Bellum (Fantasy Records)

Huitième album pour les sud-africains de Seether, groupe que les détracteurs qualifient d’ersatz de Nirvana. On retrouve d’ailleurs ça et là des moments semblant sortis de la bande à Kurt, mais aussi des titres qui viennent rappeler au bon souvenir du Seether de l’époque Disclaimer & 2, celui du metal alternatif. Dans un style comme dans l’autre, si Seether ne révolutionne pas la musique et n’en a pas l’intention, le groupe demeure d’une efficacité sans failles, que ce soit grâce au chant habité et viscéral de Shaun Morgan Welgemoed, aux riffs de Corey Lowery, le nouveau venu, les lignes de basse de Dale Stewart très bien mise en avant, ou tout simplement aux mélodies imparables qui font mouche et restent en tête. Pour tout ça, il n’est pas exagéré de considérer Si Vis Pacem Para Bellum comme le meilleur album du groupe depuis longtemps et comme l’un des meilleurs dans son registre de l’année.

#49 Oceans of Slumber – Oceans of Slumber (Century Media Records)

Quatrième album pour les texans d’Oceans of Slumber, qui mélange metal progressif, death metal avec de grosses touches de doom. Après le très bon Winter puis l’excellent The Banished Heart, la formation a connu un sérieux plan social. C’est donc avec un nouveau claviériste, trois « cordeux » (2 gratteux et 1 bassiste) que Oceans of Slumber sort cet album éponyme. L’énorme changement n’a pas fait de dégâts puisque ce quatrième opus est encore supérieur à The Banished Heart qui disposait déjà de très bonnes qualités. Niveau voix, Cammie Gilbert, et son chant d’inspiration soul, rehausse encore le niveau, et le mariage avec les growlers opèrent encore une fois à merveille. Cette œuvre éponyme montre encore une fois qu’Oceans of Slumber est définitivement un groupe à suivre et à encourager et que même un album de près d’une heure et quart peut coller une branlée.

#48 God Dethroned – Illuminati (Metal Blade Records)

Créé il y a près de 30 ans, le groupe hollandais God Dethroned n’a pas toujours connu la stabilité. Après 2 ans seulement d’existence et un premier album au compteur, le groupe se sépare une première fois avant de se reformer 3 ans plus tard, en 1996, avant une seconde séparation en 2012 puis une reformation en 2014. Une instabilité qui s’est traduit par un impressionnant turn-over (le guitariste chanteur Henri Satler demeurant le seul membre d’origine) mais qui n’a pas empêché pourtant le combo de sortir 11 albums au total. Surprenant par le rythme de batterie en apparence (et en apparence seulement) dans la retenue, Illuminati brille de plus en plus au fil des écoutes pour se révéler hyper solide, de très haute volée. God Dethroned, quasiment 30 ans au compteur, et des crocs bien acérés de jeune premier, modernisant un black death tout en gardant un pied bien ancré dans le passé.

#47 Deep Purple – Whoosh (earMUSIC)

Que faire quand on a plus de 50 ans d’existence, qu’on a vendu des millions d’albums dont certains sont entrés à jamais dans l’histoire du rock, quand notre nom est associé, entre autres, à l’un des 5 riffs de guitare les plus connus et joués de tous les temps ? Certains seraient tenté de prendre leur retraite et ils auraient raison. D’autres se contenteraient de best of, d’enchaîner les tournées d’adieu ou comme Scorpions, de faire une tournée d’adieu depuis 10 ans. On aurait cru que Deep Purple raccrocherait après Infinite, et c’est ce qui a été prévu. Mais apparemment, comme AC/DC, Deep Purple fait partie de ces groupes qui meurent les armes à la main. Deep Purple qui, pourtant n’a pas connu une histoire de tout repos, entre split, départ de son emblématique génie de la guitare, etc, a connu plusieurs périodes (les fameux Mark) et depuis 2003, le groupe en est a son Mark VII avec lequel 5 albums studio et 6 lives ont été sortis.
Deep Purple est loin d’un groupe moribond, et le montre avec ce 21ème album, et quel album ! Si Whoosh devait constituer un dernier tour de piste, on peut dire que la sortie est magistrale.

#46 Brant Bjork – Brant Bjork (Heavy Psych Sound)

A l’instar de ses camarades de Kyuss, Brant Bjork est un incontournable du stoner américain, passé par quelques poids lourds de la scène. Depuis 2018, il a signé chez le label italien Heavy Psych Sounds et se sent comme un poisson dans l’eau comme semble l’attester le rythme effréné de ses sorties. Après l’excellent Mankind Woman et la très dispensable démonstration de branlette Jacoozzi suivi de la ressortie de son premier LP solo Jalamanta, Brant Bjork revient avec un album 100% composé par ses soins, seul aux instruments. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que si Jacoozzi semblait prétentieux, sur cet album éponyme, le mec est revenu à plus de simplicité. On a pas les paroles du siècle, mais qu’importe, on se laisse porter. Ici, le maître mot est : cool. Car Brant Bjork est la coolitude incarnée, et il n’a pas besoin de se forcer ou montrer toutes les 30 secondes qu’il est cool, tant ça transpire naturellement par sa musique et son chant. Brant Bjork déboule sous champis, en chemise à fleur et bermuda et rafle la mise avec ce voyage musical tout en décontraction dans ce que les 70s pouvaient offrir de mieux.

#45 Akiavel – V (Mystyk)

Formé il y a deux ans et déjà auteurs d’un EP, les aixois d’Akiavel sortent leurs premiers albums. Leurs années à brûler les planches au sein de leurs formations respectives ont permis aux membres d’avoir suffisamment d’expérience pour sortir au bout de seulement deux ans d’existence, un album à ce point abouti. Akiavel est un groupe de death metal alliant brutalité pure et mélodie, porté par Auré, growleuse qui tient la dragée haute à ses camarades masculins. Brutal à souhait, démonstration de force de musiciens talentueux, V est un premier album qui impressionne par le niveau de qualité autant du point de vue du growl que de la virtuosité des musiciens. Avec de tels albums, la scène metal française a beaux jours devant elle.

#44 Seeds of Mary – Serendipity (Klonosphere)

Fondé il y a un peu moins de dix ans, le quintet bordelais Seeds of Mary se fait très vite remarquer. Depuis leur premier album, Choose Your Lie, chaque sortie gagne de plus en plus d’adeptes et de très bonnes critiques. Signés chez Klonosphere depuis 2017 et le deuxième album The Blackbird and the Dying Sun, Seeds of Mary gagne peu à peu du galon au sein de la scène alternative française, et le nouvel album, Serendipity, durcit le ton. Le rock/grunge 90s des débuts a laissé sa place à un rock alternatif aux influences metal bien plus marquées. Impressionnant de puissance et de maîtrise, riche et varié, Serendipity est aussi l’œuvre de très bons musiciens qui doser à perfection l’émotion véhiculée dans leur morceau, sans jamais faire dans le too much. Avec un album pareil, Seeds of Mary a les armes pour aller taquiner la scène internationale et être pris au sérieux.

#43 Mercyless – The Mother of All Plagues (Xenokorp)

Venu de Mulhouse et formé en 1987, le groupe Mercyless, figurant parmi les anciens de la scène death hexagonale, connaît une certaine régularité depuis le retour en 2011 après un split de 11 ans. Pour le septième album, Mercyless a décidé de changer les idées aux auditeurs avec The Mother of All Plagues centré autour de l’épidémie de peste. Musicalement, Mercyless c’est du death old school avec un chant rappelant Obituary. Pour les amateurs de son bien crade, The Mother of All Plagues, c’est du petit lait. Les morceaux vont à l’essentiel en ne dépassant jamais quatre minutes, mais montrent des musiciens de haute tenue et variant les plaisirs. Si la Peste Noire a été une horreur absolue, elle aura eu un mérite, celui d’inspirer un album aussi bon que celui de Mercyless. A noter, l’excellent EP de reprises Severeign Evil sorti quelques semaines après et qui fait un superbe complément à l’album.

