novembre 30, 2020

Des Vampires dans le Bronx

Titre Original : Vampires Vs the Bronx

De : Osmany Rodriguez

Avec Jaden Michael, Gerald W. Jones, Gregory Diaz, Coco Jones

Année: 2020

Pays: Etats-Unis

Genre: Comédie, Horreur

Résumé :

Dans le quartier du Bronx en pleine gentrification, trois ados culottés tombent sur un sinistre complot : on veut pomper la vie de leur chère communauté.

Avis :

La comédie horrifique est un genre complexe. Il faut constamment trouver le bon équilibre entre l’horreur, pour susciter de la peur, et l’humour, pour faire rire. De nombreux réalisateurs s’y sont essayés et beaucoup se sont loupés. On peut par exemple citer Hubie Halloween sorti tout récemment sur Netflix et qui est complètement raté. Et pour cet Halloween, la comédie horrifique semble être le crédo de la plateforme de streaming, puisqu’après les bêtises d’Adam Sandler, on a droit à Des Vampires dans le Bronx, une autre comédie, mais avec des suceurs de sang. Est-ce bien ? Est-ce mieux que le film avec Sandler ? Là-dessus, il n’y a pas trop de doute à avoir, mais le plus surprenant, c’est que derrière la blague des enfants qui rencontrent des vampires dans leur quartier, il y a un film plus sensible, plus profond et parfois drôle.

Les Frères qui Rappent Tout

Le scénario du métrage est assez intéressant. Un jeune homme, qui se fait appeler petit maire, sillonne son quartier pour organiser une fête afin de préserver le petit magasin où il a passé son enfance. Manque de bol, une agence immobilière se décide à racheter tous les bâtiments du Bronx pour en faire des magasins bobos chics. Mais lorsque l’enfant découvre que derrière cette agence se cache un groupe de vampires assoiffés de sang, il décide de prendre les devants, de s’instruire sur les créatures et de les combattre. Des Vampires dans le Bronx est une petite comédie horrifique sans prétention. Sur son pitch, tout se déroule sur des rails et rien n’est vraiment innovant ou surprenant. On pourrait presque croire à un film familial tant la balance bascule en faveur de la comédie. Mais il y a une bonne humeur ambiante qui fait que l’on rentre rapidement dans le film.

Et c’est peut-être là la grande force du film qui ne se prend pas la tête. Globalement, le film est « cool ». Il sait qu’il est une comédie. Il sait qu’il n’a pas forcément les moyens de faire un grand film. Et de ce fait, le réalisateur sait où il va et il ne passe pas par des chemins détournés pour rallonger la durée de son film, ou pour surcharger de thèmes mal abordés. Ici, les vampires sont des agents immobiliers, dans un quartier désœuvré, pour prendre des vies qui ne manqueront à personne. La rébellion provient de la jeunesse, les éléments du futur, qui sont très sympathiques et qui ont des vies simples. Le film ne chercher jamais à mettre du pathos dans tout ça, et arrive sans aucun mal à garder une bonhommie qui fait du bien.

Les dents longues

Alors oui, les thèmes sont assez grossiers dans ce film. On y trouve une critique acerbe de l’urbanisation, ou tout du moins du fait d’embourgeoiser des quartiers populaires, de les dénaturer. Les agents immobiliers ont les dents longues dans ce film, tout comme dans la vraie vie, et on peut y voir des corrélations avec ce qu’il se passe dans certaines grandes villes. Des Vampires dans le Bronx, c’est aussi une ode à la jeunesse et à l’insouciance. Loin des critiques d’une bande de jeunes qui fout le bordel, le réalisateur va prendre le problème à revers et afficher des enfants qui prennent des responsabilités, ou qui veulent s’en sortir après des expériences peu réjouissantes. Il y a une volonté de dire que le futur appartient aux enfants et que ce sont eux qui construiront un monde meilleur. Un monde où la nostalgie a sa place.

Une nostalgie qui se retrouve dans les multiples clins d’œil du film aux vampires, et pas seulement aux films de vampires. Les plus évidents concernent le nom de l’agence immobilière, Murnau, en hommage au réalisateur de Nosferatu, mais aussi à Blade, ce super-héros vampire noir qui va inspirer nos petites têtes. L’un des enfants lit Salem de Stephen King et le nom du familier des vampires est Polidori, auteur du poème The Vampyre. Bref, toutes ces petites références pourraient être de trop, mais elles ne sont jamais utilisées à mauvais escient, et relèvent souvent du simple clin d’œil. Alors ça peut paraître anodin, voire inutile, mais on peut y voir comme un hommage à la créature de la nuit et à tous ces auteurs qui lui ont donnée vie.

Anémie

Cependant, malgré tout le bien que l’on pense de ce film, il n’est pas exempt de défauts. Et le premier d’entre tous, c’est son manque d’émotion et d’implication dans les personnages. Le trio de tête est attachant, mais il remplit des cases prédéfinies. On a le leader, toujours souriant et partant, la mauviette qui fait des crises d’hypoglycémie ou encore le rebelle, qui va vite se rendre compte de où se trouvent ses meilleurs amis. Il manque un travail un peu plus complexe au niveau de la caractérisation des personnages. Et cela se ressent aussi sur les seconds couteaux, dont certains auront un destin funeste qui doit nous toucher, mais qui finalement tombe à l’eau. Même les méchants sont très stéréotypés et manquent d’envergure. D’ailleurs, leur sort sera vite réglé, ce qui est particulièrement dommage.

Enfin, comme autre défaut du film, on notera une mise en scène plutôt simpliste. Si c’est agréable de voir un film qui sait où il va et ne sombre pas dans le nanar avec des effets numériques dégueulasses, on ne peut pas dire qu’il y a des moments réellement marquants. Le travail sur la lumière est très calibré, avec des tonalités vertes, rouges et bleues, installant une ambiance de nuit inquiétante, mais rien n’est fait pour vraiment susciter de l’effroi. D’ailleurs, on va vite se rendre compte que le film mise tout sur son humour, et quasiment rien sur l’horreur. Un équilibre difficile à trouver, et ce film confirme une fois de plus que la comédie horrifique est un genre à part entière, compliqué à maîtriser.

Au final, Des Vampires dans le Bronx, malgré ses défauts, demeure une sympathique petite comédie qui tente quelques incursions dans l’horreur. Si le casting n’est pas toujours juste, si on retrouve quelques scories scénaristiques, le film d’Osmany Rodriguez tient en son sein une bonne humeur communicative et une fraîcheur que l’on n’avait pas vue depuis longtemps. Alors certes, ce n’est pas le film de l’année, mais c’est un moment agréable, et en ces temps si troubles, cela ne fait pas de mal.

Note : 13/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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