décembre 5, 2020

Le Diable, Tout le Temps

Titre Original : The Devil All the Time

De: Antonio Campos

Avec Tom Holland, Bill Skarsgard, Riley Keough, Robert Pattinson

Année: 2020

Pays: Etats-Unis

Genre: Thriller

Résumé:

Knockemstiff, Ohio. Face à sa femme mourante, un homme désespéré, Willard Russell, tente le tout pour le tout. Il se tourne vers la religion. Ses prières vont petit à petit s’apparenter à des sacrifices dont Arvin, le fils du couple, pourrait être l’offrande ultime…

Avis:

Adapter des romans violents, ou tout du moins réputés violents, n’est pas une chose facile. Tout d’abord parce que retranscrire la violence littéraire n’est pas donné à tout le monde. Mais aussi parce que de nombreux réalisateurs se freinent afin de ne pas subir les foudres de la censure. Car oui, le cinéma est un art plus populaire que la lecture. Ou tout du moins, il y a moins de films qui sortent au cinéma que de livres, laissant un choix plus restreint au spectateur. Bref, tout cela pour dire que la violence est souvent édulcorée dans le septième art, même si on retrouve parfois des films très durs, notamment dans le néo-noir ou encore le film d’horreur. Ce qu’il faut savoir, c’est que parfois, la violence graphique est totalement différente de la violence écrite, et qu’il faut trouver un juste équilibre pour ne pas paraître ridicule. Et là-dessus, Le Diable, Tout le Temps est parfait.

Noir, c’est noir

Réalisé par Antonio Campos à qui l’on doit quelques drames indépendants et des épisodes de séries telles que The Sinner ou The Punisher, Le Diable, Tout le Temps est adapté du roman de Donald Ray Pollock. Un roman sombre et nihiliste qui va trouver un certain éclat avec ce métrage apparu sur Netflix. Car oui, si le roman est dur, le film l’est tout autant et c’est très surprenant de retrouver une telle qualité dans une production Netflix. Ici, on va suivre le jeune Arvin, depuis sa jeunesse avec un père dévot et marqué par la guerre, jusqu’à son stade de jeune adulte, où il va en baver à cause de rencontres néfastes et de personnages glauques à souhait. Ce chemin de vie sera alors l’occasion de traiter de divers sujets très rudes et de porter un regard très noir sur l’Amérique profonde, celle des laissés-pour-compte et des rednecks.

L’écriture du scénario est tout simplement parfaite. Il s’agit d’un film lent, très lent, qui va prendre le temps de poser des personnages pour leur donner une réelle épaisseur et un background intéressant. Cette lenteur, assez langoureuse, permet aussi au mal de s’installer dans chaque recoin du film, affichant un destin perfide, rude et le titre du film est parfaitement trouver. Avec une telle histoire, le diable est bel et bien présent partout, que ce soit sur la route ou dans une chapelle, au sein d’une grande ville ou dans des trous perdus au fin fond d’un état. Antonio Campos profite d’avoir les coudées franches pour livrer un film lent, langoureux, vénéneux qui va nous enfoncer un peu plus dans la noirceur et le nihilisme de l’âme humaine. Rien ne nous est épargné et on va avoir du mal à se remettre de nos émotions, car notre moral en prend un sacré coup.

Un véritable chemin de croix

Toute la force du film réside dans la vie d’Arvin, ce jeune garçon qui suit son père qui va sombre net à la mort de sa femme. Arvin, dont la vie n’était pas forcément rose, va alors devoir apprendre à survivre et à se faire respecter, au sein d’une société cruelle. Flic corrompu, tueur en série, violeur, manipulateur, dévot de Dieu, tout le panel des tarés est présent dans le film et démontre une société qui part complètement à vau l’eau, préférant les croyances à l’humanisme, l’égoïsme à l’altruisme, l’arnaque à l’honnêteté. Le Diable, Tout le Temps est un film qui ne peut laisser indifférent. Il présente tous les défauts de l’humanité, tout en créant des situations plausibles qui font froid dans le dos. Et de cette rudesse, de cette violence autant physique que psychologique, le réalisateur va en profiter pour en sortir des thèmes forts et acerbes.

