novembre 30, 2020

Doomsday Clock

Auteurs : Geoff Johns et Gary Frank

Editeur : Urban Comics

Genre : Super-Héros

Résumé :

Il y a trente ans, sur une Terre où le cours de l’Histoire a évolué de manière bien différente, un justicier milliardaire nommé Ozymandias a tenté de sauver l’humanité d’une guerre nucléaire imminente en concevant une machination effroyable… et réussit. Mais, ses plans ayant été révélés, ce dernier dut prendre la fuite et tente à présent de retrouver le seul être capable de restaurer un équilibre sur sa planète : le Dr Manhattan, surhomme omnipotent. Un seul problème s’offre à lui : le Dr Manhattan a quitté sa dimension pour visiter celle de la Ligue de Justice et interférer avec le cours des événements, manipulant à leur insu les héros de cet univers. Mais pour Ozymandias, ce défi n’est qu’un obstacle de plus dans sa quête d’une paix éternelle pour son monde et ses habitants : résolu, il décide de franchir la barrière entre les dimensions quitte à y affronter ces métahumains.

Avis :

C’est en 1987 que le monde du comics va être chamboulé avec l’arrivée soudaine de Watchmen. Ecrite par Alan Moore et dessinée par Dave Gibbons, la série va faire un grand bruit, s’affichant comme un récit mature et surprenant. Aujourd’hui encore, Watchmen est sur tous les fronts. Grâce au film de Zack Snyder, mais aussi à la série diffusée sur HBO, qui sont de bonnes adaptations du récit, même si certaines infidélités sont présentes. Mais force est de constater que plus de trente ans plus tard, on parle encore et toujours de Watchmen. Et histoire d’approfondir un peu plus le mythe, Geoff Johns décide d’en écrire une suite avec Doomsday Clock. Accompagné par le dessinateur Gary Frank, ce gros one shot propose de mélanger les personnages de Watchmen avec ceux de l’univers DC, dont Batman et Superman. Il en résulte une œuvre très ambitieuse, peut-être trop, qui rend bien hommage à son illustre aîné, mais qui se plombe dans une complexité inutile.

La première chose qui frappe quand on se lance dans la lecture, c’est la disposition des cases et le chapitrage. En effet, pour nous rappeler au bon souvenir de l’œuvre d’Alan Moore, on va retrouver des planches en forme de gaufrier et un découpage similaire. Si certaines grandes planches viendront aérer le tout, on restera bien souvent dans ce système de planche avec neuf cases à chaque fois. Et histoire d’évoquer un peu plus Watchmen, on aura droit à des chapitres dont l’illustration montre une tache de sang qui s’agrandit un peu plus à chaque fois. La fin trouvera une justification plutôt agréable à cette effusion de rouge, et c’est plutôt malin de faire un rappel à la série mère, surtout que cette façon. Bien évidemment, les références ne vont pas s’arrêter là.

Avec Doomsday Clock, on retrouvera certains personnages de Watchmen, surtout Ozymandias, le Dr Manhattan et Rorschach (dans une moindre mesure puisqu’il s’agit d’une autre personne sous le masque). On verra aussi des personnages emblématiques de l’univers DC, dont Superman qui va prendre une place prépondérante dans l’histoire. Une histoire alambiquée, mais qui s’avère réellement passionnante au début. Ozymandias qui rejoint le multivers pour retrouver le Dr Manhattan afin de sauver sa planète en jouant sur les rouages du temps, il y avait de quoi faire une intrigue solide. Et les rencontres entre Rorschach et Batman ou encore entre Ozymandias et Lex Luthor sont très plaisantes. Il en ressort des dualités plutôt intelligentes qui interrogent sur les intelligences de chacun et les capacités à accepter l’inconnu et l’improbable. C’est finement écrit et surtout, ça donne une réelle dimension à l’ensemble qui relie parfaitement le monde de Watchmen avec celui de DC.

Néanmoins, la narration va commencer à battre de l’aile à partir du dixième chapitre. Si les mouvements dans le temps étaient compréhensibles durant les premiers chapitres, tout va s’emballer quand le Dr Manhattan va prendre les rênes du récit. Trop intelligent pour nous ? Peut-être. Mais les tergiversations du bonhomme, ainsi que ses multiples visions d’un futur incertain, vont brouiller les pistes, quitte à laisser le lecteur sur le bas-côté. C’est dommage que Geoff Johns tente de faire complexe là où il n’y en avait pas besoin. Alors oui, cela donne de l’importance au Dr Manhattan, personnage complexe par excellence, mais il ne parvient pas pour autant à nous le rendre sympathique. Il reste de marbre face à une horde de super-héros et surtout n’arrivera pas à nous toucher, même sur le final où il se trouve un nouveau centre d’intérêt.

Néanmoins, l’ensemble est sauvé par des dessins superbes de la part de Gary Frank. Il arrive parfaitement à allier des dessins plutôt intimistes dans les petites cases, que de grosses planches qui fourmillent de personnages et de super-héros. De plus, le format permet d’être soufflé par les grandes planches et d’y passer plusieurs minutes pour y voir toutes les subtilités et tous les personnages. D’ailleurs, si on y retrouve les habitués de chez DC, certains auront plus de poids que d’autres, comme Firestorm ou encore Pozhar, son alter-ego russe. On trouvera aussi des seconds couteaux très intéressants, à l’image de Marionnette et le Mime, un couple de psychopathes qui ont de l’importance aux yeux du Dr Manhattan. Leur design est vraiment bien, tout comme leur pouvoir.

Enfin, ce qui fait la force de ce récit, c’est son fond. Si on reste dans quelque chose de très terre à terre loin de Watchmen, Doomsday Clock va prendre à bras le corps la problématique de la guerre froide, en remplaçant l’armement nucléaire par les super-héros. Le postulat de base est intéressant, avec 97% des super-héros qui sont américains, ce qui pose un souci géopolitique. Ajoutons à cela une suspicion de création de super-héros en activant le métagène présent chez certaines personnes, et on obtient une crise mondiale qui va aboutir à un conflit. Dont Black Adam compte bien tirer parti avec son pays où les super-héros sont libres et accueillis à bras ouverts. Bref, sous son couvert de crossover un peu tape à l’œil, le comic tente d’imposer un fond intelligent et prenant. Et même si cela ne va pas au bout de son concept, il y a matière à réfléchir.

Au final, Doomsday Clock est une histoire qui se révèle passionnante à son démarrage, et qui s’essouffle un petit peu sur la fin. La trop grande complexité du Dr Manhattan fait que le lecteur se perd dans des mouvements temporels répétitifs et souvent pénibles. Fort heureusement, l’histoire se rattrape sur un fond intelligent et des dessins absolument sublimes. Bref, si on est loin, très loin, derrière Watchmen, Doomsday Clock reste une lecture de qualité et un essai grandiloquent qui se prend un peu les pieds dans le tapis, mais qui a le culot d’oser un pari qui était loin d’être gagné.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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