novembre 30, 2020

Mauvaises Fréquentations

De : Jean-Pierre Améris

Avec Maud Forget, Lou Doillon, Robinson Stevenin, Maxime Mansion

Année : 1999

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

A quinze ans Delphine n’a rien et attend tout de la vie. Tout à coup, l’amour arrive avec Laurent, l’amitié avec Olivia et les choses qui vont avec tels le sexe, la musique, les discussions à n’en plus finir. Elle a enfin la permanente sensation d’exister. Ses mauvaises fréquentations mèneront Delphine au fond de l’abime de la passion. On peut tout faire par amour.

Avis :

Jean-Pierre Améris est un réalisateur français qui traverse les décennies avec un succès relatif. Débutant en 1994, c’est avec son deuxième, « Les Aveux de l’innocent » que Jean-Pierre Améris se fait remarquer. Le film rafle pas moins de trois prix au festival de Cannes. Ainsi, sur le devant de la scène, Jean-Pierre Améris est alors attendu au tournant pour passer le cap du troisième film.

Trois ans après, Jean-Pierre Améris est donc de retour avec « Mauvaises fréquentations« , film qui conclura ses années 90 et surtout qui sera un petit succès, au point de devenir culte pour certains. Fable cruelle sur l’adolescence et ses penchants extrêmes, « Mauvaises fréquentations » est un film auquel on ne s’attend pas. Touchant et difficile, voire même assez gênant, avec ce film, le metteur en scène français se lancerait presque dans du Larry Clark avec cette histoire d’amour et d’emprise, et si parfois ce n’est pas toujours très juste, il faut laisser à « Mauvaises fréquentations » une spontanéité et une tenue par un casting de jeunes premiers impeccables, Maud Forget en tête.

Delphine a à peine quinze ans et c’est une adolescente discrète et timide qui n’a qu’un seul ami. La jeune fille a la sensation d’être là, sans vraiment l’être. Mais cette nouvelle année scolaire va changer bien des choses, car en très peu de temps, Delphine fait la connaissance d’Olivia qui deviendra sa meilleure amie, puis surtout de Laurent, un jeune homme dont elle va tomber éperdument amoureuse. Mais cette relation, qui avait tout pour être un très bel amour de jeunesse, va virer à tout autre chose et bientôt Delphine, éprise d’amour, va sombrer…

Quand « Mauvaises fréquentations » est sorti, le film de Jean-Pierre Améris a fait couler son petit lot d’encre et il faut dire que cette chronique adolescente est pour le moins assez originale et surtout inattendue. Si jamais vous aviez envie d’une petite comédie pleine de bons sentiments ou une petite comédie dramatique à la française avec de petites histoires d’amours et des petits gags ici et là amenés par le pote relou qu’on a déjà vu bien trop de fois, alors passez votre chemin, car le film de Jean-Pierre Améris est bien loin de ça. C’est même tout l’inverse. Commençant comme une petite chronique pleine de charme et de sentiments mélangés, « Mauvaises fréquentations » est un film qui va très bien tenir et mettre en images son titre.

Le scénario que tient entre ses mains Jean-Pierre Améris est une petite bluette qui tourne peu à peu au cauchemar. C’est un film qui commence par la découverte d’un nouveau monde pour son personnage principal. C’est un film qui respire la vie pour son personnage, du moins au départ, car très vite, une fois les premiers baisés échangés, une fois la découverte des corps et des sensations, une fois la confiance installée et surtout une fois l’amour fou, l’amour démesuré de l’adolescent bien ancré, le film s’en va sur d’autres sentiers et va se faire d’une grande cruauté et surtout d’une tristesse lourde. « Mauvaises fréquentations« , c’est un film qui va parler d’emprise et de naïveté. La phrase d’accroche sur l’affiche nous dit  » À 15 ans, on peut tout faire par amour », et Jean-Pierre Améris entraîne ses personnages dans du sordide, dont l’horizon est encore plus sombre que ce à quoi l’on pouvait imaginer.

S’il faut bien avouer que cette intrigue peut sonner quelques fois assez grosse, il n’en reste pas moins que sous l’œil de Jean-Pierre Améris, elle sonne comme souvent juste. La découverte de soi, les limites, l’amour absolu, la manipulation, la cruauté des adolescents entre eux, le sexe, la famille, l’amitié, les premiers émois, sont autant de sujets que le film de Jean-Pierre Améris va traiter avec plus ou moins de pertinence. On sera parfois touché, on sera d’autres fois fasciné ou dérangé et plus que ça, le mélange de tous ces sentiments fera naître une réflexion. Puis qu’on ait apprécié ou non la chronique, il est certain que Jean-Pierre Améris, avec ce film, ne laissera pas indifférent.

Du côté de sa mise en scène, « Mauvaises fréquentations » est un film assez linéaire. S’il aura bien des instants qui seront de jolies envolées, on ne peut pas dire non plus que la réalisation de Jean-Pierre Améris soit géniale. Certes, le film, dans sa deuxième partie, dérange, car il pousse presque dans le voyeurisme, mais heureusement, il reste pudique, suggérant tout ce qui s’y passe. On notera une photographie froide, un rythme assez lent, sans pour autant qu’on s’y ennuie et surtout, on notera une BO formidable qui accompagne le film. Une BO qui respire bon les années 90, avec du Lene Marlin, du Placebo, du Rachid Taha, Craig Amstrong, Pills ou encore Whale. Bref des sons qui vont très bien au film, et qui aujourd’hui, touchent la fibre nostalgique.

Enfin, « Mauvaises fréquentations » est un film qui fonctionne bien grâce à ce joli casting réuni par Améris. Si on peut citer Lou Doillon, Arianne Ascaride, François Berléand, Maxime Mansion, Delphine Rich, Daniel Martin, c’est bel et bien Robinson Stevenin et surtout Maud Forget qui tiennent le film de Jean-Pierre Améris.

Pour son troisième long-métrage, Jean-Pierre Améris a donc choisi la chronique adolescente et livre un film radicalement différent de ce à quoi le genre est habitué. Drame sensible, profond et dérangeant, « Mauvaises fréquentations« , même si tout n’est pas incroyable et qui lui manque clairement quelque chose pour pleinement marquer ou plutôt passionner, n’en reste pas moins un film qui étonne, et surtout qui dans son intrigue, dans le trait de ses personnages et dans les choix de ses derniers, dit quelque chose de fort sur les amours d’adolescents. À voir donc, tout en sachant où l’on met les yeux.

Note : 12/20

Par Cinéted

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