novembre 30, 2020

Entretien avec un Vampire – Anne Rice

Auteure : Anne Rice

Editeur : Pocket

Genre : Fantastique, Horreur

Résumé :

De nos jours, à La Nouvelle-Orléans, un jeune homme a été convoqué dans l’obscurité d’une chambre d’hôtel pour écouter la plus étrange histoire qui soit. Tandis que tourne le magnétophone, son mystérieux interlocuteur raconte sa vie, sa vie de vampire. Comme l’interviewer nous nous laissons subjuguer, fasciner et entraîner à travers les siècles dans un monde sensuel et terrifiant où l’atroce le dispute au sublime.

Avis :

Le vampire est certainement l’une des créatures les plus utilisées dans la littérature fantastique et horrifique, mais aussi au cinéma ou dans les séries, ou encore en bande-dessinée. Si l’on veut en revenir aux racines même de la littérature vampirique, il faut se pencher sur les écrits de Lord Byron, ou encore sur Carmilla de Sheridan Le Fanu, écrit vingt ans avant le best-seller que fut Dracula de Bram Stoker. Si c’est avec ce dernier que le vampire a connu un essor formidable, il faut bien comprendre que ce n’est pas le premier à évoquer le vampire à travers ses pages. Pour autant, d’autres romans avec des vampires vont marquer les esprits au cours des années et Entretien avec un Vampire d’Anne Rice fait partie de ceux-là.

Adapté au cinéma par Neil Jordan qui en fit un film flamboyant au succès qu’on lui connait, adapté aussi récemment en bande-dessinée, Entretien avec un Vampire stimule l’imagination et a même permis à Anne Rice de rentrer dans le cercle très fermé des auteurs fantastico-horrifique à suivre de très près. Ecrit en 1976, permettant à l’auteure de faire une sorte de catharsis suite au décès de sa fille à l’âge de six ans d’une leucémie, Entretien avec un Vampire permet de suivre la vie nocturne d’un être immortel qui trouve le temps long, surtout vers la fin. Mais, comme chacun le sait, les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas forcément et il faut dire ce qui est, ce roman, malgré quelques bons points, vieillit assez mal et s’avère aussi long que la vie même d’un vampire.

Le roman est divisé en quatre parties distinctes. Chaque partie va correspondre à un moment clé de la vie de Louis, ce pauvre vampire malgré lui, qui va vivre un long moment avec Lestat et Claudia. Le début commence donc par l’interview qu’il octroie à un journaliste et il va entamer son récit par le début, sa transformation et sa vie à la Nouvelle-Orléans avec Lestat et, plus tard, Claudia. Il va y parler d’esclavagisme, de débauche et de son déchirement entre tuer des gens pour se nourrir et refuser sa condition de vampire, de tueur. Les thématiques abordées sont plutôt intéressantes, car elles abordent le mal-être du vampire, de cet être éternel qui ne pourra plus jamais voir de lever de soleil. L’arrivée de Claudia, ce petit vampire dans un corps d’une enfant de cinq ans, va venir bouleverser les relations entre Lestat et Louis. Les conflits d’intérêt, les différentes visions de la nature même de vampire sont autant de thèmes qui vont être longs à démarrer. Le style pompeux de Louis n’aidant pas forcément à une lecture fluide de l’ensemble, on va quelque peu s’ennuyer dans cette première partie.

La deuxième partie va être tout autant ennuyeuse que la première, si ce n’est plus. Claudia ayant tué Lestat, avec Louis, ils décident de partir en Europe pour comprendre leurs origines et potentiellement trouver le vampire originel. Pour cela, ils partent en Europe de l’Est et ne vont trouver que des ruines, des gens apeurés et des vampires plus proche de la goule que de l’être raffiné. Ici, on va y déceler le désespoir des deux vampires de trouver des réponses à leurs questions et d’avancer dans leur mentalité. Claudia devient de plus en plus distante et capricieuse. Louis devient de plus en plus plaintif et pénible. Anne Rice, malgré ses qualités d’écriture, n’arrive pas à tenir la tension de son récit, le plombant constamment avec les pleurnicheries de son héros qui, dans son cheminement de pensée, ne fait que se plaindre et évoque un amour que l’on ne ressentira pas.

Fort heureusement, la troisième partie sera un peu plus palpitante. Nos deux héros se retrouvent à Paris et vont rencontrer une troupe de théâtre de vampires ainsi qu’Armand, un vieux vampire énigmatique qui va hypnotiser Louis. La relation est ambiguë, les débats sur les origines des vampires vont être houleux, mais le plus intéressant ici, c’est la narration et la descente aux enfers pour Claudia. L’auteure va tisser des liens étranges entre tous les personnages, poser des limites aux meurtres des vampires et organiser ainsi des actions vindicatives et une sorte de guerre des canines. Le passage dans le théâtre des vampires est superbe et le final, explosif, de cette partie, relève grandement le niveau et le plaisir de lecture. Néanmoins, l’hyper sexualisation de l’ensemble et notamment celle des enfants, où parfois on se rapproche d’une certaine pédophilie de la part des vampires, peut poser problème. La lecture en est même parfois dérangeante.

Enfin, la quatrième partie peut se voir comme une conclusion. Louis évoque les tristes retrouvailles avec Lestat et son retour à une vie plus apaisée, mais néanmoins bercée dans une certaine nostalgie, un ennui poli, comme finalement la sensation que l’on éprouve à la lecture du bouquin. Car oui, si c’est bien écrit et que parfois on se laisse porter par les beaux mots de Louis, on reste vraiment en détachement par rapport à sa vie. Ses atermoiements sont à la limite du pénible. Il est relativement froid, même s’il peut se voir comme un écorché de la vie, non content de sa condition de vampire. Il est aussi complexe de s’attacher aux autres personnages, tant ils sont vus de manière détestable par Louis. Lestat est un monstre ignoble, Claudia une enfant capricieuse puis une adulte dans un corps d’enfant qui montre de grosses fêlures et Armand est un vampire manipulateur qui fait tout par arriver à ses fins. Bref, une palette de personnages pas forcément intéressants ou pour lesquels on ressent de l’empathie.

Au final, Entretien avec un Vampire doit certainement son statut d’œuvre culte par sa narration sous la forme d’une interview, mais aussi par la précocité de sa sortie. Datant de 1976, Anne Rice aura trouvé un angle de vue inédit, mais qui souffre aujourd’hui de la comparaison avec d’autres œuvres mieux maîtrisées, plus palpitantes et portées par des personnages attachants.

Note : 13/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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