#42 Nord – The Only Way to Reach the Surface (Klonosphere)

Fondé en 2012, le groupe Nord, originaire de Paris et des Hauts-de-France, signe son deuxième album, le premier chez Klonosphere et Seasons of Mist. Nord est un groupe de tellement de genres, du math-rock au post-hardcore, en passant par le post-metal, le metal prog et plein d’autres choses encore. La musique de Nord est polymorphe, fruit de plusieurs mélanges et de changements de tons. Pas franchement accessible, régulièrement expérimentale, elle en plus d’un sur le carreau. Écouter l’album The Only Way To Reach The Surface, c’est comme faire l’amour à une schizophrène en pleine crise et sans traitement, on commence en douceur et sans prévenir, elle vous colle une mandale tout en s’arrachant les cheveux et en vous sommant de la prendre comme une bête en la giflant. Bref, ça surprend. Et c’est un peu ce qui se passe dans l’album. Trésor d’originalité, riche et foisonnant, The Only Way To Reach the Surface n’est peut-être pas fait pour tout le monde mais a le mérite de montrer un groupe qui se donne les moyens n’avoir aucune limite.

#41 Borgne – Y (Les Acteurs de l’Ombre)

Borgne est un groupe venu de Lausanne et qui, depuis 1998, a gagné ses galons dans la scène Black Metal Indus. Malgré un line-up chaotique et un changement régulier de label, Borgne en est à son 9ème album. Sur Y, Borgne prend la forme d’un duo, Bornyhake le fondateur du groupe au chant, aux instruments à cordes et électroniques, et Lady Kaos au clavier (pour son deuxième album avec Borgne en tant que membre à part entière ; elle était invitée sur les deux albums précédents). La musique de Borgne est froide, mécanique, ténébreuse et grandiloquente. Sur Y, les morceaux sont généralement longs, riches et très variés en termes d’ambiance comme de musiques.
Au niveau des arrangements, c’est hyper propre et carré, rien ne dépasse et Bornyhake a fait un superbe travail de composition, parfaitement millimétré et mise en valeur. On se croirait à la fois dans une forêt sombre la nuit et dans le sous-sol d’une boîte sordide tant à l’ambiance parfaitement macabre du black metal répond la rythmique electro qui n’hésite pas à aller vers la techno ou la drum n’ bass. Y est un album qui ne parlera pas à tout le monde, assez élitiste mais suffisamment beau, travaillé et passionnant pour que ceux qui y sont réceptifs soient ravis d’avoir payé le billet d’entrée.

#40 ex aequo Kingwitch – Body of Light (Listenable Records)

Deux ans après un premier album hyper prometteur, les écossais de King Witch reviennent avec Body of Light. Plus long, plus dense et pas coupé, Body of Light propose des morceaux où le groupe prend le temps de bien faire les choses.
Porté par la voix puissante, chaleureuse, limite bluesy par moments de Laura Donnelly qui possède une palette plutôt large, chaque morceau est une jolie beigne. Plus long, plus abouti, plus travaillé que son prédécesseur, Body of Light porte la marque d’un jeune groupe hyper talentueux et inexplicablement méconnu.

#40 Benediction – Scriptures (Nuclear Blast)

Huitième album pour les anglais de Benediction, pionniers de la scène death britannique, 12 ans après le précédent. Scriptures marque le retour de Dave Ingram, frontman de Benediction durant toutes les années 90 avant qu’il parte pour rejoindre Bolt Thrower puis tout un tas de groupes. Ingram, 51 balais, growle comme un jeune premier. Bénéficiant d’une production magnifique qui donne beaucoup de volume et d’épaisseur, Scriptures est un album de death à l’ancienne, avec ce groove inquiétant, ce goût pour une noirceur plombante qui va privilégier le mid-tempo plutôt que la grande vitesse, et avec en plus cette profondeur de son qui lui donne un côté épique, accentué par le growl puissant et profond d’Ingram. 12 titres pour 3/4 d’heure de death qui tabasse à mort, des riffs incisifs et la polyvalence impressionnante des nouvelles recrues. Bref, « Scriptures » est un temps fort en matière de death metal de l’année 2020.

#39 Trepalium -From the Ground (Klonosphere)

Ils font partie des piliers fondateurs de Klonosphere avec Klone et Hacride, les poitevins de Trepalium offrent enfin un successeur au EP Voodoo Moonshine (renommé Damballa’s Voodoo Doll pour des raisons de droits) au bout de 6 ans. 6 ans, laps de temps durant lequel le chanteur Cédric « KK » Punda est parti, laissant la place à Renato Di Falco. Exit le timbre death – Renato Di Falco ayant un registre de voix plus rock. Exit aussi les cuivres. Pour autant, Trepalium ne se renie pas et continue de proposer une musique protéiforme, créative et réjouissante, inclassable, un metal parti d’un trip très Jazz de la Nouvelle-Orléans vers un swing hyper rock. Il a fallu 6 ans pour attendre un nouvel effort, et l’attente a été largement comblée avec un album certes court mais qui en combinant savamment des ingrédients et qu’il faut d’épices, s’avère des plus goûtus. A déguster avec un bon jambalaya.

#38 ex aequo Napalm Death – Thoes of Joy in the Jaws of Defeatism (Century Media Records)

17ème album pour les anglais de Napalm Death. Throes of Joy in the Jaws of Defeatism marque une continuité du groupe dans leur volonté d’élargir leur musique et ne pas la cantonner au grindcore pur et dur. L’album est précédé d’une réputation flatteuse et c’est mérité. Throes of Joy est une déflagration de 8 sur l’échelle de Richter, un pur moment de brutalité, de violence et de colère, mais pas seulement. C’est aussi un album osé qui va chercher des notes de black, de gothic rock ou même de thrash-punk. Difficile d’analyser l’album titre par titre, on a à faire là à une véritable expérience sensorielle d’une violence malsaine monstrueuse, un vrai OVNI dans le genre, une beigne titanesque.

#38 Trivium – What the Dead Men Say (Roadrunner Records)

Après avoir livré deux albums qui ont franchement divisé, en particulier Silence in the Snow, Trivium semble avoir retrouvé la grâce depuis The Sin and the Sentence. What the Dead Men Say semble reprendre sur les mêmes bases. On retrouve un formidable travail de composition avec notamment un Axel Bent en feu aux fûts ainsi que la paire Matt Heafy/Corey Beaulieu qui tricotent comme des dingues à la gratte. L’ensemble donne des morceaux hyper rapides, parfois virulents, souvent mélodiques avec un scream teinté de chant clair pour adoucir le tout (de toute façon, Matt Heafy porte sur lui que c’est un gentil gars, on le voit même sourire sur scène, on ne peut donc pas vouloir qu’il fasse que du growl qui tache). Concentré de puissance, de rapidité et d’efficacité sans jamais sacrifier le côté mélodique, What the Dead Men Say est dans le haut du panier de Trivium.

#37 Stinky – Of Lost Things (M-Theory Audio)

Troisième album pour les clissonnais de Stinky, qui avec déjà plus de 350 concerts dans 15 pays et 4 tournées Européennes, s’impose petit à petit comme une référence incontournable de la scène hardcore. Il faut dire que la formation, anciennement Stinky Bollocks jusqu’à l’arrivée de Claire, a une réputation de tueurs sur scène et la présence de leur frontwoman, incarnation même de la badassité, y est en partie responsable. Il suffit de voir leur concert au Hellfest, où ils ont ouvert la première journée sur la Warzone avec un concert monstrueux où Claire n’a pas hésité à diriger un cycle pit tout en chantant. Bref, le groupe n’a pas peur de se filer dans le pit et ça tombe bien car leurs albums sont taillés pour aller tout défoncer. Et Of Lost Things ne déroge pas à la règle. Sorti à quelques jours de leur (énorme) prestation en ouverture du livestream Hellfest From Home, Of Lost Things est une démonstration de la montée en puissance et en qualité du groupe qui offre à chaque fois un album meilleur que le précédent. Un hardcore plus moderne, moins bourrin, avec une touche plus metal et quelques touches de chant clair. Riche, varié dans les styles et les influences, Of Lost Things est une nouvelle démonstration de maîtrise d’un groupe qui n’a pas eu besoin de longtemps pour s’imposer parmi les grands.

