avril 15, 2021

N’Ecoute Pas

Titre Original : Voces

De : Angel Gomez

Avec Rodolfo Sancho, Belén Fabra, Lucas Blas, Ramon Barea

Année : 2020

Pays : Espagne

Genre : Horreur

Résumé :

Après un événement dramatique dans la maison qu’il rénove, un homme entend l’appel au secours d’un fantôme, ce qui l’incite à consulter un expert en paranormal.

Avis :

On a souvent tendance à dire que l’Espagne est une belle terre d’horreur. Il faut dire que le pays commence à traiter ce genre dans les années 70, essayant de répondre au succès de la Hammer en Angleterre. Puis, petit à petit, le genre s’est délité au pays ibérique, jusqu’à revenir au plus fort durant les années 2000. Des réalisateurs sont sortis de l’ombre comme Alejandro Amenabar, Alex de la Iglesia ou encore Juan Antonio Bayona et Jaume Balaguero (sans oublier son compère Paco Plaza). Bref, on peut réellement dire que les années 2000 sont un âge d’or pour l’horreur espagnole. Cependant, tout a une fin. Et il semblerait que depuis quelque temps, les réalisateurs espagnols n’arrivent plus à fournir de l’horreur percutante et intéressante. N’Ecoute Pas, nouveauté Netflix, va-t-elle changer la donne ? Peut-être.

  • Des voix dans les murs

Nouvel arrivant dans le domaine de la réalisation (puisque N’Ecoute Pas est son premier film), Angel Gomez va proposer un film d’horreur qui bouffe à tous les râteliers, s’inspirant librement d’un nombre incommensurable de films déjà connus. On retrouvera d’ailleurs des scènes directement inspirées de films comme Ne Vous retournez Pas ou encore La Malédiction. Mais est-ce un défaut ? Pas vraiment. Le film prend place dans une vieille demeure que des parents rénovent pour revendre à un prix plus fort. L’enfant de la maison se sent mal, entendant des voix dans les murs, lui murmurant des choses horribles. Le démarrage est classique, avec un accident particulièrement gore, un enfant mal dans sa peau et des parents désemparés. Des parents qui vont sombrer dans la dépression à partir du moment où l’enfant meurt noyé dans la piscine. Et le réalisateur de partir de ce drame pour tisser une intrigue horrifique autour de la maison et du folklore historique espagnol.

Car oui, N’Ecoute Pas n’est pas seulement un film de flippe avec un supposé fantôme. Le cinéaste va brouiller les pistes pour ensuite s’appuyer sur des légendes locales qui s’inspirent alors d’une histoire sombre de son pays, l’inquisition. Lorsque le père va chercher de l’aide chez un spécialiste du paranormal, le film devient alors plus classique, mais n’oublie jamais d’installer une ambiance pesante, sèche et qui laisse à supposer plusieurs pistes. Habitant dans les combles, fantôme, paranoïa, les doutes s’évaporent à l’arrivée des spécialistes, tout en gardant une ambiance mortifère et dépressive. Si l’histoire sera relativement classique, avec un twist final qui amènera son lot de séquences assez grotesques, le réalisateur essaye par tous les moyens de susciter de la peur et de garder une atmosphère tendue pour mieux surprendre le spectateur.

  • Zugaramurrdi ?

Derrière cette histoire classique qui peut se voir comme un pillage référentiel, on retrouvera tout de même une réalisation intéressante et une réelle volonté de faire monter la tension de façon graduelle. C’est-à-dire que si les plans ne sont pas forcément impressionnants, le cinéaste met tout en œuvre pour créer une omniprésence au sein de cette maison qui murmure. On retrouvera constamment, en arrière-plan, des ombres, des silhouettes et des mouvements, qui démontrent bien qu’il y a quelque chose dans cette baraque. La façon de faire, qui prend appui sur une photographie à la fois terne et réaliste, arrive sans aucun mal à créer une atmosphère qui fait froid dans le dos et qui ne laisse indifférent. Alors oui, on pourra reprocher des jump scare inutiles et un final Grand-Guignol presque pénible, mais il serait de mauvaise foi de passer outre certains efforts que l’on ne retrouve plus aujourd’hui.

Et le film d’essayer de faire du neuf avec du vieux, s’inspirant directement des crimes de l’inquisition pour tisser une histoire qui a des répercussions aujourd’hui. Le film n’épargne personne et s’avère percutant lorsqu’il s’agit de faire monter le body count. Femme, enfant, tout le monde peut y passer. Ainsi, le réalisateur peut se permettre quelques errances, et même des personnages plus ou moins empathiques, car on va craindre pour tout le monde. Le drame du départ annonce clairement la couleur, on ne sait pas qui va mourir. Pour autant, on aura notre lot de personnages intéressants, à commencer par ce couple père/fille qui gagne sa croûte en cherchant des fantômes. Leur relation, simple, est attachante et on sent qu’ils cherchent quelque chose pour une bonne raison. De là à vouloir faire une licence autour d’eux, il ne faut pas abuser non plus… Reste la famille victime, trop dépressive pour réellement avoir un impact émotionnel.

  • De la nouveauté dans la peur ?

La vraie question que l’on peut se poser, finalement, c’est de savoir si ce film fait réellement peur et s’il apporte son lot de nouveautés. Et là-dessus, on ne peut pas vraiment dire que le film surprenne vraiment. S’il pose une ambiance intéressante et tendue, il abuse souvent de jump scare inutiles pour tenter de réveiller un peu le tout. Très clairement, le film n’avait pas besoin de cela pour susciter de l’angoisse chez le spectateur. Néanmoins, certains passages restent en tête. Le réalisateur semble être un bouffeur de pellicules horrifiques, vu toutes les références dans le métrage, et il s’éloigne parfois du tout-venant, ne cherchant pas à surprendre avec certains poncifs. Ainsi donc, les lumières infrarouges, les nouvelles technologies, permettent de voir les esprits et donc de susciter encore plus la peur. En passant d’un plan où les fantômes sont invisibles à un autre où l’on voit les silhouettes, le cinéaste délivre un bon moment de frousse, sans jamais tomber dans le piège pénible de la grosse surprise.

Au final, N’Ecoute Pas est un film d’horreur espagnol plutôt réussi. S’il reprend de nombreuses choses de films déjà existants, il essaye de sortir son épingle du jeu en instaurant une ambiance mortifère sans pitié et des moments d’angoisse bien maîtrisés. Ainsi, on lui pardonnera les errances de narration, les pistes non  exploitées et un final bordélique qui gâche toute l’ambiance mise en place. En l’état, et en cette période de vache maigre d’un point de vue horrifique, ce premier film pour Angel Gomez est plutôt une petite réussite.

Note : 14/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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