novembre 30, 2020

Barfly

De : Barbet Schroeder

Avec Mickey Rourke, Faye Dunaway, Jack Nance, Alice Krige

Année: 1987

Pays: Etats-Unis

Genre: Comédie, Drame, Romance

Résumé :

Evocation de la jeunesse et des premières amours tumultueuses du célèbre écrivain Charles Bukowski vue en partie par lui-même puisqu’il est le scénariste de « Barfly ». « Avec « Barfly », déclare Barbet Schroeder, j’ai voulu transposer à l’écran l’univers du poète. Il a écrit un scenario autobiographique sur l’amour de sa vie, le premier. L’image de marque du « vieux dégueulasse » va en prendre un sale coup et c’est tant mieux. »

Avis :

Réalisateur franco-iranien, Barbet Schroeder s’est fait remarquer dans les années 70 par des studios américains. Comme beaucoup de metteurs en scène français, il s’est alors envolé pour les USA. Alors que d’autres avant lui sont repartis bredouille, Barbet Schroeder va s’accrocher avec l’idée de réaliser un film qui aborderait de près ou de loin l’écrivain Charles Bukowski. Pendant sept ans, le réalisateur ne va pas lâcher l’affaire, les financiers étant on ne plus réticent pour lancer le film. Finalement, après que Barbet Schroeder ait fait chanter certains d’entre eux et avec l’aide Francis Ford Coppola, « Barfly » a pu se faire.

Ce matin-là, j’avais le choix au festival de Deauville pour découvrir deux films, « M.A.S.H » de Robert Altman ou « Barfly » de Barbet Schroeder et mon choix s’est finalement tourné vers le film de Schroeder, qui est bien moins connu que celui d’Atlman et je me suis dit que cela allait être peut-être mon unique chance de voir le film de Barbet Schroeder sur grand écran, et vous savez quoi, j’ai fait le bon choix, car « Barfly » est une sacrée expérience. Ovni total, « Barfly » est un film crasseux, chaotique, ivrogne, Barbet Schroeder amusant autant qu’il déconcerte avec le parcours de ces piliers de bar qui méritent bien de sortir de l’ombre dans lequel le film se trouve.

Hen­ry Chi­nas­ki, écrivain sans véritable passion, rencontre Wan­da, alcoolique comme lui et en instance de divorce. Les deux mar­gi­naux essaient de mener une vie saine, mais en s’accrochant l’un à l’autre, ils glissent pro­gres­si­ve­ment vers l’a­ban­don total et le chaos.

Après bien des galères et des désespoirs, Barbet Schroeder livre là son premier film américain et le moins que l’on puisse en dire, c’est que le réalisateur français ne fait pas les choses à moitié, livrant un film brut de décoffrage.

Passionné par l’œuvre de Charles Bukowski, le metteur en scène a réussi à convaincre l’écrivain de le laisser adapter librement ce qui est le récit d’une période de sa vie. Ainsi « Barfly« , c’est le récit de quelques jours dans un Los Angeles totalement underground où l’on va suivre un Mickey Rourke quasi-méconnaissable, en ivrogne, qui se laisse complètement aller, englouti par l’alcool.

Plus que de vraiment raconter une intrigue bien définie, le film de Barbet Schroeder est une ambiance, c’est un regard sur des personnages fascinants qu’on ne voit que très peu. Il y a un côté « Freaks » et « Las Vegas parano » dans ce film, qu’on pourrait mélanger à quelque chose comme « Tangerine » de Sean Baker pour aller vers des films plus récents. Barbet Schroeder a un regard intéressant sur ses personnages qu’il laisse totalement agir à leur guise, ce qui rend l’ensemble assez imprévisible. Puis il y a un côté touchant aussi qui se dégage de ces âmes brisées, qui errent dans leur vie, cherchant des émotions, cherchant quelque chose qui leur fasse du bien, et ça même quand certaines choses vont « être extrêmes », comme se faire casser la gueule chaque soir.

Pour assurer le côté brut de décoffrage de ses personnages, Barbet Schroeder a choisi une mise en scène sombre, filmant Los Angeles, ses bars, ses rues et ses appartements comme on l’a peu vu. « Barfly » dégage une ambiance unique, et Schroeder arrive parfaitement à mettre en scène les déambulations de ces personnages. En les filmant de manière pathétique, en les filmant au plus près d’eux, Barbet Schroeder arrive à faire, alors même qu’ils peuvent être agaçants ou antipathiques, des personnages qu’on apprécie suivre et au-delà de ça, des personnages qui nous amusent, ce qui n’est pas donné à tout le monde.

« Barfly« , c’est aussi un Mickey Rourke comme jamais on ne l’a vu. L’acteur est stupéfiant et méconnaissable, disparaissant totalement derrière les dérives de son personnage. Derrière les provocations, les névroses, ou encore les blessures de sa vie passée, l’allure raide, la démarche transformée, le visage cassé… Il est vraiment transformé, c’est fou. Idem, pour Faye Dunaway, car en plus d’être très étonnant de retrouver l’actrice dans un tel ovni, il faut dire que Barbet Schroeder la transforme. Sans fard, le visage fatigué, les traits tirés, on sent que le personnage est brisé et l’on irait presque à dire de même pour l’actrice.

Méconnu et oublié de la carrière de Barbet Schroeder (pour dire le film, n’existe pas en DVD chez nous), « Barfly » est un ovni qui ouvre la carrière américaine de Barbet Schroeder de manière totalement « what the fuck ». En nous proposant de suivre le quotidien dévasté d’un ivrogne, le réalisateur français fait la peinture d’un Los Angeles loin des cartes postales et c’est aussi intéressant que prenant et touchant finalement. Bref, je suis bien content de m’être arrêté sur ce film oublié.

Note : 13/20

Par Cinéted

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