#36 Déluge – Ægo Templo (Metal Blade Records)

On peut dire que Déluge aime prendre son temps. Cinq ans après leur premier opus Aether signé chez Les Acteurs de l’Ombre, les messins livrent Ægo Templo, cette fois sur un plus gros label, Metal Blade Records. Plus gros label pourrait dire plus de concessions, mais ce n’est pas le cas ici. Ainsi le post-black metal stellaire couplé au post-hardcore est toujours au cœur de la musique du groupe et on retrouve avec le même plaisir cette ambiance sonore particulière de Déluge, avec ce fil rouge autour de l’eau. Des gouttes de pluie aux vagues qui se fracassent, nourricière et vitale, incontrôlable et dangereuse lorsque la nature est en colère, l’eau, peu exploitée dans le metal, est au cœur même de l’identité sonore de Déluge, et encore plus que dans Aether, la musique d’Ægo Templo est enracinée dans l’élément liquide. A l’image de ce fil conducteur, elle s’emballe ou se calme sans prévenir, sans transition, avec des brisures tout en restant d’une impressionnante fluidité.
Encore plus que dans l’album précédent, le mariage des deux courants qui composent principalement le son de Déluge est plus nuancé, plus prononcé. Ceux qui ne jurent que par le post-hardcore en auront pour leur compte, pour autant les blackeux ne sont pas oubliés avec des blast beats bien sentis, une froideur et certaine rapidité d’exécution. Une violence sèche cachant de la douce mélancolie. Perpétuellement tiraillé entre violence et douceur, avec des passages à chant clair qui répondent aux hurlements désespérés, avec des plages méditatives coupant avec les déferlantes qui emportent tout sur leur passage, le tout mis en valeur par un mix subtil, Ægo Templo est de ces albums dont on ressort rincé, mais purgé de toute négativité.

#35 ex aequo Havok – V (Century Media Records)

Quand un album commence par le riff final joué à l’envers, comme l’avait fait Metallica sur And Justice For All, ça peut être qu’un très bon album. C’est scientifique. Et bien pour V, le cinquième album (oui, pour le coup, sur le titre, ils ne se sont pas fait chier) de Havok, groupe venu de Denver et considéré comme un poids lourd de la nouvelle vague du thrash US. Le groupe n’a pas brillé par la stabilité de son line-up à leurs débuts, et là c’est un nouveau bassiste qu’ils inaugurent pour cet opus. Le groupe mettant en avant la basse dans le mix, il faut reconnaître que Brendon Bruce, le petit nouveau, fait plus que bien se démerder à ce poste et nous offre de superbes lignes. Bon, comme souvent dans les groupes de thrash, la voix du chanteur est parfois trop clichée. N’empêche, musicalement, c’est aussi extrêmement rapide que balèze sur un plan purement technique, sans sacrifier la mélodie. Sur V, on a autant des morceaux menés tambour battant avec une petite plage planante que d’autres taillé pour le live. C’est la merde, on le sait, et Havok nous le dit bien pendant 45 minutes, mais le point positif est qu’un tel contexte ne pouvait qu’inspirer V, le meilleur album de thrash de l’année, qui confirme la vitalité d’un genre qu’on aurait trop vite enterré.

#35 Deathwhite – Grave Image (Season of Mist)

Formé en 2012 et provenant de Pittsburgh, le groupe Deathwhite sort son deuxième opus, Grave Image. Gardant un anonymat total (on n’aperçoit le chanteur que furtivement dans le clip du nouvel album et on ne connaît que les initiales des membres), Deathwhite exerce dans un doom metal massif. La pochette magnifique en dit long, la musique de Deathwhite est aussi joyeuse qu’un lendemain de St Valentin chez les Griveaux. Un doom metal majestueux, influencés par des groupes nord-européens comme Katatonia. Au niveau de la gratte, on trouve des sonorités que n’auraient pas renié My Dying Bride ou Novembers Doom. Musicalement seulement car Deathwhite a un credo au niveau du chant : uniquement du chant clair. Non, le growl n’est pas une obligation, une fatalité, même dans le doom death. Réussi de la superbe pochette riche et détaillée à la première note, Grave Image est un sans-faute. On pourrait avoir l’impression que l’ensemble est un chouïa répétitif mais la qualité musicale empêche toute lassitude. Avec classe et panache, Deathwhite offre un album à la fois exigeant et accessible à tous, ce qui est extrêmement rare.

#34 Dawn of Solace – Waves (Noble Demon)

On ne peut pas dire que le finlandais Tuomas Saukkonen soit du genre à se reposer sur ses lauriers. Chanteur, musicien multi-instrumentiste talentueux, songwriter prolifique, il lance en 1999 le projet Before the Dawn avec lequel il fera en tout 7 albums. Entre deux albums de Before the Dawn, il lance Dawn of Solace et sort l’album The Darkness. Il s’agit d’un projet death mélodique où il ajoute un vocaliste de chant clair complémentaire de son chant à lui qui est plutôt dans le registre chant harsh/growl. Deux ans plus tard, toujours entre deux albums de Before the Dawn, il lance Black Sun Aeon avec lequel il sort trois albums tout en continuant de travailler sur Before the Dawn. En 2013, il arrête tout et lance Wolfheart, d’abord comme one-man band puis sous la forme d’un trio/quatuor. En 2019, Saukkonen relance Dawn of Solace. C’est ainsi que sort Waves, deuxième album sous ce projet. Contrairement à l’album The Darkness, le chanteur clair n’est plus un guest mais un membre à part entière. Suokkonen s’occupe des guitares acoustique et électriques, de la basse, de batterie, des percussions et du clavier, et Mikko Heikkilä du chant. Un choix payant car Heikkilä a une voix magnifique, chaleureuse et le contraste entre son chant mélancolique et les orchestrations denses, profondes et riche fait mouche à chaque coup. Si au premier abord, la pochette n’est pas hyper engageante, Waves est un petit bijou, la formule du death à chant clair flirtant parfois avec le doom et le gothic fonctionne parfaitement bien. C’est un album riche, généreux, véritable concentré d’émotions et par moments beau à en pleurer. Pas le genre d’album qui fait tourner les serviettes, mais assurément celui qui touche au cœur et aux tripes.

#33 Dark Tranquillity – Moment (Century Media Records)

Douzième album pour Dark Tranquillity, groupe qui, avec près de trente ans au compteur, est un des piliers de la scènes death mélodique suédoise avec At the Gates. Orné de l’une des plus belles pochettes de l’année, Moment arrive à un moment charnière pour le groupe avec le départ de Martin Henriksson en 2016 suivi de Niklas Sundin cette année (il a tout de même signé la pochette de l’album). Deux membres importants remplacés par Johan Reinholdz (Andromeda) et Chris Amott (ancien d’Arch Enemy). Il a fallu cent jours pour enregistrer Moment. Le résultat est là avec une production classieuse qui souligne autant les moments de hargne pure que les plages plus mélancoliques, des variations illustrées notamment par une superbe alternance de Mikael Stanne entre chant clair et growl puissant. Une variation qu’on retrouve avec des plages plus heavy sur Transient, ou limite goth rock sur The Dark Unbroken et Remain the Unknown. Alliant puissance et maîtrise à la richesse des compositions et la virtuosité des musiciens, Moment est un bijou du genre.

#32 Apocalyptica – Cell-0 (Silver Lining Music)

En 1996, un groupe débarquait de Finlande avec un album instrumental de reprises de Metallica au violoncelle. Ce groupe c’était Apocalyptica, des mecs qui depuis incarne un genre à eux tous seuls : le cello metal. Plus de vingt ans après, au sortir de la tournée anniversaire du premier album, les finlandais ont eu envie d’opérer un retour aux sources. Exit le chanteur Frankie Perez qui opérait sur Shadowmaker (de toute façon, il est occupé avec le supergroupe Deathland Ritual), exit aussi les nombreux invités, juste des violoncelles, et une batterie. Un choix audacieux qui a poussé Apocalyptica à sortir ce nouvel album en autoproduction. Cet album, c’est Cell-0, comme la cellule 0 qui serait l’âme (et aussi comme cello, violoncelle en anglais). Cell-0 c’est l’Apocalyptica des origines, un album qui montre à quel point un violoncelle peut être franchement metal. Riche et généreux, Cell-0 est un album très varié, équilibrant savamment lourdeur et légèreté, obscurité et lumière. D’une beauté à couper le souffle, il est encore une fois la démonstration d’un groupe virtuose à la maîtrise impressionnante. Un véritable rouleau compresseur mais permettant aux amateurs de musique classique et de metal de se donner la main autour le temps d’un pur moment de grâce.

