décembre 4, 2020

The Haunting of Bly Manor

D’Après une Idée de : Mike Flanagan

Avec Victoria Pedretti, Amelia Eve, T’Nia Miller, Rahul Kohli

Pays: Etats-Unis

Nombre d’Episodes : 9

Genre : Horreur, Drame

Résumé :

Une gouvernante est engagée pour veiller sur deux orphelins vivant dans un manoir isolé en pleine campagne. Peu à peu, d’effrayantes apparitions viennent la hanter.

Avis :

Depuis maintenant une bonne dizaine d’années, Mike Flanagan fait son petit bonhomme de chemin dans le domaine du septième art, mais aussi de la télévision. Commençant par de petits films indépendants plutôt sympathiques, il va vite devenir une sorte de nouvelle référence dans les adaptations de Stephen King, puisqu’après son très bon Jessie pour Netflix, il va être choisi pour Doctor Sleep, la suite de Shining. Fort de son succès, il signe alors avec Netflix un juteux contrat pour faire des séries d’horreur adaptées de romans à succès. C’est ainsi que naquit The Haunting of Hill House, libre adaptation de Hantise de Shirley Jackson. Un an plus tard, c’est cette fois-ci au tour du Tour d’Ecrou d’Henry James de passer à la casserole avec The Haunting of Bly Manor. Une série très attendue auprès des fans de la première saison. Mais est-ce aussi bien ?

Un chemin bien différent

Dire que Flanagan adapte scrupuleusement le roman d’origine est faux. En effet, le metteur en scène va se servir du roman comme il va se servir du film Les Innocents de Jack Clayton, qui était déjà une adaptation du libre d’Henry James. Comme il l’a plus ou moins fait avec The Haunting of Hill House, il va mélanger plusieurs médiums pour aboutir à une série protéiforme qui essaye de surprendre le spectateur, et surtout de faire quelque chose de nouveau. Ainsi donc, si on retrouve bien une tutrice qui file dans un grand manoir pour s’occuper de deux orphelins, les aventures vont différer et surtout elles apportent d’autres éléments, d’autres thématiques. Et c’est à quelque part ce qui va faire la grande force de cette série (saison ?), qui n’a strictement rien à voir avec The Haunting of Hill House. Et comparer les deux séries serait malhabile et injustifié.

Alors oui, dans les deux cas, on a droit à des fantômes qui seront les éléments horrifiques de la série. Mais la comparaison s’arrête là. Dans ce nouvel opus, les fantômes ne serviront que très peu comme ressort horrifique et ils seront plutôt là pour souligner l’aspect dramatique de l’histoire. On peut même dire tragique, tant la série part loin vers le pathos pour essayer de nous cueillir sur la fin avec beaucoup d’émotions. Néanmoins, on retrouve tous les tics de Flanagan, qui se retrouve ici à l’écriture et à la réalisation du premier épisode. On aura droit à des flashbacks, des souvenirs, un épisode entier en noir et blanc pour raconter le passé du manoir. Le réalisateur joue avec les temporalités pour donner de l’épaisseur à son intrigue et essayer de combler les vides que l’on va ressentir.

Coup de mou

Car oui, la série est molle, le rythme est lent et globalement, on notera une mauvaise gestion de l’intrigue qui s’étiole beaucoup trop. Cette histoire de fantôme, qui est en fait une histoire d’amour (mais on y reviendra plus tard), prend bien trop son temps pour s’installer. On sent que le scénariste veut beaucoup en raconter, qu’il veut donner de l’épaisseur à ses personnages, mais pour cela, il n’arrive pas gérer correctement les deux facettes de son récit. A savoir d’un côté les personnages et leur histoire, et de l’autre les éléments horrifiques qui proviennent d’un passé troublé. Pour le coup, l’avant-dernier épisode, tout en noir et blanc et qui raconte les origines du manoir et du fantôme du lac, arrive trop tardivement, dure bien trop longtemps et manque d’impact sur le reste de la série. Il aurait été plus judicieux de distiller cette intrigue dans les épisodes précédents, par petites touches.

