novembre 30, 2020

Les Dossiers Cthulhu – Sherlock Holmes & les Démons Marins du Sussex – James Lovegrove

Auteur : James Lovegrove

Editeur : Bragelonne

Genre : Fantastique

Résumé :

Automne 1910. Voici longtemps que Sherlock Holmes et le docteur John Watson combattent R’luhlloig, l’Esprit Caché lié au professeur James Moriarty. L’Europe glisse inexorablement vers la guerre, et un autre conflit, d’ampleur cosmique, approche de son point culminant ; en une seule nuit, les membres les plus éminents du Club Diogène connaissent une mort atroce, apparemment de leur propre main. Holmes soupçonne un espion allemand qui travaille pour R’luhlloig…

Retranché sur la côte anglaise, le duo est confronté à une nouvelle menace. Trois femmes ont disparu de la ville voisine de Newford. D’après la légende, d’étranges créatures amphibies, habitant une cité bâtie au fond de l’eau, viennent sur la terre ferme tous les deux ou trois siècles chercher de nouvelles proies. Le décor est planté pour l’ultime bataille qui verra s’opposer Sherlock Holmes et John Watson aux démons marins du Sussex, et peut-être à Cthulhu lui-même…

Avis :

Après avoir revisité l’œuvre d’Arthur Conan Doyle, James Lovegrove s’est penché sur une nouvelle trilogie qui amalgame les enquêtes de Sherlock Holmes avec l’univers d’H.P. Lovecraft. Il en ressortait un premier tome saisissant et une suite honorable, mais en deçà de son prédécesseur. L’équilibre entre deux mondes apparemment aux antipodes, le pragmatisme d’investigations criminelles face au surnaturel et à la folie d’une réalité dissimulée sous la nôtre… Tout se délitait progressivement dans le deuxième volume. On peut également évoquer une structure narrative mal construite dans la chronologie des faits. Censé être le point d’orgue de ce triptyque, Sherlock Holmes & les démons marins du Sussex semble hériter des maladresses de son aîné.

Pourtant, l’introduction laisse présager les meilleurs aprioris avec un nouveau bon temporel qui place l’intrigue au début du XXe siècle. Les protagonistes commencent à accuser leur âge et la majeure partie de leur carrière se tourne désormais vers le passé. L’entame demeure assez dynamique et constitue un excellent point de départ pour l’ultime confrontation avec le panthéon lovecraftien. Pour ne rien gâcher, le récit fourmille de références respectives aux deux auteurs. Bien qu’on suspecte un prétexte commode pour introduire l’enquête à venir, le combat contre des forces indicibles profite d’une plume agréable et enlevée dans son exercice.

Seulement, ce troisième opus réitère les errances constatées avec Les Monstruosités du Miskatonic. Autrement dit, l’architecture de l’ouvrage se veut anarchique et mal maîtrisée. L’entame ne présente pas forcément une importance fondamentale pour la suite des évènements. Dès lors, on nous inflige une seconde « présentation » censée faire démarrer les investigations tant attendues. Là encore, il s’agit d’un faux départ qui débouche sur une fin de non-recevoir. Les faits s’enchaînent, mais sont suffisamment distincts les uns des autres pour s’apparenter à un recueil de nouvelles guère assumé. En dépit de la présence d’un fil rouge, celui-ci reste néanmoins trop ténu pour apporter la continuité escomptée.

Bien que les déductions et l’intellect du protagoniste soient de la partie tout au long du récit, ses compétences se heurtent à une intrigue beaucoup trop simpliste et brouillonne. L’ensemble pâtit d’une linéarité évidente, tandis que les aboutissants sont à l’aune des tenants : prévisible et décevant au vu de ce que l’on est en droit d’attendre de la conclusion d’une saga. Au contraire du style, la progression démontre une trop grande rigidité pour convaincre. Comme évoqué plus haut, les séquences sont trop compartimentées pour développer un véritable lien. Il en ressort une évolution saccadée percluse de passages s’assimilant à du remplissage.

Même l’atmosphère se révèle moins immersive que les deux premiers volumes. On use d’artifices similaires, au risque de rendre l’ouvrage redondant dans sa présentation. Au vu du travail amorcé, les références sont paresseuses. Newford s’apparente à Innsmouth, tandis que l’auteur enchaîne les allusions à Dagon et Cthulhu. Rien de très probant, surtout lorsqu’on constate l’amalgame maladroit avec des questions géopolitiques et d’espionnage hors de propos. Un énième prétexte facile et mal amené au sein du récit. Il demeure un dénouement sur fond d’exploration de la mythique cité de R’lyeh qui rehausse l’intérêt ; un peu trop tardivement, cela dit.

Au final, Les Dossiers Cthulhu se conclut sur une déception. Ce troisième volet s’avère poussif à bien des égards. Preuve en est avec une intrigue digressive qui multiplient les pistes sans se soucier de la qualité de la progression. En considérant de nombreux heurts temporels qui se manifestent à intervalles réguliers, on a constamment l’impression de reprendre l’histoire à ses prémices. Cela sans compter un récit décevant et guère recherché pour s’insinuer dans l’univers tortueux de Lovecraft. L’amalgame avec les personnages d’Arthur Conan Doyle n’est plus aussi maîtrisé. Même si l’on apprécie plus que de rigueur les deux œuvres respectives, classiques parmi les classiques, Sherlock Holmes & les démons marins du Sussex demeure dispensable. Son existence sous-tend davantage des élans mercantiles qu’une nécessité littéraire.

Note : 10/20

Par Dante

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