#31 Envy – The Fallen Crimson (Pelagic Records)

Créé en 1992, le groupe japonais de post-hardcore/screamo Envy (ou envy pour les intimes) a sorti une quantité non négligeable de galettes. 6 EP, 7 splits EP, et là c’est le septième LP. Pour relancer la machine, il y a eu du mouvement avec l’arrivée d’un guitariste supplémentaire et deux remplacements de membres historiques. Masahiro Tobita et Dairoku Seki, tous deux présents depuis les débuts sont partis, laissant la place à Yoshimitsu Taki et Yoshi à la gratte aux côtés du guitariste fondateur Nobukata Kawai, et Hiroki Watanabe aux fûts. The Fallen Crimson offre un équilibre bien dosé entre titres hyper hargneux laissant le chanteur Tetsuya Fukagawa s’époumoner comme un damné, et plages contemplatives et planantes. Alliant orchestration classieuse superbement mise en valeur par la production, et moments de hardcore pur jus bien sec et nerveux, Envy nous colle une énorme branlée qui justifie le statut de groupe phare. Superbe.

#30 ex aequo Intronaut – Fluid Existential Inversions (Metal Blade Records)

Il a fallu cinq ans pour que les californiens d’Intronaut livrent un successeur au très bon cinquième album The Direction of Last Things. Un laps de temps durant lequel le groupe est passé par des étapes douloureuses comme le départ du batteur fondateur Danny Walker, qui semble avoir paradoxalement permis au groupe de metal progressif de complètement se libérer au niveau de l’imagination et de la créativité. Le nouvel opus Fluid Existential Inversions propose à l’auditeur de sortir des sentiers balisés et de sa zone de confort avec une musique polymorphe comme jamais . Complexe avec ses rythmiques si particulières, ses changements de ton, diversifiée avec ses orientations entre heavy et jazz fusion, surpuissante et hyper mélodique, la démarche d’Intronaut réussit à éviter de virer au high concept sur-intellectuel et à la grosse branlette. Il y a plusieurs couches et contrastes mais ça ne fait pas fouillis inaudible, bien au contraire. Intronaut oscille entre moments hyper rapide et dissonant et plages contemplatives avec aisance. Si encore une fois, les deux gratteux et le bassiste font du très bon boulot, il faut souligner l’énorme apport d’Alex Rudinger de Whitechapel à la batterie qui allie rapidité d’exécution supersonique, technique, versatilité, finesse de frappe et une palette très large de registres et ce parfois dans le même morceau. Innovant, riche, original, impressionnant de maîtrise sur le plan original, Fluid Existential Inversions est à la fois sage et fou, lourd et hyper aérien, sombre et lumineux, nous entraînant dans des états d’esprit contradictoires.

#30 Protest the Hero – Palimpsest (Spinefarm Records)

Cinquième album pour les canadiens de Protest the Hero, groupe de metal progressif/post-hardcore. Palimpsest est né dans un contexte particulier pour le monde avec l’actualité flippante outre-Atlantique. C’est d’ailleurs en réaction à la politique américaine que le groupe a fait un concept album, de manière intelligente (ce qui change de la crise d’adolescence d’Otep) en démystifiant le thème du héros américain pour placer les héros du groupe, ceux de l’Amérique des oubliés. Avec un album intelligent sur le fond et brillant sur la forme, Protest the Hero fait un joli doigt d’honneur à l’armée de cons sur internet qui beuglent aux artistes de s’en tenir à la musique et de ne pas faire de politique.

#29 Ozzy Osbourne – Ordinary Man (Epic Records)

Il y a 10 ans qu’Ozzy Osbourne n’avait pas sorti d’album. Dix ans d’intervalles au cours desquelles il a sorti un ultime album avec Black Sabbath puis une tournée d’adieu au bout de laquelle le groupe fondateur du metal a signé son dernier concert à Birmingham à 2017. Une tournée suivie d’une autre, sous son nom cette fois mais émaillée de sérieux pépins de santé. En 2019, il pose un featuring sur l’album de Post Malone. Bien que le morceau n’ait pour unique atout que la partie d’Ozzy. Le succès du titre va pousser Ozzy à se lancer dans un nouvel album. Au line-up une section rythmique de classe mondiale : Duff McKagan (Guns N’ Roses) à la basse et Chad Smith (le sosie de Will Ferrell aux fûts des Red Hot). Puis des guests comme Slash, Tom Morello ou Elton John (plus surprenant mais pas incohérent). Moderne sans renier l’âme de l’Ozzman, flamboyant, original, construisant des ponts entre les générations et les genres, Ordinary Man est un album qui divise. Mais c’est un album ozzien, ozzé. A l’heure du streaming où de plus en plus d’albums ne sont que des suites de titres pouvant être mis dans n’importe quel ordre, Ordinary Man a une construction logique. Il aurait pu se conclure par une ballade triste en guise d’au revoir, mais il se termine par une embardée mécanique conclue par un « Fuck You All », parce que c’est ça aussi, le Madman.

#28 Abduction – Jehanne (Finisterian Dead End)

Après les excellents « Une Ombre Régit Les Ombres » et « A L’Heure du Crépuscule« , les corbins versaillais d’Abduction sortent un album concept autour de Jeanne d’Arc. Un choix audacieux tant la pucelle d’Orléans est une figure historique contestée. Jehanne se compose de huit titres qui retranscrivent la vie de Jeanne et entraînent l’auditeur dans des lieux différents. Variant les moments brutaux et épiques avec les séquences mystiques et mélancoliques, Jehanne, par sa noirceur, annonce dès les premiers instants le destin tragique de son héroïne. Tour à tour historique ou hyperbolique, terre-à-terre ou blindé de symbolisme, le travail sur Jehanne est autant hyper méticuleux sur la forme (paroles en vieux français, travail sur le texte comme l’ambiance) que sur le fond. C’est un album riche et documenté, passionnant de bout en bout. Comme à son accoutumée, Abduction livre un album abouti.

#27 Metallica and San Francisco Symphony – S&M 2 (Blackened Recordings)

En 1999, Metallica surprenait son monde et se reconnectait avec une partie des fans partis pendant l’ère Load/Reload, en faisant un concert avec le San Francisco Symphony Orchestra sous la direction deMichael Kamen, un live sorti en DVD et CD et devenu culte. Pour le 20ème anniversaire, l’an dernier les Met’s ont retenté l’expérience avec le San Francisco Symphony devant 18.064 personnes (inaugurant la nouvelle enceinte du Chase Center) avec une rediffusion à l’échelle mondiale dans des salles de cinéma. Michael Kamen disparu en 2003, c’est Michael Tilson Thomas qui tient les rênes d’un orchestre de 80 musiciens. Certes, S & M 2n’est pas l’album live (ni l’album tout court) le plus immédiat d’un groupe qui n’a pourtant jamais fait dans la facilité dans sa carrière quitte à énerver. Mais, quand on rentre dans le délire, on se prend à rêver d’un score de James Bond joué par des chevelus énervés et on se retrouve à secouer la nuque sur des instruments de musique classique. Deux mondes pas si éloignés que ça quand on connaît les accointances entre metal et classiques. Au fond, S & M 2 est à l’image grandiloquente d’un combo qui a souvent su allier l’efficacité et la maitrise, la puissance et la grâce.

#26 Ruff Majik – The Devil’s Cattle (Mongrel Records)

Rares sont les groupes de stoner/doom qui sortent du lot, et les sud-africains de Ruff Majik l’ont bien compris et ont su marquer les esprits avec une communication drôle et intelligente une identité visuelle forte et une musique qui s’affranchissait des carcans de leur scène habituelle. Chaque album revêt une identité particulière et après Seasons puis Tårn (sur lequel ils ont mis une touche de black metal), The Devil’s Cattle part vers de nouveaux horizons sans que le groupe se renie. Si Ruff Majik propose un condensé d’influences variées, il ne se contente pas d’avaler celles-ci mais s’en sert de base pour construire une musique hybride et inclassable. « The Devil’s Cattle » montre encore une fois un groupe créatif qui ne va jamais où on l’attend, et continue de surprendre l’auditeur avec une nouvelle direction à chaque fois. C’est ce qui rendle groupe aussi imprévisible que passionnant.

