décembre 1, 2020

Ad Vitam

D’Après une Idée de : Thomas Cailley et Sébastien Mounier

Avec Yvan Attal, Garance Marillier, Niels Schneider, Adel Bencherif

Pays: France

Nombre d’Episodes: 6

Genre: Drame, Science-Fiction

Résumé :

Alors qu’on pense avoir vaincu la mort, sont découverts les corps de sept suicidés, tous mineurs. Dérive sectaire, acte politique, cri d’alarme d’une jeunesse sans repères ? Darius, flic de 120 ans, mène l’enquête avec Christa, jeune fille révoltée et rebelle.

Avis :

Dans les nouveaux visages du cinéma français, aujourd’hui, je tire la carte Thomas Cailley. Jeune réalisateur, Cailley a fait la Fémis en section scénario. Après un court-métrage, il réussit à se lancer dans un premier film et son film fut l’un des succès surprises de 2014. Ce film, c’est « Les combattants » et si vous ne l’avait pas encore vu, ce premier film qui réunit Adèle Haenel et Kévin Azaïs sur fond de romance qui mélange les genres, vaut clairement le coup d’œil. Avec un tel succès, Thomas Cailley aurait pu revenir très vite, mais il a préféré attendre, et surtout travailler sur d’autres projets, ainsi, on le retrouve à l’écriture de l’excellent « Ami-Ami« , premier film de Victor Saint-Macary ou encore à l’écriture de la série de science-fiction « Trepalium« .

Quatre ans après son premier film, Thomas Cailley est donc de retour, mais ce n’est pas dans les salles obscures qu’on trouve le metteur en scène. Non, on le retrouve sur Arte et Netflix, pour une mini-série d’anticipation en six épisodes. Série ambitieuse, mélangeant toujours aussi bien les genres, tenant un univers, avec « Ad Vitam« , Thomas Cailley propose quelque chose et bouscule un peu le trop sage cinéma français à la télévision. Reste que malgré tout ce qui est fait, « Ad Vitam » se dégonfle sur un dernier épisode, qui boucle tout trop vite et surtout ne conclut pas grand-chose, nous laissant ainsi avec des questions qui ne trouveront jamais de réponse et c’est vraiment, mais vraiment, dommage.

2068, la mort n’existe plus vraiment et aujourd’hui, la doyenne de l’humanité a cent-soixante-neuf ans et l’énergie et le corps d’une jeune trentenaire. Dans cette société où désormais faire un enfant devient un débat de société, car a-t-on encore besoin de faire des enfants face à la surpopulation et surtout l’immortalité, les corps de sept adolescents sont retrouvés un matin sur une plage. Tous se sont suicidés, mais qu’est-ce qui a bien pu les amener à se donner la mort, alors même qu’ils ne savent pas ce que c’est ? Darius Asram, cent-dix-neuf ans, est en charge de l’enquête et très vite, cette dernière va l’emmener sur un suicide collectif d’il y a dix ans. Un suicide où seule une jeune femme avait survécu. Darius entre donc en contact avec elle et ensemble, ils vont mener cette enquête. Une enquête sombre et sinueuse.

Originale, bien foutue et surtout prenante, « Ad Vitam« , la série de Thomas Cailley se pose comme une jolie surprise qui demeure encore deux ans après sa sortie, quasi-inconnue et c’est bien dommage.

On attendait un projet de la part du réalisateur des « … combattants« , histoire de voir si tous les espoirs placés en lui étaient payants et même si « Ad Vitam » a ses faiblesses et finit par décevoir, il reste clair que Thomas Cailley est un auteur de talent qu’on a encore plus envie de suivre. Audacieux, osant s’aventurer dans des genres difficiles, osant mélanger les genres, Thomas Cailley est de ces jeunes qui font du bien au cinéma français.

