décembre 2, 2020

Sœurs de Sang T.02 – Feu Sacré – Nicki Pau Preto

Auteure : Nicki Pau Preto

Editeur : Lumen

Genre : Fantasy

Résumé :

Elles étaient tels le jour et la nuit, et pourtant elles n’étaient rien l’une sans l’autre…

On ne choisit pas toujours son destin. Mon cœur me souffle que là où ma main a tremblé, la tienne sera ferme. Là où j’ai échoué, tu triompheras.

Au lendemain de sa première bataille contre les forces impériales, Véronyka voit enfin son rêve s’accomplir : une place d’Apprentie lui est offerte au sein de l’ordre très masculin des Dresseurs de phénix. Mais, bien loin de se satisfaire de son nouveau statut, elle ronge son frein face à la passivité du commandant, Cassian, qui refuse d’engager ses troupes dans une guerre ouverte. Or, pour la jeune fille et son ami Tristan, passé chef de patrouille, rien de pire que cette attente pesante.

De son côté, l’empire, que Sev a réintégré en qualité d’agent infiltré, multiplie les provocations pour attirer les rebelles aux oiseaux de feu hors de leur patrie, Pyra. Le comble ? Il se raconte que des Dresseurs de phénix auraient rejoint les armées impériales… Se pourrait-il que ce soit l’œuvre de Val ? Car, prête à tout pour faire perdurer l’héritage des reines Pyromaque d’antan, celle que Véronyka considérait autrefois comme sa sœur ne semble pas avoir dit son dernier mot.

Avis :

En Février 2020, la maison d’édition Lumen proposait à la lecture le premier tome des Sœurs de Sang, sobrement intitulé L’Envol du Phénix. L’auteure, Nicki Pau Preto, offrait comme premier ouvrage, un univers de Fantasy très dense et surtout une longue lecture rare pour de la Young Adult. Suivant le parcours complexe de deux sœurs qui vont se déchirer au sein d’une guerre séculaire avec un Empire trop ambitieux et des dresseurs de phénix considérés comme des parias, ce premier tome a fait une assez grosse impression. Malgré quelques maladresses inhérentes au genre, on avait droit à un univers très riche, peut-être même trop, et à une volonté de ne pas sombrer dans la facilité, avec une romance au milieu d’une guerre. Bien évidemment, on avait fortement envie de savoir la suite des aventures de Véronyka et Avalkyra, et c’est en Octobre qu’est sorti Feu Sacré, le deuxième tome. Est-il aussi bien que son aîné ? Verdict.

La première chose qui frappe avant même de rentrer dans la lecture, c’est la taille imposante du livre. En effet, ce deuxième tome fait 758 pages, ce qui est très ambitieux pour de la littérature estampillée Young Adult. Nicki Pau Preto est ambitieuse et n’a pas envie de céder aux cloches de la facilité. Ici, le tome reprend là où l’on s’était arrêté. C’est-à-dire que Véronyka a choisi le camp des dresseurs de phénix, alors que sa sœur, qui va se révéler être sa tante, décide de mener une guerre sur deux tableaux, contre l’Empire, mais aussi contre les dresseurs. Dans cette ambiance tendue, Feu Sacré va tenter de suivre le parcours de cinq personnages importants. Bien évidemment Véronyka et son apprentissage au sein des dresseurs, ou encore Avalkyra et sa recherche obsessionnelle de trouver un phénix. On y suivra aussi Tristan, fils du chef des dresseurs et qui est amoureux de Véronyka, qui va devoir faire ses preuves auprès de son père. Enfin, on y verra Sev, espion pour les dresseurs, amoureux de Kade, un serf, et qui va devoir ménager la chèvre et le chou pour apporter des informations importants aux dresseurs, et Elliott, traitre dans le premier tome, qui tente de se racheter pour faire libérer sa sœur.