#25 Paradise Lost – Obsidian (Nuclear Blast)

Après des débuts dans un doom-death bien crade, Paradise Lost s’est orienté petit à petit vers le gothic metal (avec des pièces maîtresses comme Shades of God puis le chef d’œuvre Draconian Times) avant de virer vers la synthpop/electro-rock qui leur a valu de perdre une partie des fans, avant un retour à la case gothic metal (les énormes Paradise Lost, In Requiem, Faith Divides Us Death Unites Us) puis un doom-death de plus en plus boueux et caverneux. Débarqué 3 ans après Medusa, Obsidian est un condensé de toutes ces époques et influences. Une démarche qui peut laisser de marbre comme susciter l’enthousiasme. Condensé de plusieurs phases d’un groupe qui n’a jamais cherché à faire tout le temps la même musique, Obsidian est l’album le plus riche, le plus varié que Paradise Lost ait proposé depuis des lustres.

#24 Gaerea – Limbo (Season of Mist)

De la scène portugaise, on connaît le fado, l’horrible kuduro, Linda De Souza, le défunt groupe Ava Inferi (dont deux des membres ont fondé depuis Earth Electric) ou encore les excellents Moonspell. Il faudra compter maintenant sur Gaerea. Limbo (rien à avoir avec la danse de l’été avec une barre horizontale descendue bas, sauf si c’est fait avec les jambes arrachées pour coller à l’état d’esprit de l’album) est leur deuxième album, sorti quant à lui chez Seasons of Mist, ce qui en dit sur l’ascension du groupe. Gaerea fait partie de cette mouvance de black metal à capuche où les groupes évoluent dans un quasi-anonymat. Gaerea montre avec Limbo qu’il a déjà tout d’un grand groupe, doté d’une frappe hors normes. Les portugais balancent tellement de parpaings dans la tronche qu’en une heure, ils construisent une maison tout confort. Ils coffrent l’auditeur et lui vident des bétonnières entières de black metal crades et violent jusqu’à le rassasier jusqu’à la prochaine pleine lune. Une Branlée Totale et Purificatrice.

#23 Akhlys – Melinoë (Debemur Morti)

Akhlys est un des multiples projets de Kyle Earl Spanswick alias Naas Alcameth, un mec qui pèse dans le game du black metal américain, au sein de groupes comme Excommunion, Nightbringer, Bestia Arcana ou Aoratos. Troisième opus d’Akhlys en 11 ans d’existence, Melinoe fait honneur à son titre en offrant une plongée de 3/4 d’heure dans un univers onirique ultra flippant avec un black metal brumeux, chaotique, pas franchement accessible à tous mais hyper travaillé, pesant et efficace. C’est une vraie expérience qui n’a d’équivalent que les meilleurs films d’épouvante. Malsain au possible, blindé de guitares tourbillonnantes, de shrieks terrifiants et possédés et riche d’une ambiance sinistre, Melinoe est un album aussi perturbant que riche en sensations fortes.

#22 AC/DC – Power Up (Columbia)

Il est des retours tellement impossibles que quand on les annonce, la première (et majoritaire) réaction, c’est l’incrédulité. L’an dernier, Tool mettait fin à un des running gags les plus connus du metal et du rock en général. Cette année, SOAD a sorti 2 titres (vu les divergences radicales d’opinion au sein du groupe, il ne faudra pas espérer un album de sitôt), Deep Purple a sorti un album alors qu’ils avaient annoncé qu’Infinite serait leur dernier. Mais il y en a un qu’on aurait pas imaginé : celui d’AC/DC. Et pour cause, les éléments se sont déchaînés contre les Aussies au point qu’un nouvel album avec Phil, Brian, Cliff et Angus était un come-back encore plus improbable que celui de Jésus. Mais un animal blessé peut être dangereux s’il charge et la bête AC/DC a décidé de mourir les armes à la main. Accompagné par le neveu d’Angus et Malcolm, AC/DC sort un 17ème album. Alors oui, AC/DC ne se renouvelle pas depuis leurs débuts. Mais AC/DC ce n’est pas Bowie, ils font une musique à laquelle ils se collent depuis le début, mais c’est ce qu’on attend d’eux. Le seul point où ils se renouvellent, c’est que chacun à leur poste semble avoir retrouvé une seconde jeunesse. En 12 titres pour 41 minutes, sans aucune fioriture, AC/DC a fait l’économie du moindre titre dispensable. Tout est bon de A à Z. Il est des retours tellement impossibles qu’il y a des chances de susciter des attentes qui peuvent générer des déceptions. Mais il est aussi des retours qui impressionnent quand on voit que le haut niveau est toujours là. Les légendes ne meurent jamais et AC/DC vient de nous le prouver.

#21 UncuT – Blue (Klonosphere)

En dépit de son artwork et de sa musique, UncuT ne vient pas du dirty south américain mais du dirty centre ouest français, en Poitevie, dans une région qui fourmille de superbes groupes. En 3 ans seulement, le trio a buriné un blues rock élégant à faire blêmir la scène du pays de mangeurs de hamburgers. On savait la scène revival blues-rock en ébullition depuis une dizaine d’années avec une flopée de bons groupes, et même malgré ça, on arrive à se manger des énormes tartasses dans la gueule. Et c’est le cas de Blue, premier LP d’UncuT et déjà taillé pour rivaliser avec les meilleurs. Composé d’un chanteur guitariste à la superbe voix éraillée, d’un autre guitariste et d’un batteur, UncuT choisit de tabler sur une guitare baryton plutôt que sur une basse, ce qui donne un son plus chaleureux, précis qui cadre bien avec le jeu. Un album ! Il aura fallu un album et on a trouvé probablement l’un des meilleurs groupes de cette nouvelle scène blues-rock tout simplement. Retenez bien ce nom, UncuT, à peine quelques années d’existence et ils livrent un album bluffant de maturité et d’une sexualité folle.

#20 Maudits – Maudits (Klonosphere)

Trio instrumental formé par le guitariste live de Throane et d’Ovtrenoir Olivier Dubuc, le bassiste Anthony et le batteur Christophe Hiegel, ancien de The Last Embrace, Maudits vogue entre doom, post-rock, post-metal, et rock prog’. Le trio propose une musique contemplative et très variée. Premier album hyper solide, fruit d’un travail de musiciens alliant puissance, subtilité et variété de jeu, Maudits est d’une beauté folle, vertigineuse et éclatante.

#19 The White Buffalo – On the Widow’s Walk (Spinefarm Records)

Jake Smith alias The White Buffalo est passé à la postérité grâce à Sons of Anarchy, série culte pour laquelle il a posé régulièrement sa voix. S’il est peu connu en France, aux USA, il s’est fait un nom au sein d’une scène pléthorique. Avec sa grosse barbe, sa carrure, son coffre et sa voix chaleureuse et puissante, The White Buffalo a tout du bon gars, et sa musique entre folk, blues, americana, outlaw country et quelques saillies rock en est le prolongement. On The Widow’s Walk est son sixième album. Et autant le dire, c’est un sixième bijou. On The Widow’s Walk est non seulement un superbe album, mais également un disque de confort, un véritable cocon musical dans lequel on se sent bien, et qui donne envie d’y revenir régulièrement pour affronter les rigueurs de l’hiver et qui colle bien à la saison de l’automne et aux balades en pleine nature.

#18 7 Weeks – Sisyphus (F2M Planet)

Enfin! Un cri de soulagement quasi orgasmique. Après 4 ans d’incertitude et d’attente, 7 Weeks revient avec Sisyphus, cinquième album qui porte hyper bien son nom tant il est marqué du sceau de la résilience. Un album solaire, riche et passionnant de bout en bout, marqué par une profonde détermination décuplée par les années de galère. Alors, on s’assoie, on écoute, on met les gaz tout droit vers l’horizon, et surtout on ne s’arrête pas.

