octobre 24, 2020

Pourquoi j’ai pas Mangé mon Père

De : Jamel Debbouze

Avec les Voix de Jamel Debbouze, Mélissa Theuriau, Arié Elmaleh, Patrice Thibaud

Année : 2015

Pays : France

Genre : Animation

Résumé :

L’histoire trépidante d’Édouard, fils aîné du roi des simiens, qui, considéré à sa naissance comme trop malingre, est rejeté par sa tribu. Il grandit loin d’eux, auprès de son ami Ian, et, incroyablement ingénieux, il découvre le feu, la chasse, l’habitat moderne, l’amour et même… l’espoir. Généreux, il veut tout partager, révolutionne l’ordre établi, et mène son peuple avec éclat et humour vers la véritable humanité… celle où on ne mange pas son père.

Avis :

On le sait, les films d’animation sont dominés par Disney et Pixar qui écrasent un peu la concurrence. Pour autant, il ne faut pas oublier qu’il existe d’autres alternatives à ces gros blockbusters. Outre les studios Dreamworks qui font un peu la gueule ces temps-ci, on a aussi les studios Laïka qui font des merveilles, ou bien les studios Folimages qui sont basés à Valence dans la Drôme. Bref, on a du choix, encore faut-il faire des efforts pour sortir de sa zone de confort. En 2015, c’est le comédien Jamel Debbouze qui saute le pas et qui va réadapter un livre en proposant Pourquoi j’ai pas Mangé mon Père. Premier film européen à être tourné entièrement en performance-capture, le métrage se taille pourtant une salle réputation. Mais est-ce bien mérité ?

La première chose qui frappe quand on jette un œil au film, c’est la pauvreté de ses graphismes. En effet, le film a beau être une prouesse européenne, il n’en demeure pas moins que l’animation semble déjà datée. Les mouvements ne sont pas fluides, les décors ne sont pas profonds et riches, les singes ont une drôle d’allure et le montage est tout simplement catastrophique. Dès lors, il est difficile de se plonger dans le métrage de Jamel Debbouze. Le film souffre de la concurrence très rude avec des studios plus prestigieux et techniquement, on sent que c’est à la ramasse. Pour preuve, le feu semble bouger au ralenti, surtout quand le héros court avec une branche enflammée dans la main.

Le bestiaire n’est aussi pas très intéressant, la faute à un rythme effréné et à des passages qui ne sont pas marquants. On aura bien des chiens-loups, des rhinocéros qui se mettent en boule, mais c’est tout. Le lore n’est pas du tout exploré. A la suite d’une tempête, le héros se retrouve sans les siens et il va faire la connaissance d’une guenon d’une autre peuplade, mais on ne voit jamais ce peuple et il n’y a pas d’exploration. En fait, Pourquoi j’ai pas Mangé mon Père est relativement pauvre dans son design, mais aussi dans son environnement, dans son univers. Jamel Debbouze se concentre tellement sur son personnage et sur sa relation avec son frère, qu’il en oublie de créer une aventure digne de ce nom. Car ce film n’a malheureusement rien d’épique et c’est presque contraire aux messages qu’il véhicule.

Car le public à beau cracher sur ce film, il reste tout de même intéressant dans les sujets qu’il aborde et dans les parallèle que l’on peut faire de nos jours. Si la confrontation entre deux frères n’est pas nouvelle, c’est vraiment l’évolution du héros qui va compter ici. Jamel Debbouze oppose deux visions deux mondes, ceux qui veulent évoluer et utilisent leur tête, et ceux qui veulent rester dans leur zone de confort. Ainsi donc, celui qui est intelligent, qui cherche des astuces pour améliorer la vie, sera éjecté de sa communauté, parce qu’il remet en cause beaucoup trop de chose. On peut y voir une allégorie à ces jeunes de banlieue qui se font mettre à part à cause de leurs bons résultats scolaires ou de leur volonté de faire bouger les choses. On peut aussi y voir une vision plus globale de ce qui fait peur, l’inconnu.

Et là-dessus, le film est assez malin. Les gens ont tout d’abord peur de cet hurluberlu qui propose du changement, qui dompte les bêtes ou qui maîtrise le feu. Puis, petit à petit, les états d’âme changent, les choses évoluent. On y trouvera les opportunistes, mais aussi ceux qui acceptent ce changement, et ceux qui n’en veulent pas et végètent dans leur jalousie. Le héros est profondément bon. Il n’hésite pas à aller vers l’inconnu, fait preuve d’abnégation et réussit finalement tout ce qu’il entreprend, se relevant à chaque échec. Si le film d’animation est imparfait, il contient en son sein plusieurs messages qui valent la peine d’être mis en avant. On ne peut pas s’arrêter constamment sur des défauts de forme, comme les graphismes ou le rythme. Le fond a aussi son importance.

Malheureusement, il faut bien avouer aussi que Jamel Debbouze se gâche complètement avec un humour totalement foireux. Même si le héros ressemble plus à Pete Sampras qu’à Jamel Debbouze, on y retrouve l’excitation de l’humoriste et surtout sa façon de parler qui ne correspond pas forcément à l’époque. D’autant plus que certaines phases d’humour sont très lourdes, comme ce singe qui veut se faire à chaque fois gratouiller le cul. C’est relativement vulgaire et inutile. On aura aussi un mal fou à comprendre certains passages, tant ça part dans tous les sens et que l’on a l’impression que les voix ne sont pas à la hauteur. Le pire dans tout ça reste l’exploitation de l’image de Louis de Funès pour un rôle anodin et inutile. On comprend le clin d’œil, mais l’acteur aurait mérité un meilleur traitement.

Au final, Pourquoi j’ai pas Mangé mon Père est un film d’animation qui se taille une mauvaise réputation et on peut comprendre pourquoi. Doté d’une animation aux fraises et de personnages peu attachants, le film se fourvoie souvent dans un humour bas du front. Cependant, le film recèle aussi des messages universels importants et démontre une certaine intelligence dans le propos. L’évolution, l’abnégation, la naïveté, l’envie de découvrir sont autant de thèmes forts exploités de façon intéressante dans le métrage. Alors oui, ce n’est pas le meilleur film d’animation français, loin de là, mais mérite-t-il autant d’acharnement ? Je ne crois pas.

Note : 12/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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