avril 15, 2021

Le Temps des Mitaines T.01 – Le Mystère de la Chambre Morne – Loïc Clément et Anne Montel

Auteurs : Loïc Clément et Anne Montel

Editeur : Urban Comics

Genre : Fantastique

Résumé :

Dans la vallée des Mitaines, quatre adolescents sont bloqués dans une bulle temporelle. De tempéraments opposés, ils doivent réussir à s’entendre et rivaliser d’ingéniosité pour s’en sortir.

Avis :

La littérature jeunesse pourrait presque être un genre à part tant les sorties sont nombreuses et certains auteurs se sont spécialisés là-dedans. Le problème avec la littérature jeunesse, c’est qu’elle est occultée par tout le reste, voire même invisibilisée par la littérature adulte ou young adult. Pourquoi ? La littérature jeunesse a souvent été dénigrée, comme si elle n’était accessible qu’à l’école pour ennuyer les petits enfants. Sauf qu’il ne faut jamais oublier que c’est par là que tout commence. Le voyage, la rêverie, les aventures, notre bibliothèque mentale est forgée dès notre plus jeune âge avec des récits de littérature jeunesse. Et ce n’est pas pour rien que certains festivals spécialisés se font de plus en plus présents. Et la joie de découvrir qu’un éditeur aussi réputé qu’Urban Comics lance une collection pour les plus jeunes à travers une collection de comics, mais aussi de romans.

Le Temps des Mitaines est à la base une série de bandes-dessinées éditées chez Dargaud. Proposant un univers étrange où des animaux anthropomorphes ont des pouvoirs et vivent dans des objets du quotidien, les auteurs Loïc Clément et Anne Montel ont trouvé intéressant de développer la franchise sous la forme de romans, dont Le Mystère de la Chambre Morne est le premier tome. Se déroulant vingt ans plus tôt que les histoires dans les bandes-dessinées, ce premier tome, écrit par Loïc Clément et illustré par Anne Montel, recèle de bien des idées intéressantes, tout en instaurant un climat assez angoissant et des thématiques dures. Retour donc sur un tout petit roman très riche, mais qui peut sembler inaccessible à certains enfants.

L’histoire ressemble à s’y méprendre au Breakfast Club dans son début. Une référence parfaitement assumée par l’écrivain qui cite le film à la toute fin du roman. On va donc suivre cinq adolescents qui se retrouvent en colle et qui n’ont rien en commun. Entre Céleste le jeune ourse altruiste, Prosper le rat chétif et rigolo, Caïus le chat angora violent, Nocte la chauve-souris mystérieuse et Angus le renard intello, les relations ne sont pas forcément au beau fixe. Et tout cela se dégrade quand un mur invisible dangereux semble se refermer sur eux-mêmes, les condamnant à une mort lente et inéluctable. Dès le départ, on sent que le roman est assez violent, notamment pour les plus jeunes. Brimades, moqueries, engueulades et coups sont au centre du récit, où Caïus joue les gros durs pour s’imposer et tyranniser tout le monde. Même dans la coopération pour trouver des solutions, il reste un ennemi à part entière. Bien évidemment, l’histoire va aller plus loin.

Découpé en chapitre où l’on va apprendre à connaître chaque protagoniste, le roman suit une narration assez simple, où les flashbacks ne sont utilisés que pour donner de l’épaisseur aux personnages. On apprendra alors que Prosper est un jeune orphelin qui n’a jamais eu de chance, que Nocte fait partie d’une religion qui tient plus de la secte ou encore qu’Angus fait partie d’une riche famille dans laquelle il ne s’épanouit pas vraiment. Bref, tous ces personnages ont leur démon, et certain plus que d’autres. C’est à partir de ce constat que l’auteur va s’amuser à livrer une aventure dangereuse, qui prend appui sur les fantômes du passé des personnages. Une narration qui est assez simple, mais qui permet de faire avancer l’histoire tout en imposant des protagonistes attachants et des thématiques riches. Ajoutons à cela des pouvoirs fantastiques à la Lanfeust de Troy et la coupe est pleine.

Cependant, ce qui est le plus intéressant dans cet ouvrage, ce sont les thèmes traités. Ici, on y parle de sectarisme avec Nocte et sa religion qui lui interdit beaucoup de choses. On parle aussi de maltraitance infantile, avec des enfants brisés par un passé lourd et violent. On va aussi évoquer les familles d’accueil, et à quelque part les incompétences de notre société à bien gérer les orphelins et enfants délaissés. On y trouvera aussi un discours sur la différence, avec un enfant qui ne se sent pas à sa place dans sa famille. Bref, tout un tas de thèmes qui vont se recouper sur la thématique du pardon et de l’acceptation de l’autre. Car c’est finalement cela qui va permettre aux enfants de s’en sortir. Un message universel important et beau, qui permet de se sortir de bien des situations et de se rendre compte que l’on n’est jamais seul, si on le veut.

Le problème, c’est que tout ces thématiques sont assez rudes et difficilement accessibles à de jeunes enfants. Il y a beaucoup de violence au sein du récit, et il faut au moins avoir huit ans bien tassés pour tout comprendre. De ce fait, le format, superbe, avec les illustrations d’Anne Montel, et l’enrobage plutôt sombre mais petit et attrayant, peut tromper les lecteurs et certains enfants risquent de s’y perdre. Alors cela n’entache pas du tout le plaisir de lecture, et la profondeur des sujets, mais il faut savoir à quel public cela s’adresse et bien faire attention (ma fille de sept ans par exemple a laissé la lecture car elle trouvait cela trop violent).

Au final, Le Temps des Mitaines – Le Mystère de la Chambre Morne est un roman jeunesse très intéressant et écrit avec une vraie intelligence. Court mais donnant de l’importance aux personnages au sein d’une intrigue qui laisse libre cours à des thématiques fortes et dures, ce petit roman jeunesse ne s’adresse cependant pas à tout le monde. Assez violent et parfois glauque, il vaut mieux être prévenu avant de se lancer dans la lecture. Néanmoins, entre un univers riche et une imagination débordante, entre du Tim Burton et un Breakfast Club teinté de Lanfeust de Troy, on ne peut qu’adhérer à cette histoire qui en appelle d’autres.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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