#17 ex aequo Ulcerate – Stare Into Death and Be Still (Debemur Morti)

Sixième album pour les néo-zélandais Ulcerate, passés de Relapse à Debemur Morti, label français underground essentiellement dédié au black metal, réputé pour leur exigence. Un groupe de death sur un label de black metal ? Quand on connaît Ulcerate, le choix est finalement plutôt cohérent. Car les gars d’Auckland ne sont pas un groupe de death lambda. Depuis les débuts, ils proposent un death technique voire brutal hyper exigeant, pas des plus élitistes mais surtout distillant une atmosphère encore plus noire que le maillot de l’équipe nationale ou que les terres du Mordor, de quoi faire passer le black metal de Mayhem ou deGorgoroth pour une balade de santé à travers un arc-en-ciel. Et ce n’est pas ce sixième opus intitulé Stare Into Death and Be Still qui marque un changement de cap, bien au contraire. Comme à son habitude, l’hydre tricéphale montre son goût pour les morceaux hyper longs, lancinants et suffocants. Fruit de plus de 15 ans d’expérience et d’une technique bien poussée, et toujours garant d’un death metal malsain qui casse les codes du genre pour mieux le renouveler, Ulceratelivre l’album le plus abouti de leur carrière, le plus riche, le plus exigeant tout en n’étant pas inaccessible, le plus sombre et en même temps presque aérien. Plus qu’un disque, plus qu’un groupe, c’est un monstre infernal qui s’abat sur nous pour offrir ce qu’il y a de plus beau dans les ténèbres

#17 Regarde les Hommes Tomber – Ascension (Season of Mist)

Dans une scène black metal dont la qualité n’est plus à prouver, un nom revient ces avec de plus en plus d’insistance ces dernières années : Regarde Les Hommes Tomber. Non seulement, les mecs peuvent se targuer d’avoir un nom qui claque (tiré d’un film de Jacques Audiard), mais en plus ils produisent une musique de très haute qualité. Fin d’un triptyque entamé avec le premier album Regarde Les Hommes Tomber, Ascension se veut également annonciateur d’une nouvelle ère. Une nouvelle ère qui a commencé en signant Ascension chez Seasons of Mist, alors que les deux premiers albums étaient produits par le label plus confidentiel Les Acteurs de l’Ombre. Les français content cette fois ci cette charmante histoire : « alors que le saint-père a été renversé, le fils renégat est assis sur le trône. Un dieu qui méprisait autrefois un vagabond est maintenant perdu sur terre au prix de l’orgueil. Un chemin qui mène loin de tout espoir ». Dis comme ça, ça s’annonce frais et bucolique, et on peut dire que le combo ne nous trompe pas sur la marchandise. Certes Regarde Les Hommes Tomber n’ont que trois albums à leur actif mais tous sont de véritables pépites. Ascension ne déroge pas à la règle en proposant un black metal épique, bénéficiant d’une production de mammouth qui souligne le talent des musiciens et du chanteur. Une formation qui n’a rien à envier aux cadors et qui, encore une fois, balance plus de parpaings dans la tronche de l’auteur qu’une manifestation de maçons dans la gueule de la ministre du Travail. Sublime !

#16 Lethian Dreams – A Shadow of Memories (Orcynia Records)

Il y a des albums qui demandent un certain état d’esprit pour les apprécier encore plus. C’est le cas de A Shadow of Memories de Lethian Dreams. On prend un sac à dos et on va s’installer dans un coin isolé dans la nature, ou alors chez soi, calé avec un thé chaud, le casque sur la tête ou une bonne sono, rien à faire pendant 50 minutes, et dans les deux cas, un paquet de Kleenex pas loin. Car (spoiler alert !) il est difficile de ne pas pleurer tellement c’est beau. Lethian Dreams est un trio formé en 2002 sous le nom de Dying Wish. Après plusieurs démos, le groupe sort son premier album, Bleak Silver Streams, le seul où on entend la voix masculine harsh. Par la suite, le groupe ne garde que le chant féminin et, lors du troisième album, Red Silence Lodge, opte pour un registre plus post-rock. Lethian Dreams allie le caractère massif et mélancolique du doom metal, un doom éthéré porté par l’heavenly voice de Carline Van Roos (si vous croyez entendre des anges vous parlez, c’est la magnifique voix de Carline qui vous berce les paroles à l’oreille) qui n’a rien à envier à Lindy-Fay Hella de Wardruna, Elizabeth Fraser des Cocteau Twins, ou Lisa Gerrard de Dead Can Dance. Ajoutons à ça la puissance d’un post-rock que n’aurait renié ni Sigur Rós ni Les Discrets, incarné par une orchestration dense et classieuse. Puissant, riche et passionnant, A Shadow of Memories est un album viscéral, d’une beauté telle qu’elle fendrait le cœur de n’importe quelle âme insensible. Une œuvre de très haute volée qui s’écoute, se vit, et transcende l’auditeur pour lui offrir une véritable expérience de lévitation musicale.

#15 Blues Pills – Holy Molly! (Nuclear Blast)

Fulgurante trajectoire que celle de Blues Pills. Formés en 2011, les suédois ont connu une ascension rapide. Cette année, Blues Pills est de retour avec un nouvel album, qui sera repoussé de deux mois à cause de la pandémie. Holy Moly!, c’est son nom, connaît des critiques élogieuses, encore plus que les albums précédents. Le groupe continue sur son blues-rock vintage, affine encore son style avec toujours les arrangements classieux, la prod’ qui souligne la superbe orchestration tout en apportant ce grain sonore si particulière, le tout porté par la superbe voix de la belle Elin Larsson. En même pas 9 ans d’existence, Blues Pills a déjà trouvé l’album de la consécration, celui qui doit les asseoir au même rang que les grands.

#14 All Them Witches – Nothing is the Ideal (New West Records)

Derrière cette pochette horrible se cache le sixième album d’All Them Witches, groupe venu de Nashville. Formé en 2012 offre un stoner lumineux et psychédélique qui se renouvelle à chaque album. Pour Nothing is the Ideal, le groupe a du se confronter à un nouveau challenge en resserrant le line-up en trio, avec le départ du claviériste. Un clavier qui était très présent dans les albums précédents et qui est désormais muet. Et finalement, c’est un mal pour un bien, car All Them Witches revient aux racines en naviguant au grès des titres entre le stoner tendance heavy psych, le blues,le folk, l’americana, le classic rock. Il n’existe pas de fil rouge au sein de Nothing is the Ideal qui laisse la part belle à l’expérimentation et au voyage musical. Enregistré dans le studio Abbey Road, Nothing is the Ideal a capté un peu de cette élégance britannique qui est venu se greffer à la musique brute et chamanique d’All Them Witches. Au final un album riche et varié où le groupe ose explorer de nouveaux territoires.

#13 Crippled Black Phoenix – Ellengæst (Season of Mist)

Il est des démarches musicales plus difficiles à expliquer que d’autres. C’est le cas de Crippled Black Phoenix, groupe anglais formé à l’initiative de Justin Greaves qui fut un temps batteur de groupes comme Electric Wizard. La liste des musiciens qui sont passés par Cripple Black Phoenix est impressionnante, on peut citer par exemple Dominic Aitchison de Mogwai (groupe qui a eu un impact important pour Cripple Black Phoenix), Niall Hone de Hawkwind.
Pour Ellengæst, qui a la tâche de succéder au magnifique The Great Escape, il a fallu palier au départ du chanteur guitariste Daniel Anghede qui a entraîné un resserrement de line-up. Du coup, le groupe a invité Vincent Cavanagh d’Anatema sur House Of Fools, Gaahl sur In the Night, Jonathan Hulten de Tribulation sur The Invisible Past et Suzie Stappleton et Ryan Patterson pour Cry of Love. Une grosse guestlist qui ne cherche en aucun cas à compenser une baisse de qualité des morceaux.
Musicalement, résumer Crippled Black Phoenix n’est pas simple. On est à la croisée entre post metal, post rock, rock progressif planant inspiré par des groupes comme Pink Floyd. Et même là, ce n’est pas suffisant tant le groupe navigue entre les territoires. Que ce soit au niveau des musiciens que du chant, tout le monde, groupe comme invités, affiche un très haut niveau qui conforte Crippled Black Phoenix dans les excellentes formations signées par Seasons of Mist, mais aussi font d’Ellengæst un album magistral en tout point et d’une beauté folle.

