décembre 2, 2020

Les Aventures de Rocketeer

Titre Original : The Rocketeer

De: Joe Johnston

Avec Bill Campbell, Timothy Dalton, Jennifer Connelly, Alan Arkin

Année: 1991

Pays: Etats-Unis

Genre: Aventure, Action

Résumé :

A la veille de la Seconde Guerre Mondiale, Cliff Secord, jeune passionné d’aviation, découvre une minifusée qui permet à son utilisateur de voler dans les airs. Il s’en sert pour devenir le Rocketeer, une sorte de super héros en guerre contre l’ennemi nazi…

Avis :

Durant l’été 1991, quatre films estampillés Disney sont sortis au cinéma aux Etats-Unis. Parmi ces films, trois sont des échecs commerciaux, à savoir Dick Tracy, Quoi de Neuf Bob ? et Les Aventures de Rocketeer. Seule la ressortie des 101 Dalmatiens permettra à Disney de sortir la tête de l’eau et bien évidemment la Belle et la Bête qui sortira alors en fin d’année. Mais malgré les échecs, un film va tout de même marquer les esprits, au point d’en devenir presque culte et relancer l’idée d’une franchise en 2016. Ce film, c’est Les Aventures de Rocketeer, adaptation du comic du même nom par Dave Stevens. Délicieusement méta sur l’industrie hollywoodienne, réécrivant volontiers l’année 1938 dans un climat de pré Seconde Guerre Mondiale et imposant un nouveau super-héros malgré lui, le film de Joe Johnston, aujourd’hui encore, est un petit ravissement.

Vers l’Infini…

Le pitch de Rocketeer est tout simple. Un jeune passionné d’aviation va se retrouver bien malgré lui mêlé à un règlement de compte entre membres du FBI et des voyous qui possèdent quelque chose que recherchent les agents. Par hasard, il découvre alors sous un siège d’avion une petite fusée qui permet de voler dans les airs. Il devient alors la cible d’un comédien qui veut à tout prix cette fusée, des agents du FBI et d’un gang italien qui travaille en sous-main pour le comédien en question. Bref, un joli pataquès qui va demander à notre héros du courage, de l’abnégation et une pointe de chance. Le principal reproche que l’on peut faire avec cette intrigue, c’est vraiment son manque d’épaisseur. Tout est relativement téléphoné et fleure bon les films d’aventure généreux des années 90. Tout, ou presque, se déroule sur des rails, enfilant les séquences attendues sans prendre une déviation. Mais est-ce là une véritable faiblesse ?

Non. Car Joe Johnston est un véritable artisan qui sait manier sa barque. Les Aventures de Rocketeer est un vrai plaisir de cinéphile tant il pioche à droite et à gauche tout ce qui fait le cinéma d’action et d’aventure. Le schéma est classique, simple, mais il est fait de façon généreuse et avec une pointe d’humour absurde si naïve, que cela en devient même touchant. On n’évitera pas, par exemple, les répliques qui fusent de la part d’un comédien un peu raté, mais multimillionnaire. On ne passera pas à côté du grand malfrat au visage ingrat, indestructible et qui fait une belle référence aux personnages des pulps des années 30. Il y a, dans ce film, une véritable ambiance que l’on peut retrouver dans des cases et des bulles de certains comics des années 30/40/50. Joe Johnston a su saisir une atmosphère, une ambiance particulière qui fonctionne encore aujourd’hui à plein régime.

Des personnages de haut vol

Si le pitch manque clairement de relief et n’arrive jamais à dépasser son statut de film d’aventure/action coolos, il n’en est pas de même avec les personnages. Que ce soit les héros, les personnages secondaires ou encore les antagonistes, tout le monde a une importance dans le script et possède une belle épaisseur. Le héros est un jeune fougueux qui n’hésite pas à mettre sa vie en danger quand il vole, mais il va vite se rendre compte que ce dont il a le plus peur, c’est de perdre l’amour de sa vie. De ce fait, il possède une fêlure, une fragilité qui le rend attachant. Ce sera aussi le cas de son amoureuse, campée par la douce Jennifer Connelly. Véritable pin-up, elle joue une ingénue qui va se révéler tête brûlée quand il faut aider son homme. Là aussi, elle est un moteur de l’intrigue et c’est par elle que l’on va découvrir le pot aux roses des nazis.

Et difficile de passer outre Timothy Dalton, absolument génial dans son rôle de comédien plus ou moins raté qui est en fait un espion à la solde des nazis. Bref, tout ce petit monde, sans oublier les seconds couteaux, parvient à nous toucher dans une mise en scène parfois rococo mais bien maîtrisée. Mais là où le film tape vraiment fort, c’est dans l’intelligence de ses messages. Outre les qualités comme le courage face à l’adversité et le combat éternel contre l’idéologie nazie, le film se révèle totalement méta quand il évoque l’industrie hollywoodienne. Que ce soit avec le personnage de Timothy Dalton, dans son attitude envers les autres acteurs, dans la caricature même de la super-star imbue d’elle-même, Joe Johnston s’amuse à peindre un portrait peu glorieux des studios de cinéma de Los Angeles. Entre un comédien nazi, un regard misogyne sur les actrices, le népotisme avec une actrice qui ne sait pas jouer mais qui est la fille d’un des producteurs, tout est là pour démonter point par point une industrie dans laquelle naviguent pleinement le réalisateur et les acteurs.

Si l’on ajoute à tout cela des séquences de bravoure, de l’humour fort réussi ou encore des effets spéciaux qui n’ont pas tant vieilli que ça, Les Aventures de Rocketeer reste un spectacle parfaitement maîtrisé. Joe Johnston ne cède jamais à la facilité, il essaye des cadres et des plans pour rendre le tout attractif et divertissant, tout en n’oubliant jamais son message derrière, la lutte contre l’obscurantisme et prouver aussi que la technologie n’est pas une fin en soi. La preuve avec la fusée qui sera finalement l’arme destructrice du grand méchant. Rocketeer est un film malin mais qui ne se soustrait jamais à un divertissement bas de gamme et sans saveur.

Au final, Les Aventures de Rocketeer est un petit bijou de chez Touchstone, la filière pour adulte de chez Disney. Echec troublant à sa sortie, devenu culte au fil des années au point d’en vouloir une suite près de vingt-cinq ans plus tard, Joe Johnston prouve, une fois de plus, qu’il reste une valeur sûre du divertissement intelligent. Bref, un film méta qui vise plus loin que ce pour quoi il a été fait et qui reste aujourd’hui un véritable plaisir.

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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