L’amour rend fou

Cependant, il ne faut pas enlever deux choses à The Haunting of Bly Manor, c’est la beauté intrinsèque de la réalisation et ces thématiques qui tournent autour de l’amour. Sans jamais tomber dans le mièvre, la série va tenter d’aborder tous les types d’amour que l’on peut rencontrer. Ainsi, l’héroïne évoquera les regrets d’un amour trompé et surtout les maladresses d’un nouvel amour qu’elle a peur de perdre. La gouvernante passera son temps à regretter un amour qu’elle n’ose avouer. Le cuisinier s’axera sur l’amour porté à une mère qui va bientôt mourir. Quant aux enfants, ce sera sur l’amour que l’on peut porter à des gens disparus en les gardant dans son cœur, et aux vivants qui gravitent autour de nous et nous font du bien. Mike Flanagan traite bien tous ces sujets sur l’amour et nous touche en plein cœur sur certains discours, notamment quand ils sont dits par Flora, la petite fille de la maison.

Cela est dû à des acteurs très impliqués et qui sont relativement bons. Victoria Pedretti campe une jeune femme convaincante, en plein tourment mais qui va tomber follement amoureuse de ces enfants. Des enfants parfaitement interprétés et qui sont très différents. Le petit garçon peut être agaçant comme il arrive à se rendre très touchant dans sa gestion du deuil. Quant à Flora, elle est superbe et s’avère être le petit rayon de soleil dans ce manoir brumeux. Les personnages secondaires ne sont pas en reste. T’Nia Miller est bouleversante dans le rôle de cette gouvernante qui n’ose avouer ses sentiments et qui n’arrive pas à lâcher prise. Pour le reste, on sera sur du très bon niveau et tout un chacun trouve sa place dans le récit.

Fantômes fatigués

Enfin, difficile de renier aussi la qualité de la mise en scène. Si Mike Flanagan donne le la avec le premier épisode, il va rapidement délaisser la réalisation à d’autres cinéastes qui vont suivre ses pas. Il confie alors une partie à Ciaran Foy (Citadel) qui suit les pas du premier épisode, mettant en avant des mouvements de caméra lents et des plans qui mettent du temps à s’effacer. Cette langueur va servir à poser une ambiance anxiogène qui ne viendra malheureusement jamais… A force de singer les manières de Flanagan, on en vient à se demander si le metteur en scène va se sortir du carcan qu’il s’impose. Néanmoins, la photo est belle, la colorimétrie est très travaillée et il y a une vraie volonté de proposer quelque chose de nouveau par rapport à la saison précédente.

Mais cette nouveauté, qui s’appuie fortement sur le drame, prend totalement le pas sur le côté horrifique. Il ne faut pas se leurrer, The Haunting of Bly Manor n’est pas une série d’horreur. Tout au mieux, il s’agit d’une série fantastique, mais tout le côté horrifique est dilué dans neuf épisodes un peu longuets. Les apparitions ne font pas peur. Elles sont présentes constamment en arrière-plan, pour bien peser dans l’atmosphère, mais elles sont plutôt inoffensives. La série ne trouve pas l’équilibre adéquat pour faire peur, tout en nous touchant avec cette histoire d’amour. Hormis le dernier épisode, les fantômes manquent d’impact et c’est vraiment dommage.

Au final, The Haunting of Bly Manor est une petite déception. S’il ne faut en aucun cas comparer cette série avec sa grande sœur The Haunting of Hill House, force est de reconnaître que Mike Flanagan se fourvoie dans cette histoire qui flirte gentiment avec le mièvre. Malgré une ambiance très travaillée, des acteurs investis et une mise en scène plutôt réussie, la série n’arrive jamais vraiment à nous embarquer, la faute à un scénario poussif et à un rythme lancinant qui ne trouve jamais le bon équilibre entre horreur et drame. Si on est loin de la catastrophe, on reste tout de même déçu par cette « saison » un peu paresseuse.

Note : 13/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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