#12 Septicflesh – Infernus Sinfonica MMXIX (Season of Mist)

Reformé en 2007 après 4 ans de séparation, les athéniens de Septicflesh ont depuis, en 4 albums, tué le game (comme disent les jeunes) du metal symphonique en livrant un death symphonique massif et grandiloquent. Fin d’une ère pour les grecs qui livrent leur dernier album sous la bannière de Seasons of Mist avant de rejoindre Nuclear Blast. Et quel album pour marquer le coup! Il s’agit d’un live, d’une date unique hors tournée jouée au Metropolitan Theater de Mexico, le plus grand live joué à ce jour dans cette enceinte, avec une centaine de musiciens de l’orchestre Symphonic Experience, de la chorale Enharmonía Vocalis et de la National University of Mexico Children’s and Youth Choir, rien que ça. Véritable best of des 4 derniers albums, Infernus Sinfonica MMXIX présente 14 titres pour 1h30 durant lesquels les fans du groupe verront leur fantasme prendre forme : un live à la hauteur de la musique des hellènes. Symphonie infernale, Infernus Sinfonica MMXIX est la plus belle preuve d’un fait qui était évident : en matière de metal sympho, il y a Septicflesh et il y a le reste du monde !

#11 J.D. Simo – J.D. Simo (Crows Feed Records)

Prodige de la guitare, JD Simo devient musicien de session et participe à plusieurs centaines d’albums en 5 ans. En 2010, avec deux potes, il fonde le groupe SIMO avec lequel il sort trois albums et autant de bijoux, dont Let Love Show The Way (album avec lequel j’ai découvert le groupe, via un sampler de Rock Hard). En 2018, après plusieurs tournées en première partie de plusieurs artistes de blues, J.D. Simo se lance dans une carrière solo et sort un premier album, Off at 11. Ce dernier s’inscrit dans les albums de SIMO avec ce blues-rock vintage psychédélique à la sensualité incendiaire, ces morceaux fleuves dans lesquels Simo balance des lignées de guitare à couper le souffle.
2020, soit un an après, JD Simo sort un deuxième album, plus court et éponyme, comme pour marquer une nouvelle étape. Dans la lignée de plusieurs titres de Rise & Shine de SIMO, « JD Simo » délaisse un peu le blues-rock pour des incursions plus funk, brut de décoffrage, un groove classieux qui fera bouger les culs les plus réticents. Je pourrais égrainer chaque titre tant tout s’avère passionnant, parfois déroutant quand on connaît le style habituel de Simo mais ce serait inutile et ça spoilerait la surprise. « JD Simo » est une nouvelle preuve du génie de son auteur, artiste versatile, polyvalent, musicien de génie qui fait crier ses vieilles guitares comme peu de personnes dans le monde, chanteur à la sensualité à fleur de peau capable de faire bouger une armée de notaires allergiques à la danse. C’est passionnant, riche, généreux, bref une merveille.

#10 Patrón – Patrón (Klonosphere)

Une pochette WTF qui donnerait des sueurs aux censeurs de Facebook, un line-up superbe entre les USA et la France, une musique sexy en diable mêlant stoner de la grande époque, pop, et tout ce que le rock californien a généré depuis 60 ans. Au final, Patrón c’est l’album de l’été, celui qui ferait trémousser n’importe qui, qui se savoure en buvant un cocktail, les doigts de pied en éventail et avec sa moitié à portée de mains. Patrón, c’est un projet dont le groove colle le diable au corps et qui allie qualité de composition très poussée et énergie communicative.

#9 Benighted – Obscene Repressed (Season of Mist)

En matière de death, Benighted est l’un des groupes les plus radicaux de la scène hexagonale. Emmenés par Julien Truchan, frontman aux capacités vocales hallucinantes dans les domaines du chant extrême et de plus infirmier psychiatrique de son état, Benighted aborde les recoins les plus flippants de la maladie mentale. L’apport de musiciens hyper talentueux (dont le nouveau venu Kévin Paradis, transfuge de Svart Crown) permet également à Benighted de se situer dans le haut du panier de la scène. Obscene Repressed est une nouvelle preuve de la qualité du groupe, autant au niveau de l’écriture (ici, c’est l’histoire d’un schizophrène paranoïde atteint d’un complexe d’Œdipe poussé et d’une malformation faciale qui va virer en cuisinier un peu spécial) que de la mise en musique, radicale, sans concession et audacieuse.

#8 ex aequo Katatonia – City Burials (Peaceville Records)

En près de 30 ans d’existence ponctués de deux split, le groupe suédois a sorti 11 albums, forgé une base solide de fans plutôt exigeants connu plusieurs changements de line-up, et, à l’instar de Paradise Lost, exploré divers styles. Du doom-death/doom-black des débuts, Katatonia a évolué vers le gothic metal, le rock alternatif limite grunge sous influence Alice In Chains et enfin le rock/metal progressif. City Burials (au dire des chroniqueurs, plus aguerris que moi au sujet du groupe) s’inscrit dans la lignée des deux albums précédents Dead End Kings et The Fall of Hearts. Si le groupe n’est pas réputé pour faire tourner des serviettes et œuvre dans un style mélancolique, plusieurs morceaux sont paradoxalement très lumineux. Faisant penser à du Anatema période We’re Here Because We’re Here, Katatonia fait de nombreux aller-retour entre ambient et metal. City Burials est un condensé de pépites, hyper cinématographique et se prêtant à un voyage spirituel. Le batteur Daniel Moilanen est un pur génie dans la lignée des meilleurs groupes de prog, la guitare est magnifique, les compositions d’Anders Nyström sont à couper le souffle et la voix de Jonas Renkse donne envie de chialer.

#8 Brieg Guerveno – ‘Vel Ma Vin (Klonosphere)

Venu du metal et fan de groupes comme Katatonia, Anathema ou Opeth, Brieg Guerveno est également un solide défenseur de la langue bretonne et a toujours eu à cœur de chanter dans sa langue natale. Sur ‘Vel Ma Vin, il s’oriente dans un folk épuré, sombre et mélancolique d’où jaillissent les émotions à l’état pur. La très belle pochette riche en détails annonce le ton. Les 8 pistes de ‘Vel Ma Vin proposent la bande son d’un voyage méditatif où les paysages défilent en noir et blanc. Nul besoin d’être bretonnant pour adhérer totalement tant cette belle langue et le chant de Brieg Guerveno se fondent à merveille. Passionnant de bout en bout, sublimant à chaque fois une musique revenue aux sources de ce noble art, ‘Vel Ma Vin se vit comme une balade et en fermant les yeux, on se retrouve en promenade le long du Cap Sizun ou sur la pointe du Raz à contempler la mer d’Iroise. Lorsque la dernière note est jouée et qu’on ouvre les yeux, une larme roule en pensant à la beauté de ce qu’on vient d’écouter et l’envie d’appuyer de nouveau sur le bouton play est plus forte que tout. Trugarez dit Brieg Guerveno !

#7 Sepultura – Quadra (Nuclear Blast)

Rarement un changement de line-up n’aura autant divisé que celui opéré à la fin des années 90 par Sepultura. Formé en 1984, le combo brésilien a vu une bonne partie de sa fan base lui tourner le dos à partir du départ de Max Cavalera (une partie l’avait déjà fait après la sortie de Roots), considérant que le groupe était mort et que le nouveau chanteur n’était pas légitime. Pourtant, en 2020, Derrick Green aura été chanteur de Sepultura depuis deux fois plus longtemps que son prédécesseur (lequel s’est lancé dans une guerre stupide depuis contre son ancienne formation). Si la période Cavalera aura accouché de plusieurs classiques du metal, celle de Green aura sorti plusieurs très bons albums voire excellents mais sera pas autant mythiques. Pourtant, Derrick Green a depuis largement montré sa légitimité et depuis l’arrivée d’Eloy Casagrande aux fûts, Sepultura a enchaîné trois excellents albums, et le tout nouveau Quadra s’impose comme le meilleur depuis l’arrivée de Green. Tournant autour de concepts complexes, Quadra est un album extrêmement abouti ; les musiciens ont d’ailleurs été poussés dans leurs retranchements sur le plan physique et psychologique durant sa production. A l’arrivée, le résultat est impressionnant. Divisé en quatre parties, Quadra est une œuvre épique.

#6 Me and That Man – New Man, New Songs, Same Shit vol.1 (Napalm Records)

Deuxième album de Me and That Man, side-project entre folk, blues et country de Nergal de Behemoth. Moins homogène et meilleur que Songs of Love and Death, il regorge d’invités prestigieux qui mettent en valeur le talent multi-facettes de Nergal avec en plus un prod’ sublime. Il y a des albums où on se sent tellement bien qu’on est presque comme à la maison et on n’a pas envie de les quitter et ce Me and That Man en fait partie.