Tout ce petit monde évolue dans un climat de guerre froide qui ne demande qu’une étincelle pour s’embraser. L’auteure va constamment jouer avec la rivalité des deux sœurs et sur la découverte de leurs origines royales. Elles sont le pilier central de cette histoire. Rivalité, magie noire, compétition, charme, tout est mis en œuvre pour troubler la jeune Véronyka, qui n’arrive pas à se défaire de l’emprise de Val, pourtant maléfique en diable. Cette rivalité occulte un peu tout le reste, mais la densité de ce deuxième tome va faire que l’on va aussi voir la rivalité entre Tristan et son père Cassian, ou encore entre Elliott et sa conscience, et Sev et son héroïsme qu’il renie. Bref, ce tome est un combat perpétuel contre soi-même, et on n’évitera pas les éternels atermoiements des personnages. Ce qui sera quand même l’un des rares points faibles de ce livre. Car malgré sa densité, on a la sensation que l’histoire n’avance pas vraiment. La guerre n’est jamais déclarée. On se retrouve souvent avec des questionnements intérieurs. Et les relations ne se réveillent pas, restant toujours frileux quant à aborder l’amour sous toutes ses formes.

Si l’univers est riche, si tous les deux chapitres on a droit à des archives pour bien expliquer le monde que l’on arpente, on reste souvent sur notre faim. Les combats sont timides, laissant trop de place à des tergiversations inutiles et à des personnages complexes pour pas grand-chose. Pire, on sent que les personnages secondaires sont délaissés, n’étant finalement que des humeurs au gré des chapitres, comme Latham, qui sera le seul à détester Véronyka par jalousie. Et en ce sens, on pourrait presque se poser la question de la légitimité d’une telle longueur. Car 758 pages pour deux batailles et une fin ouverte pour un troisième tome qui jouera, encore, sur la rivalité des deux sœurs, cela peut paraître abusif. Alors certes, on ne s’ennuie pas vraiment, mais cela manque peut-être d’une impulsion plus directe, ou de plus de situations tendues.

On reste aussi dans les standards de la littérature Young Adult, se destinant plus à un lectorat féminin. Car si les combats sont là, on restera sur une thématique forte de l’amour et de sa rechercher perpétuelle. A titre d’exemple, la relation entre Tristan et Véronyka est longuette. Ils se tournent autour depuis la fin du premier tome et il faudra attendre plus de 500 pages pour un premier baiser, qui se terminera par une séparation… Il en va de même avec Avalkyra qui vit sans amour, au point d’en être aigrie et d’avoir perdue toute foi en tout. Et que dire de Sev et Kade, qui cochent la case amour gay, qui semble être devenu une étape obligatoire dans la littérature Young Adult. Le problème n’est pas la relation en soi, mais la sensation que c’est forcé, qu’il faut à tout prix mettre un amour homosexuel dans toutes les histoires Young Adult.

Mais malgré tout, Nicki Pau Preto arrive à bien gérer son roman. C’est-à-dire que malgré les scories, malgré les redondances, malgré une action timide, on reste dans le livre grâce à son histoire gargantuesque et aux ambitions d’écrire une saga épique. On sent tout le potentiel de cet univers, on a envie de croire en des spin-off qui pourraient voir le jour, quitte à creuser un peu plus le bestiaire, avec, pourquoi pas, des dragons et autres créatures extraordinaires.

Au final, Feu Sacré, le deuxième tome de la saga Sœurs de Sang, est une sacré morceau. C’est un livre vraiment à part dans la littérature adolescente-Young adult, que ce soit par sa durée, par son nombre de pages ou encore par son ambition de créer un monde à la Tolkien. Si on peut pester contre les codes qui semblent inévitables avec ce genre de Fantasy, on reste surpris par la densité de l’histoire, et surtout l’histoire de ce monde que nous présente l’auteure, qui semble avoir mis du temps pour créer un monde cohérent et gigantesque. Bref, un roman très intéressant qui semble ne pas avoir dévoilé tout son potentiel.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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