décembre 2, 2020

Le Gouffre aux Chimères

Titre Original : Ace in the Hole

De: Billy Wilder

Avec Kirk Douglas, Jan Sterling, Porter Hall, Frank Cady

Année: 1951

Pays: Etats-Unis

Genre: Drame

Résumé:

Charles Tatum, journaliste sans scrupules, va exploiter un scoop. Au Nouveau-Mexique, Léo Minosa, un Indien, est coincé au fond d’une galerie effondrée. S’arrangeant pour être le seul journaliste sur le coup, il va persuader le shérif de choisir la formule de sauvetage la plus lente. Tatum va devenir l’amant de la femme de la victime et poussera l’hypocrisie jusqu’à devenir l’ami de Léo.

Avis:

Billy Wilder est l’un des plus grands réalisateurs que le monde du cinéma a vu naître. Franchement, en presque cinquante ans de carrière, c’est assez affolant l’héritage que le metteur en scène originaire de Pologne nous a laissé. C’est bien simple, quand on regarde sa filmographie, quand on n’y trouve pas que des chefs-d’œuvre qui s’enchaînent à la pelle, on y trouve de puissants et géniaux moments de cinéma. Billy Wilder, c’est çà et là, « Certains l’aiment chaud !« , « Spéciale première« , « Assurance sur la mort« , « La garçonnière« , « Fedora » et tellement d’autres encore.

Le début des années 50 pour Billy Wilder, c’est le signe d’un chef-d’œuvre, l’indémodable, l’immense, l’impeccable et tant d’autres adjectif encore, « Boulevard du crépuscule« . Une œuvre imposante, qui aujourd’hui encore n’a absolument rien perdu de sa superbe. Après un film tel que celui-ci, beaucoup de réalisateurs aurait mis un temps fou avant de pouvoir refaire un film aussi bon, mais ce n’est pas le cas de Billy Wilder, qui deux ans après son chef-d’œuvre, en impose un autre, « Le gouffre aux chimères« . Après Hollywood, Billy Wilder pose sa caméra quelque part dans le désert à trois heures de la ville d’Albuquerque, pour livrer une cinglante critique du journalisme. Puissant, percutant et cruel, « Le gouffre aux chimères » s’impose dès sa découverte comme un standard, ni plus ni moins !

Chuck Tatum est un journaliste qui vaut facilement cinq cent dollars la semaine, mais avec un caractère comme le sien et malgré le fait qu’il soit un bon journaliste, il s’est fait virer de chacun des postes qu’il a occupé. Il se fait embaucher par un petit journal d’Albuquerque. Après un an passé dans la rédaction, son patron lui confie la couverture d’une chasse aux crotales quelque part dans le désert. Y allant avec un collègue, les deux journalistes, attirés par une voiture de police qui fonce toutes sirènes allumées, vont arriver sur les lieux d’un accident. Là, quelque part au milieu de nulle part, dans une mine, un homme est piégé sous les décombres. Pour Chuck, cet accident est une aubaine et il se dit que s’il le couvre bien, il pourrait passionner l’Amérique sur le sort de ce malheureux et surtout, il pourrait enfin retourner à New York.

Cette année, avec le décès de l’immense Kirk Douglas, le Festival de Deauville a décidé de bousculer quelque peu ses habitudes et de consacrer l’ensemble de ses hommages à cet immense acteur. Dès lors, parmi tous les films qui ont été choisis, mon premier choix s’est arrêté sur ce Billy Wilder dont je ne savais même pas de quoi il allait bien pouvoir me parler. Et quelle ne fut pas la claque sur grand écran. Puissant, percutant, révoltant, cruel, « le gouffre aux chimères » est indiscutablement un immense film qui questionne durement le sens du journalisme à travers le portrait d’un homme ambitieux, avide de pouvoir, arriviste et opportuniste.

Tenu par un scénario qui ne lâche rien, Billy Wilder, pour dresser sa critique du journalisme de sensation et surtout de ses dérives, part très loin, grossissant génialement le trait pour en tirer une caricature fascinante du journalisme, et bien plus encore de l’Amérique, de ses habitants, et même du capitalisme, ce dernier profitant de tout pour s’enrichir.

« Le gouffre aux chimères« , c’est un scénario comme on en voit que trop rarement aujourd’hui. C’est un scénario riche, extrêmement riche et intelligent. C’est un scénario qui va jusqu’au bout de son histoire et plus encore, puisqu’il pousse encore et encore toujours plus loin les rebondissements et tout l’engouement qu’il peut y avoir autour de ce malheureux qui n’a strictement aucune idée de ce qui se passe loin de son regard et c’est même en partie pour cela que le film en devient terriblement touchant. Oui, cela et tout ce qui arrivera une fois le spectacle fini, avec le plan d’un vieil homme seul dans le désert. Immense plan, marquant, percutant et bouleversant. Billy Wilder savait faire un film, il savait raconter une histoire, il savait en tirer le plus fort, le plus fou, et surtout l’inoubliable.

Bien évidemment, « Le gouffre aux chimères« , c’est un immense Kirk Douglas qui tient là un rôle tout aussi immense que lui. Comment ne pas être passionné par le rôle de Chuck Tatum, ce journaliste incroyable d’opportunisme ? Douglas est terrifiant, horripilant, et en même temps, on ne peut s’empêcher de vouloir le suivre et de presque vouloir lui pardonner, ce qui est terriblement « malaisant » quand on y pense, Wilder et Douglas nous faisant apprécier la pire des ordures. À noter dans les rôles secondaires, un personnage tout aussi passionnant et horripilant en la présence de Jan Sterling, qui incarne la femme du malheureux piégé dans sa mine. Et enfin, un petit coup de cœur pour Robert Arthur qui dans le rôle d’un autre journaliste est vraiment excellent et arrive à s’imposer et exister face à Kirk Douglas, ce qui n’était pas donné à tout le monde.

Je ne savais pas à quoi m’attendre en entrant en salle et dire que le film fut une claque est bien peu face à l’immense moment de cinéma que Billy Wilder laisse encore une fois derrière lui. Politique, cruel, engagé, critique, virulent, « Le gouffre aux Chimères » entre d’emblée et sans discussion dans le panthéon des meilleurs films de Billy Wilder et au-delà de ça, j’aurais même envie de dire des meilleurs films que j’ai pu voir !

Note : 20/20

Par Cinéted

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