#5 ex aequo Killer Be Killed – Relunctant Hero (Nuclear Blast)

En 2014, Greg Puciato (Dillinger Escape Plan), Troy Sanders (Mastodon) et Max Cavalera (ex-Sepultura, Soulfly, Nailbomb…..) se réunissaient à trois voix avec l’appui de Dave Ellitch (The Mars Volta) à la batterie. Un casting de fou pour un album certes bon mais pas non plus marquant. Depuis, chacun est parti de son côté et a sorti des albums avec son groupe respectif, et à part le remplacement d’Ellitch par Ben Koller (Converge), rien à signaler du côté du supergroupe. Rien ne laissait présager un deuxième album. Et on peut dire que si la sortie est surprenante, la qualité l’est encore plus. C’est bien simple, Relunctant Hero ne dépasse pas son prédécesseur, il l’atomise carrément, le nucléarise, le propulse en des milliards de fragments au fin fond de l’univers. Ici, l’alliance des trois voix fait mouche, personne ne prend le pas sur l’autre, Cavalera se met même en retrait pour débouler à des moments précis et apporter un surplus d’agressivité dans des moments clés, la complémentarité entre Sanders et Puciato donne à chaque titre un impact monstrueux dans la charge émotionnelle. Le tout magnifié par un mix superbe digne des standards du metal moderne. Inclassable tant il varie entre groove metal, hardcore, progressif et heavy avec des zestes d’autres genres par endroits, Reluctant Hero impressionne par les variations au sein d’un même morceau, entre superbe plage mélancolique et calme et moment de fureur.

#5 My Dying Bride – The Ghost of Orion (Nuclear Blast)

En 2015, Aaron Stainthorpe, le chanteur de My Dying Bride, vivait la pire expérience qu’un parent peut vivre lorsque sa fille de 5 ans a été frappée d’un cancer. Le groupe est entré en stand-by le temps de vaincre la maladie. Durant ce laps de temps, en 2018 du guitariste originel du groupe Calvin Robertshaw est parti sans aucune explication, tout comme du batteur Shaun Taylor-Steels. Autant d’épreuves qui ont fait planer une profonde incertitude sur l’avenir du groupe. C’est donc tel un phœnix que le combo a annoncé son retour sur les réseaux sociaux l’an dernier. The Ghost of Orion a été composé dans la douleur, en grande partie par le guitariste restant Andrew Craighan. Reconnaissable entre mille avec ce riffing typique du Craighan et la lourdeur de son instrumentation, My Dying Bride n’a jamais eu pour vocation de déclencher les fous rires même chez les croque-morts et a toujours gardé un très haut niveau constant en termes de qualité musicale. The Ghost of Orion ne fait pas exception à la règle. Plus accessible de la discographie du groupe, The Ghost of Orion est aussi le plus émouvant.

#4 Deftones – Ohms (Reprise Records)

Enfin ! Quatre ans après Gore, le Deftones nouveau est arrivé. Il y a quatre ans, le combo de Sacramento signait Gore qui avait laissé une grande partie des fans plus que sceptiques. Un album où Stephen Carpenter était moins impliqué, et où le groupe explorait de nouveaux horizons. Un album qui, malgré plusieurs excellents morceaux, n’appelle pas une écoute en boucle compulsive.
En 2020, après une année de merde, Ohms, neuvième album de Deftones (dixième album, si on compte le maudit Eros, jamais sorti) fait bien partie des grosses sorties metal de l’année. Pour Ohms, la bande à Chino Moreno retrouve le magicien Terry Date qui avait produit les 4 premiers albums. On retrouve donc un Deftones canal historique, qui a mis de côté les tensions pour faire bloc et on le sent dès le premier morceau. Stephen Carpenter s’est nettement plus investi, Abe Cunningham propose de très belles choses à la batterie, la basse ronde de Sergio Vega souligne toujours aussi bien les morceaux et l’inventivité de Frank Delgado permet de faire le pont avec Crosses ou Team Sleep. Quant à Chino, il est égal à lui-même en éclaboussant chaque titre de sa classe et de son talent vocal hors norme. Qu’il éructe, cajole les tympans ou susurre, le frontman donnera toujours des frissons à l’auditeur. Ohms empile 10 perles riches et complexes. C’est un album qui demande plusieurs écoutes pour en ressentir toutes les subtilités, une œuvre qui ne s’apprivoise pas toujours facilement mais qui délivre une énième démonstration de talent et de créativité d’un OVNI des scènes rock et metal.

#3 ex aequo Tombs – Under Sullen Skies (Season of Mist)

Cinquième album pour Tombs, groupe qui pèse de plus en plus dans le black metal américain. Malgré un gros changement de line-up, le combo a trouvé une certaine cohésion. Sur Under Sullen Skies, plusieurs invités dont trois guitaristes qui viennent poser des solos énormes, ainsi que Dwid Hellion d’Integrity au timbre digne de Lemmy, et Sera Timms d’Ides of Gemini qui offre un chœur lumineux. Malgré tout, la quantité de guests ne nuit pas à la qualité de l’ensemble et Under Sullen Skies fait partie de ces albums où, arrivé à moitié, on sait qu’on a à faire à une grosse tuerie des familles. Et à la fin, le constat est simple : on s’est pris carrément un 16 tonnes en pleine gueule, un monstre de black metal riche en influences et en virtuosité musicale.

#3 Kvelertak – Splid (Rise Records)

On aurait pu croire que le départ de Hjelvik donne un coup d’arrêt à la progression des norvégiens de Kvelertak, c’est le contraire qui se produit. Le mélange black metal/hardcore/punk des débuts a laissé place à un côté rock n’roll plus accentué et moins de black metal. Enfin pas tout à fait, car les mecs ont décidé d’explorer, de varier les plaisirs. Avec Splid, on a encore la preuve qu’on est devant l’un des groupes les plus originaux, les plus audacieux, les plus rafraîchissant de la scène metal de ces 15 dernières années (et les mecs collent une énergie de dingue). Cette audace, cette richesse, couplée à une qualité de musique mais aussi de chant (puisque le nouveau chanteur ose même encore plus que son prédécesseur) font de Splid l’un des meilleurs albums de l’année.

#2 Loudblast- Manifesto (Listenable Records)

Il a fallu six ans pour que Burial Ground, album le plus sombre des lillois de Loudblast, connaissent un successeur. Six ans durant lesquels Stéphane Buriez a participé à d’autres projets et durant lesquels le groupe a connu un changement de line-up avec le départ du gratteux Drakhian et du bassiste Alex Lenormand, remplacés par Jérôme Point-Canovas et Frédéric Leclercq (ajoutons à cela le forfait de dernière minute d’Hervé Cocquerel, remplacé pour l’enregistrement par Kevin Foley). Ces six ans d’attente sont comblés dès les premières secondes du premier morceau. La déflagration est immédiate. Parfaite synthèse de la rapidité et de la brutalité des Sublime Dementia ou des Cross the Threshold sur la première partie et du côté malsain et lugubre de Burial Ground, Manifesto est un parfait condensé de la carrière de Loudblast qui montre que le groupe est toujours au sommet de sa forme. De plus, non seulement les lillois asseyent encore une fois leur statut de parrains mais en plus livrent le meilleur album de death de l’année. Une véritable bombe à neutrons.

#1 The Ocean – Phanerozoic II Mesozoic | Cenozoic (Metal Blade Records)

Deux ans après le 1er volet, The Ocean finalise son diptyque Phanerozoic et se fait plaisir avec un album riche et versatile. Les précurseurs du post-metal continuent leur voyage au cœur des débuts de notre monde. Ici, le collectif international n’hésite pas à saupoudrer les morceaux de nappes électro ou de trip-hop. Riche et varié, Phanerozoic II est plus expérimental. Le groupe ne fait jamais dans la facilité et construit de véritables pièces variant les ambiances et les genres. Les plages de guitares et de batterie n’auraient pas été reniés par Tool avec cette arythmie si particulière. Magistral, majestueux, passionnant de bout en bout, Phaneozoic II est un album ambitieux, marque d’un groupe protéiforme, une des formations les plus créatives de ces dernières années. Si l’album nécessite plusieurs écoutes et beaucoup de recul pour arriver à l’analyser et le chroniquer, c’est définitivement un ceux dont l’écoute et l’achat est indispensable.

Par Nikkö

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