novembre 30, 2020
BD

Les Voyages de Lotta T.01 – Les Renards de Feu

Auteurs : Marie Zimmer et Ofride

Editeur : Miss Jungle

Genre : Fantastique

Résumé :

Depuis la mort de sa femme Esther, Olaf, éleveur de rennes en Laponie, vit seul avec ses deux filles de quinze ans, Lotta et Solveig. Bien que jumelles, elles sont pourtant très différentes. Solveig est d’allure fragile, mutique, enfermée dans son monde. Lotta quant à elle est dynamique et déterminée. Lotta veut devenir chamane. Lotta n’espère qu’une chose : entrer en relation avec les esprits et retrouver celui perdu de Solveig. Arrivera-t-elle à mener à bien sa formation ? Et pourra-t-elle ramener facilement l’esprit perdu de sa sœur ?

Avis :

En très peu de temps, la bande-dessinée destinée aux enfants s’est démocratisée. Il suffit de se balader dans les rayons d’un magasin pour se rendre compte de la richesse et du choix des BD à l’intention des têtes blondes. Bien évidemment, il faut faire un tri là-dedans. Entre les séries humoristiques potaches qui n’ont que peu d’intérêt et les récits un peu moqueurs sans fond, certaines tirent leur épingle du lot, mais n’ont pas le succès qu’elles méritent. Et encore plus quand c’est une première BD. Avec Les Voyages de Lotta, disponible aux éditions Miss Jungle, Marie Zimmer signe son premier scénario en bande-dessinée. Et qui dit premier effort, bien souvent dit absence des devantures des rayons, préférant toujours miser sur les grosses ventes. Bref, tout ça pour dire que Les Voyages de Lotta, malgré ses imperfections, mérite grandement une meilleure mise en avant. Explications.

L’histoire prend place auprès de la population Sami. Il s’agit d’un peuple qui vit au Nord de la Scandinavie et qui est connu pour ses élevages de rennes. Ici, on va suivre Lotta, une jeune fille fougueuse qui souhaite devenir chamane. Tout simplement pour retrouver l’esprit de sa sœur, Solveig, qui a perdu la parole et ne peut que chanter. Mais son père s’oppose à cette carrière, lui préférant le métier de dresseuse de rennes. Lotta, désobéissante, va alors retrouver le chaman, faire plusieurs voyages dans le monde des esprits pour retrouver celui de sa sœur. Le scénario est assez simple, mais il ne faut pas oublier que le récit vise les plus jeunes lecteurs et que celui-ci doit être accessible, tout en véhiculant de belles valeurs, ce qui est clairement le cas.

Avec ce scénario, Marie Zimmer va mettre en avant plusieurs thématiques très intéressantes et essentielles de nos jours. En premier lieu, le fait de dépasser sa condition. C’est-à-dire de faire ce que l’on a envie de faire, tout en s’en donnant les moyens. Lotta veut suivre sa propre voie et pas celle de son père. Dès lors, elle va faire tous les efforts possibles pour réussir sa quête. Elle tiendra même tête à un garçon qui la prendra pour bouc émissaire. Lotta est relativement vertueuse dans la vie de tous les jours. Jusqu’à se sacrifier pour faire gagner sa petite sœur. Mais dans le monde des esprits, c’est une toute autre paire de manches, car elle est impatiente et impertinente. Elle va devoir apprendre de ses erreurs et son abnégation va payer. Aidée par le chaman, toujours bienveillant, par son père qui se remet en question, mais aussi par sa sœur qui l’appuie toujours dans ses choix, Lotta va découvrir l’altruisme et les bienfaits de ce dernier.

Au-delà des thématiques bienveillantes, Les Voyages de Lotta est aussi une BD fantastique qui est pleine d’aventures. Lotta va participer à une course de rennes, construire son tambour de chaman, puis elle va faire quatre voyages dans le monde des esprits. Des voyages qui vont permettre d’explorer un monde onirique superbe, où les esprits divaguent en paix et sont perturbés par une intrusion un peu trop bruyante. Ces aventures doivent tenir dans 48 planches, et c’est peut-être là le plus gros défaut de l’histoire, tout s’enchaine trop vite. Il manque de la cohésion entre certaines planches et on sent un sentiment d’urgence pour aller à l’essentiel, n’explorant pas assez cet univers, que ce soit le peuple Sami dans la vie réelle, ou encore le monde des esprits. Il faut aussi dire que la BD se lit très vite, trop vite…

Néanmoins, tout cela est rattrapé par un dessin absolument sublime. Eléna Bia, qui signe sous le pseudonyme Ofride, nous sert un graphisme magnifique. Si les passages dans la vie réelle sont beaux et montrent un peuple méconnu avec des rituels intéressants, les moments dans le monde des esprits sont incroyables. C’est chatoyant, c’est éthéré, c’est aérien, c’est doux. Les couleurs choisies, en aquarelle, permettent de se plonger pleinement dans ce monde fantastique. D’ailleurs, l’unique grosse planche pleine est à tomber par terre, pouvant facilement devenir une affiche dans une chambre de fille. Bref, graphiquement parlant, c’est de toute beauté.

Au final, Les Voyages de Lotta – Les Renards de Feu, qui semble n’être que le premier tome d’une série (il y a un 1 marqué sur la tranche malgré la fin de l’album), est un très bon album. S’il possède quelques défauts comme des enchaînements trop rapides, ce tome, visuellement splendide, propose un joli voyage et une immersion dans un univers charmant et charmeur. Une lecture qui s’adresse en priorité aux enfants (les miens ont adoré) mais aussi aux adultes qui se plaisent à rêver.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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Une réflexion sur « Les Voyages de Lotta T.01 – Les Renards de Feu »

  1. Un grand merci AqME pour cette belle critique intéressante et constructive. Vos remarques sont très pertinentes. Notamment (et on me l’a déjà spécifié) certaines scènes qui se succèdent trop rapidement. L’explication que j’en donne (mais ça c’est avec le recul que je peux me permettre de le faire) c’est qu’effectivement je me suis sentie un peu à l’étroit dans ces 46 pages. Sans doute la même histoire déroulée sur 2 albums aurait permis plus d’espace pour davantage développer les voyages chamaniques. Que je trouve effectivement trop « courts ». Mais je dois dire que l’éditeur souhaitait que toute l’histoire tienne dans ce premier tome. Au final, malgré les imperfections, je suis très heureuse de ce premier album BD et ravie d’avoir travaillé avec une illustratrice aussi talentueuse qu’Elena BIA ! Désolée pour ma réponse un peu longue. Encore merci pour cette belle critique. Marie ZIMMER

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