octobre 28, 2020

Stephanie

De : Akiva Goldsman

Avec Shree Crooks, Frank Grillo, Anna TorvHarold Perrineau

Année: 2017

Pays: Etats-Unis

Genre: Horreur

Résumé:

Abandonnée par ses parents dans une maison isolée, Stéphanie ne doit sa survie qu’à du beurre de cacahuètes et à son jouet en forme de tortue. Mais les forces sombres rôdent aux alentours… Et elles vont se manifester avec le retour des parents de Stéphanie.

Avis:

Jason Blum est un producteur relativement malin. En très peu de temps, il a construit un empire. Un empire qui détient quasiment le monopole du film d’horreur. Et si la maison de production détient quelques pépites inédites, on se retrouve souvent avec des pétards mouillés. Car il faut le dire, le père Blum investit beaucoup d’argent, mais dans beaucoup de projets. Il a très vite compris avec Paranormal Activity qu’il n’y avait pas besoin de mettre des tonnes de dollars sur un seul film, si un petit concept pouvait en rapporter beaucoup avec peu. Ainsi donc, si la firme s’amuse à sortir de gros titres au cinéma, on retrouve aussi des sujets plus intimistes sur les plateformes de VOD ou encore en DVD. La preuve en est avec Stephanie.

Film de fantôme, film d’alien, film de science-fiction post-apo, Stephanie brouille les pistes dès le début pour tenter de mieux nous cueillir en son milieu. Ici, on va suivre une jeune fille qui se débrouille toute seule dans sa baraque. On voit qu’elle fait des choses dangereuses, qu’elle se permet de faire un peu n’importe quoi et qu’autour d’elle, tout n’est pas forcément rose. On y décèle un grand frère mort dans son lit, quelques apparitions d’ombre, mais aussi un monstre qui rôde autour de la baraque. Bref, on pourrait croire que le film est un joyeux bordel, mais tout cela va se lisser avec le temps. Et c’est peut-être là l’un des gros points faibles du film, se croire bien plus malin que le spectateur en lui mentant sans honte dès le démarrage du métrage.

On va vite perdre nos repères avec cette petite gamine. Le film joue constamment sur les dangers ménagers, comme ce foutu mixeur dans lequel elle fout la main, ou encore ces morceaux de verre au sol, mais cela n’apporte rien à l’histoire hormis une tension inutile. Il en va de même avec l’histoire du grand frère décédé dans son lit, avec un cadavre qui bouge sans que cela n’ait vraiment de sens quand on connait le fin mot de l’histoire. Akiva Goldsman, habitué des séries, essaye de susciter de la peur et de la crainte avec des choses qui n’ont pas d’incidences sur le script. En gros, on peut voir ça comme du remplissage mensonger. Certes, on retrouve cela sur de nombreux films d’horreur, mais là, le curseur est poussé à l’extrême.

Néanmoins, en laissant cette gamine évoluer seule dans cette grande demeure, il va se passer en nous plusieurs choses. Déjà des questions sur les éléments du passé (pourquoi cette gosse se retrouve-t-elle seule?), mais on va aussi ressentir de l’empathie pour cette enfant effrayée qui tente de survivre comme elle le peut. Et si Shree Crooks (Captain Fantastic) est plutôt convaincante, elle va vite tourner en rond et laisser planer un doute sur sa santé mentale. En milieu de film, les parents arrivent enfin, permettant de plus ou  moins éclaircir la situation. Le film se transforme alors en une sorte de survival à twist où le monstre n’est pas forcément celui que l’on croit. Akiva Goldsman fait muter son film pour susciter une nouvelle angoisse et porter un message des plus durs: est-on capable de tuer son propre enfant s’il met la vie de tout le monde en danger?

A partir de là, le film gagne en qualité. L’ambiance devient plus lourde, plus lugubre. Les protagonistes sont obligés de composer avec un monstre à la maison et on va ressentir un profond déchirement dans la psyché des parents. Frank Grillo est formidable dans le rôle de ce père courage qui accepte de faire des horribles. Anna Torv, d’habitude inexpressive, arrive à nous toucher face à une situation qu’elle semble incapable de gérer. Il y a vraiment une dramaturgie qui se met en place et c’est à la fois terrifiant et touchant. On pourra même se réjouir de quelques fulgurances gores sur la fin du film et d’un nihilisme à toute épreuve. Ca craque, ça casse, ça saigne et surtout, ça ne va pas forcément là où on l’attendait, ce qui n’est pas plus mal.

Néanmoins, le film est loin d’être parfait. Si la séquence d’exposition au début est bien trop longue pour nous présenter cette petite fille, la toute fin demeure nanardesque. On se retrouve face à un plan zénithal dégueulasse, bourré de CGI mal dégrossis et qui démontre les fautes de goût d’un réalisateur qui n’est pas forcément doué. Akiva Goldsman est un homme de télé, il a bossé sur Fringe (d’où la présence d’Anna Torv) et on voit que pour faire un long métrage, il est capable de mettre en scène des moments intimistes mais pas de partir dans le grandiloquent ou le spectaculaire. Il manque à Stephanie une vraie patte graphique, un vrai bon faiseur derrière, car là, ça ne sort pas vraiment du tout-venant Blumhouse.

Au final, Stephanie est un film d’horreur quasi inconnu qui n’est pas si mal que ça. En période de vache maigre horrifique, il peut faire le taf sans pour autant être exceptionnel. Si le début est long, si la fin part en cacahuète, le milieu se révèle intéressant et soulève un cas de conscience qui fait mal, très mal. Jouant sur les codes de la famille et sur ce que l’on est prêt à sacrifier pour le bien commun, Stephanie a des fulgurances intéressantes et intelligentes, mais pas suffisamment pour tenir sur la longueur. Un métrage moyen en somme.

Note: 11/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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