octobre 18, 2021

Promethea

Auteurs : Alan Moore et J. H. Williams III

Editeur : Urban Comics

Genre : Fantasy, Fantastique

Résumé :

Lorsque Sophie Bangs a choisi son sujet de thèse — les différentes itérations de l’héroïne mystique Promethea —, elle ne se doutait pas que ce personnage de fiction allait devenir réel et que c’est elle, Sophie, qui deviendrait son nouvel avatar ! Parcourant les plaines d’Immateria, patrie des idées, des mythes et de l’imaginaire, cette nouvelle Promethea va rencontrer ses prédécesseurs mais également d’anciens adversaires comme Jack Faust, mage cynique et libidineux…

Avis :

Alan Moore est un scénariste de comics que l’on ne présente. La plupart de ses œuvres furent adaptées au cinéma, comme From Hell, V Pour Vendetta, La Ligue des Gentlemen Extraordinaires ou encore Watchmen. Alan Moore est un personnage atypique. Et forcément, chacun de ses récits est imprégné d’un univers dense et étrange qui ne laisse indifférent. Parmi ses écrits les moins connus, voilà qu’Urban Comics a eu l’ingénieuse idée de sortir, pour la première fois en français, l’intégrale de Promethea. S’inspirant d’un personnage issu, à la base, d’un poème de Charles Sennet, Promethea est un personnage magique, essence même de l’imagination, vivant aussi bien dans le pays des fées que dans notre monde. C’est en prenant appui sur les diverses légendes de Promethea qu’Alan Moore a tissé une intrigue à mi-chemin entre le super-héros et le conte initiatique. Une histoire profonde sur la quête de soi et l’imaginaire.

Par-delà les mondes

Comme pour chaque histoire écrite par Alan Moore, Promethea ne déroge pas à la règle et demeure assez obscur. Sophie Bangs est une jeune femme qui choisit pour un mémoire de travailler sur le mythe de Promethea. C’est alors qu’elle se transforme en la fée elle-même. Elle va alors découvrir un tout nouveau monde, des pouvoirs sans limites et des méchants qui lui en veulent. Dès lors, elle va mener son enquête pour comprendre qui est Promethea et pourquoi Sophie a été choisie. Comme à chaque fois avec cet auteur, le scénario est relativement complexe et comporte une multitude de thématiques qui vont être explorées à fond. Mais avant de tomber dans une profondeur abyssale, il faut revenir sur l’univers, qui est la première chose que l’on remarque et qui peut laisser sur le côté.

En effet, l’intrigue se déroule en 1999 dans un New York fantasmé, entre le néo-noir et le cyberpunk. La police vadrouille en soucoupe volante. Il y a un groupe de super-héros qui sont des scientifiques sympathiques. Les gens sont fous d’une nouvelle technologie qui se nomme l’élestagel. Bref, c’est très fouillis et il y en a de partout. D’ailleurs, l’entrée en matière est très abrupte. On nous lance dans le délire sans rien nous présenter, avec deux jeunes filles qui discutent de leur étude et d’un concert. On plonge littéralement tête la première dans un environnement fourre-tout, burlesque et pourtant terriblement en avance sur son temps. Le maire est schizophrène, un réseau social annonce toutes les minutes les nouvelles news, et il y a de la publicité de partout.

Oui, Alan Moore est un visionnaire, et il le prouve encore ici avec son univers très dense et pourtant pas si loin de notre réalité, plus de vingt ans plus tard.

Quête de soi

L’histoire de Promethea pourrait presque ressembler à un délire ésotérique avec une super-héroïne qui va botter des culs. Sauf que le récit va aller beaucoup plus loin. Si on retrouve des antagonistes sous la forme de démons et que notre personnage central va apprendre à maîtriser ses pouvoirs et à les dégommer, l’histoire va bien plus loin. Ici, il est question de recherche de soi. Derrière les atours de Promethea, c’est Sophie qui cherche un sens à sa vie. Elle cherche à savoir qui elle est, pourquoi elle a été choisie et cela donne du sens à sa vie qui est un peu pourrie. Entre une meilleure amie un peu délurée et une mère prostituée et qui ne l’aime pas, Sophie trouve ici une raison de vivre.

Et encore derrière cette quête de soi, il y a une ode à l’imaginaire, au fait d’écrire des histoires, du pouvoir que cela donne. Promethea est une lettre d’amour à la création. Cependant, le délire est poussé à son paroxysme. C’est-à-dire que l’auteur va très loin dans la création, mettant en avant des mondes féeriques sans limites et parfois assez complexes à lire. A titre d’exemple, on peut citer le dernier chapitre, avec les cartes de tarot et l’écriture poétique, avec des rimes. Si c’est superbe et démontre un imaginaire débridé, on reste tout de même un peu sur le bas-côté. Et cela n’est pas forcément aidé par des dessins sublimes, mais hyper bordélique. Chaque planche est un véritable tableau. Mais il y en a de partout. C’est tellement dense que parfois cela donne le tournis et que l’on ne sait plus où regarder.

Trop c’est trop

Alors on peut féliciter l’audace et le parti pris de donner quelque chose qui n’est pas facile d’accès, mais parfois, c’est trop. Le dernier chapitre en est l’exemple même, mais ce n’est pas la seule chose qui retiendra notre attention et notre rétine. Certaines planches sont incroyablement riches et on aura même droit à un chapitre à lire à l’horizontal. Cette densité, on la retrouve aussi dans le background. En plus de l’histoire de Promethea, on a aussi une histoire avec le maire de New York, les super-héros scientifiques et un ennemi commun, la poupée peinturlurée. Alan Moore ne se contente pas d’une histoire, mais il glisse, en filigrane, d’autres récits secondaires, renforçant, si besoin l’en était, un univers d’une grande richesse, aux possibilités infinies, à l’image de son héroïne, dont la seule limite est son imagination.

Au final, Promethea est un récit qui est à l’image de son auteur. Dense, riche, complexe, bordélique et brassant pourtant une quantité de thèmes importants et intéressants, ce comic est un véritable fourre-tout qui déborde dans tous les sens. Bénéficiant de dessins absolument sublimes, débordants eux-aussi de richesses, ce premier tome laisse tout de même un goût de trop-plein qui peut écœurer. Il s’agit d’une aventure difficile d’accès, en avance sur son temps, même aujourd’hui, et qui fonctionne pourtant, laissant entrevoir une quête au-delà de soi, dans un monde où l’imaginaire est la plus grande des puissances. La plus grande des déesses.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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