« Ad Vitam » est une série aussi bien de science-fiction et d’anticipation qu’une série policière, qui tient plutôt bien son enquête. On ajoutera à cela un côté politique avec notamment tout ce qui est fait autour d’une possibilité du contrôle des naissances ou encore le droit à la régénération inscrit dans la constitution, et surtout une bonne réflexion sur l’immortalité, l’ennui, l’acceptation de cette immortalité (les visages qui ne vieillissent pas, les souvenirs, la mémoire, les maladies, c’est vraiment ce qui est le plus passionnant dans cette série) l’envie de l’être humain de toujours se dépasser, ou encore la surpopulation de masse, avec une société « qui ne vieillit plus et ne meurt plus ». Thomas Cailley explore bien ses sujets, et sa série est en permanence intéressante, car elle offre toujours quelque chose qui pique la curiosité.

Le réalisateur/scénariste et showrunner arrive très bien à passer d’un élément à l’autre, développant ainsi l’enquête sur laquelle ses personnages bossent, tout en apportant richesse et profondeur à son univers et surtout son (in) humanité, qui déborde d’idées et d’éléments qui mettent parfaitement en relief une société qui se croit forte, mais qui est surtout à la dérive. Malheureusement, si Thomas Cailley tient son univers et ses réflexions jusqu’au bout de ses six épisodes, on ne peut pas vraiment en dire autant sur son enquête. Une enquête qui tient parfaitement la route sur les trois-quarts de la série et qui d’un coup d’un seul est achevée en dix minutes. Et encore achevée, c’est un bien grand mot, car si elle était achevée, cela voudrait dire qu’elle est conclue, or ici, ce n’est pas le cas et c’est un sentiment assez étrange, car tout laisse à imaginer la possibilité d’une deuxième saison, mais la série est bel et bien finie, laissant derrière elle énormément de questions en suspens.

Si Thomas Cailley se rate quelque peu sur les derniers instants de sa série, il faut toutefois lui laisser d’avoir une vraie ambition et une envie de faire bouger les choses. Thomas Cailley avait déjà fait preuve d’audace avec « Les combattants« , et il réitère ici avec une série qui a vraiment du cachet. Une série bourrée d’idées de mise en scène. Une série qui veut tenir un univers, et offrir un très beau spectacle à son public. Tenant un bon rythme, mélangeant très bien les genres, tenant une photographie très intéressante qui ne cesse de jouer avec les lumières, et tout ceci accompagné par une BO futuriste prenant offert par HitnRun, « Ad Vitam » a de la tronche et se laisse suivre avec suspens, intrigue et un soupçon d’évasion.

Enfin, si la série fonctionne aussi bien, c’est grâce à ses comédiens, et surtout ce duo qui est composé par Yvan Attal, excellent en flic centenaire qui est arrivé au bout de quelque chose et Garance Marillier, la révélation du « Grave » de Julia Ducournau, qui tient là un rôle dense et intéressant. Un rôle qui ne cesse de surprendre tout du long. « Ad Vitam » est aussi composée de tout un tas de seconds rôles qui apportent beaucoup à la série. Des seconds rôles tenus par la crème de la crème des jeunes acteurs, Niels Schneider, Rod Paradot, Anthony Bajon, Victor Assié.

On quitte donc « Ad Vitam » partagé. C’est une bonne série que nous offre là Thomas Cailley. « Ad Vitam » a énormément d’arguments pour elle, entre son ambiance, son mélange des genres, sa réflexion sur la société et l’immortalité. La série a de l’ambition et visuellement elle en envoie. Mais il reste ce final, cette dernière demi-heure où tout s’enchaîne bien trop vite et surtout ça ne répond pas à beaucoup de questions, ce qui nous laisse sur une frustration. On pourrait même résumer les sentiments de cette frustration par deux phrases : « Tout ça pour ça » et « Oui, mais encore ? ». Ce sentiment est vraiment dommage, car il entache vraiment cette bonne série. Je reste donc « heureux » de m’y être arrêté, car « Ad Vitam » confirme que Thomas Cailley est un auteur à suivre et sur lequel on pourra compter.

Note : 14/20

Par Cinéted

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