Bien évidemment, le premier sujet à être traité est la religion. Le film tire à boulets rouges sur le christianisme et sur les croyances. Dès le départ, on va avoir droit à un père traumatisé par la guerre qui va apprendre à son fils de prier Dieu. Jusqu’à ce que sa femme meure d’un cancer et qu’il pète un câble, devenant violent, clouant le chien de son fils sur la croix. Puis par la suite, on aura droit à un pasteur complètement fêlé, qui va croire en la réincarnation et qui va tuer sa femme pour la ressusciter, en vain. On aura aussi droit à un pasteur manipulateur, imbu de lui-même et qui va coucher avec des mineurs. Bref, le film est un portrait très sale sur la religion. A un tel point que l’on pourrait croire que le Diable est le seul maître sur Terre.

Mais on pourrait aussi y voir une sorte de punition divine envers le personnage central, qui s’écarte rapidement de Dieu, dès son plus jeune âge, n’attirant ainsi à lui que des psychopathes. Outre la religion, le film parle aussi des regrets que l’on peut avoir, de la manipulation, de la mainmise des hommes sur les femmes durant les années 70. En effet, les femmes seront aussi uniquement des victimes dans le métrage. Soit de la violence de leur mari, soit de la manipulation mentale d’un pasteur néfaste, ou encore par dépit, en suivant un tueur en série charismatique. Comme on peut le voir, Le Diable, Tout le Temps dresse une imagerie très sombre d’une Amérique profonde et d’un pauvre jeune homme qui tente de survivre malgré tout ce qui lui tombe sur le nez.

Un casting lumineux

Dans toute cette noirceur, dans ce nihilisme omniprésent (jusqu’à la toute fin qui laisse un joli choix de réflexion et d’analyse), un rayon de soleil (si on peut parler ainsi), celui d’un casting touché par la grâce. Déjà, il est impressionnant. La liste d’actrices et d’acteurs est folle et chacun joue à la perfection. Bien évidemment, on va s’attarder sur la prestation de Tom Holland, qui est tout simplement incroyable. S’il avait déjà prouvé dans le passé qu’il était un excellent acteur en dehors des Spider-Man (The Lost City of Z pour ne citer que lui), il démontre ici qu’il peut tout jouer, devenant touchant dans ses relations et dans ses actes. Il porte clairement le film sur ses frêles épaules. A ses côtés, on remarquera un gigantesque Robert Pattinson. Souvent moqué pour son rôle dans la Twilight, il continue son bonhomme de chemin dans un cinéma de très grande qualité. Il joue ici un pasteur effrayant au possible et c’est fabuleux. Il est magnétique.

Difficile aussi de ne pas citer Sebastian Stan. Sortant un peu de l’écurie Marvel (lui aussi), il campe un flic corrompu jusqu’à la moelle qui n’hésite pas à faire parler la poudre pour gagner quelques voix à de futures élections. L’acteur, dont le physique change vraiment, avec un joli bide, est parfait lui aussi. Même des acteurs comme Jason Clarke ou Harry Melling sont très bons en psychopathes de service. Et Bill Skarsgard sort enfin de son costume de clown pour livrer une jolie prestation d’un père détruit par la guerre. Au rayon féminin, les actrices sont excellentes. La souffrance est très complexe à jouer, sous toutes ses formes, et elles sont fabuleuses. Riley Keough en est presque touchante, tandis que Haley Bennett nous fera de la peine. Quant à Mia Wasikowska, son destin fait froid dans le dos.

Au final, Le Diable, Tout le Temps est un excellent film. Antonio Campos délivre une mise en scène superbe pour sublimer le mal. Un mal à l’état pur qui se cache en chacun de nous. Film nihiliste au possible, d’une noirceur sans éclat, on ne prend vraiment aucun plaisir à regarder ce destin funeste, et pourtant, on reste scotché devant tant de maîtrise, aussi bien formelle que dans le fond. Netflix commence à prendre des risques en produisant des films moins conventionnels et c’est payant. En bref, un film diablement efficace.

Note : 18/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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