octobre 24, 2020

Deftones – Ohms

Avis :

Souvent considéré comme les piliers fondateurs du Nu-Métal aux côtés de Korn, Deftones propose pourtant un tout autre style. Bien loin des mélanges de rap et de métal, depuis maintenant une bonne vingtaine d’années maintenant, les californiens ont travaillé leur propre son, leur propre image et sont aujourd’hui des incontournables de la scène métal tout court. Proposant à chaque fois, depuis White Pony, de véritables voyages dans un style hybride, les américains se sont forgé une grosse réputation. Et à chaque album, c’est à peu près la même chose, on se demande comment ils vont pouvoir surpasser leur effort précédent. Car même si Gore n’était pas très apprécié dans sa globalité, il montrait un effort de la part du groupe de sortir de sa zone de confort et de proposer autre chose. Quatre ans plus tard, on se retrouve avec Ohms et encore une fois, c’est une réussite.

Il n’y a d’ailleurs pas de secret dans cette recette magique que nous sert Deftones aujourd’hui. Il renoue avec le producteur Terry Date, qui est à l’origine de Around the Fur (1997) et White Pony (2000), les tous premiers succès du groupe et qui sont des incontournables aujourd’hui. De ce fait, Ohms était attendu au tournant et c’est avec Genesis que commence les hostilités. Petite introduction au clavier avant de lâcher la foudre avec des riffs surpuissants, le morceau est à l’image du groupe. Un chant éraillé et criard, qui laisse ensuite la place à quelque chose de plus doux, de plus aérien, comme sait si bien faire Chino Moreno. Le morceau est classique dans sa structure, mais il reste convaincant sur la puissance et la forme du groupe. Rien n’est vraiment laissé au hasard sur ce titre qui se révèle efficace à plus d’un titre.

Avec Ceremony, le groupe se lance dans quelque chose de plus classique. Le morceau possède de gros riffs bien lourds et Chino va mieux poser sa voix. Il ne va pas partir vers quelque chose de criard et reste sur une tonalité très légère, offrant même des refrains aériens fort plaisants. Et c’est d’ailleurs là la grande force du groupe, proposant à chaque fois, quasiment, une musique puissante avec un chant qui est presque en contradiction avec le reste. Cela forme un mélange pourtant homogène et envoûtant qui fait mouche à chaque fois. Preuve en est avec Urantia. Le titre démarre de façon ultra rapide avec des riffs écrasants avant de redescendre pour aller vers quelque chose de plus léger, de plus suave. Et cette fois-ci, c’est le refrain qui sera plus costaud. Bref, Deftones manipule parfaitement son art pour en faire quelque chose de très personnel, avec une forte identité.

En enclenchant Error, le groupe continue son petit bonhomme de chemin, avec en plus, un très bon groove au niveau de la batterie. Là aussi, on reconnait la patte Deftones, entre gros riffs, chant crié pour lancer un refrain sirupeux mâtiné de grosses guitares bien saturées, le titre est parfaitement maîtrisé. S’ensuit alors The Spell of Mathematics qui démarre à fond la caisse et où Chino se brise la voix à plus d’une reprise. Mélange subtil de violence et de moments éthérés, le groupe montre son éloignement avec le Nu-Métal, pour fournir un Métal Alternatif réjouissant et savamment construit. Loin des standards du genre, la formation s’offre même une très longue conclusion avec des claquements de doigts pour battre la mesure et c’est tout bonnement excellent. Une fois de plus, le génie de Deftones parle pour lui-même, ne forçant jamais une idée et s’incluant parfaitement dans le morceau.

C’est clairement avec Pompeji que le groupe trouve toute sa fougue, toute sa matérialité. Le titre est un mélange savamment orchestré de tout ce qui fait l’identité de Deftones, mais surtout, c’est un morceau qui va surprendre par son final. La mer, les mouettes, un sentiment de plénitude avec quelques pointes d’angoisse portées par un clavier lugubre. Un très grand moment inattendu et surréaliste dans le monde du Métal alternatif. On serait dans du Death ou du Power, à la rigueur, mais là, c’est non seulement surprenant, mais c’est magnifiquement bien foutu. Et This Link is Dead de reprendre sur ce son lancinant pour dériver vers un titre ultra violent, nerveux, surtout au niveau du chant, peut-être plus que dans les riffs. Quant à Radiant City, la rythmique infernale nous prend aux tripes immédiatement, avec une ligne de basse dingue.

C’est sur les deux derniers morceaux que le groupe va trouver un peu plus de sérénité et redescendre tout doucement du maelström qu’il vient de nous offrir. Headless, malgré des riffs qui pourraient se retrouver dans un Doom sans problème, permet à Chino de bien moduler sa voix, entre murmures claquants et chant clair qui monte dans les nuages. Un bon titre qui se révèle être touchant au fur et à mesure des écoutes. Enfin, Ohms se clôture avec le titre éponyme de l’album. Un morceau étonnant, qui révèle toute la splendeur de ce neuvième effort. Mélancolie et violente douceur viennent s’entremêler dans cette très belle conclusion qui ne donne qu’une seule envie : se replonger encore et encore dans ce superbe album.

Au final, Ohms, le dernier album des Deftones, est une parfaite réussite. On se demande encore comment le groupe fait pour se bonifier de façon constante à chaque album, mais le constat est là, ce neuvième opus est une tuerie. Constellé de pièces qui s’imbriquent parfaitement les unes dans les autres, arpentant des chemins complexes au niveau de la structure, les californiens délivrent un objet sensationnel, loin de toute logique marketing (jusque dans la pochette) et qui fonctionne à plein régime. Bref, certainement l’un des meilleurs albums de l’année, tout simplement.

  • Genesis
  • Ceremony
  • Urantia
  • Error
  • The Spell of Mathematics
  • Pompeji
  • This Link is Dead
  • Radiant City
  • Headless
  • Ohms

Note : 19/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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