novembre 30, 2020

5150 Rue des Ormes

De : Eric Tessier

Avec Marie-André Grondin, Normand D’Amour, Sonia Vachon, Mylène St-Sauveur

Année : 2009

Pays : Canada

Genre : Thriller, Horreur

Résumé :

Le 5150, rue des Ormes se trouve au bout d’une allée tranquille dans une petite ville sans histoire. Suite à une chute de vélo, Yannick frappe à la porte des Beaulieu, une famille menée d’une main de fer par Jacques Beaulieu, et se retrouve séquestré dans leur maison. Le père de famille propose alors un marché à Yannick : s’il arrive à le battre aux échecs, il pourra s’en aller librement…

Avis :

Patrick Senécal est un auteur assez particulier qui oscille constamment entre l’horreur, le thriller et parfois une pointe de fantastique. Il publie son premier roman en 1994, et il faudra près de quatorze ans pour qu’il soit adapté au cinéma par un certain Eric Tessier. Roman canadien, adapté par un autre canadien, il était presque logique que le film ne sorte pas en France dans les salles obscures, d’autant plus quand le sujet est un peu sulfureux. Car oui, difficile de nos jours de mettre sur grand écran un type qui bute des malfrats pensant faire la justice et qui se retrouve à enfermer un type innocent car il a vu quelque chose qu’il n’aurait pas dû. Sorte de thriller psychologique qui peut partir à n’importe quel moment dans le torture-porn, 5150 Rue des Ormes est un excellent film qui fait froid dans le dos.

La curiosité est un vilain défaut

Le scénario du film est relativement simple. Un jeune étudiant en cinéma se casse la gueule en vélo dans une rue. Il demande de l’aide à un type. Il rentre chez lui pour se nettoyer une plaie. Il entendu du bruit à l’étage et trouve un homme blessé dans une pièce vide et insalubre. Il devient alors à son tour l’otage d’un homme à la morale… étrange. Le film démarre assez rapidement. On nous présente rapidement Yannick, un jeune étudiant d’une rare gentillesse qui va aider une petite fille, et puis il va se faire attraper et découvrir une famille dysfonctionnelle. A partir de là, le film va se concentrer sur l’évolution psychologique de son personnage central, mais aussi sur celle de cette famille bizarre, soumise aux désirs d’un patriarche persuadé de faire le bien.

Et c’est là la grande force de ce métrage. Mettre en opposition deux visions de la justice et confronter un homme fort face à ses contradictions. On a d’un côté Yannick, un jeune homme bon et aux principes moraux justes. Et de l’autre, on a Jacques, patriarche imposant qui pense qu’il faut tuer les malfrats pour plus de justice et un monde plus pur. Le film joue la carte de la confrontation et petit à petit, c’est sous la forme d’un jeu d’échec que le duel va avoir lieu. Car oui, Jacques est champion d’échec, il n’a jamais perdu et cela représente finalement ces certitudes. Yannick y voit donc une porte de sortie et il a bien raison. Eric Tessier est assez malin dans son scénario, articulant son film autour de ces deux personnages que tout oppose au début, mais qui vont s’apprivoiser au fur et à mesure.

Une histoire de famille

Cependant, le film n’oublie pas aussi les personnages secondaires et les thématiques qui vont avec. Car si on parle bien évidemment de la peine de mort et du fait de se rabaisser au tueur lorsqu’on le tue, le film propose d’autres pistes et en profite pour instaurer une ambiance malsaine et glauque au possible. Dans son délire de justice, Jacques tente de former sa fille aînée pour qu’elle poursuive son œuvre. Sauf que cette dernière ne maîtrise pas ses émotions et est plus encline à tuer n’importe qui. Il se rend alors compte qu’il a construit, en quelque sorte, une psychopathe et qu’elle ne reflète pas sa vision des choses. Cela va donc créer des tensions avec Yannick, qu’elle va détester et même tenter de tuer par plusieurs occasions.

La psychologie est une thématique qui revient souvent dans le métrage, comme par exemple avec cette petite fille qui essaie de tuer son père et qui reste mutique du début à la fin. On sent que tout ce petit monde est ultra borderline et cela ajoute un vrai côté malsain au métrage. Le pauvre Yannick se demande bien ce qu’il fait dans cette galère et il voit qu’il est presque impuissant face à ce couple et ses enfants qui ne sont pas normaux. Et la montée en tension se verra à son apogée lors du climax du film, dans un sous-sol glauque à souhait et qui démontre toute la folie de Jacques, épris de justice, de jeu d’échec, à un tel point qu’il arrive à concilier les deux.

Perdition et Violence

L’une des autres grandes forces du film provient de sa violence crue qui résulte de la perte de repères du père de famille. Le point de départ est tout simplement la découverte impromptue de Yannick et donc son enfermement forcé. Il s’agit déjà là d’une première erreur de la part du père qui se retrouve face à une obligation, ce qui déroge à sa règle. Ensuite, il va y avoir l’histoire de sa fille qui est inapte à prendre le relai. Puis la plus petite et ses problèmes psychologiques, ou encore la mère de famille qui commence à souffrir de cet homme violent. Bref, petit à petit, l’homme se fissure et laisse de plus en plus de place à la violence. Il commence à battre sa femme. Il tente à plusieurs reprises d’étrangler son otage. Il perd le contrôle dans une violence qui trouvera son paroxysme à la toute, sur une scène choc qui est aussi violente qu’inattendue.

Pour jouer ce père de famille complètement frappé, Eric Tessier a choisi Normand D’Amour et l’acteur est spectaculaire dans ce rôle. Il est imposant, il est glacial et il démontre bien cette double facette et sa dichotomie entre vouloir faire le bien par le mal. Marc-André Grondin est quant à lui excellent dans le rôle de Yannick, ce pauvre étudiant qui va perdre pied lui aussi. La mise en scène retranscrit d’ailleurs parfaitement ses pensées, entre symbolisme et hallucination où il revoit son père qu’il déteste tant. La dualité entre les deux acteurs fonctionne parfaitement. Quant aux rôles secondaires ils sont parfaitement tenus par une Sonia Vachon très touchante et une Mylène St-Sauveur incontrôlable, qui tient un rôle complexe, mais qui le fait avec fermeté.

Au final, 5150 Rue des Ormes est une belle réussite. Si on pourrait lui reprocher une mise en scène parfois un peu cheap, Eric Tessier rattrape le tout avec une violence permanente, qu’elle soit physique ou psychologique. Porté par des personnages forts et intéressants, le film arrive à se faire dense et à nous surprendre sur un final où la violence explose, littéralement. En bref, un très bon film canadien qui mérite à être bien plus connu.

Note : 16/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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