novembre 30, 2020

The Broken

De : Sean Ellis

Avec Lena Headey, Ulrich Thomsen, Melvil Poupaud, Richard Jenkins

Année : 2008

Pays : Angleterre

Genre : Horreur

Résumé :

Gina McVey assiste avec sa famille au dîner d’anniversaire de son père lorsqu’un miroir se décroche du mur et se fracasse sur le sol. Lorsque Gina évoque les sept ans de malheur promis par la superstition, personne ne rit…
Le lendemain, dans une rue de Londres, Gina s’aperçoit au volant de sa propre voiture. Stupéfaite, elle suit cette étrange apparition jusqu’à son appartement…
Le même jour, Gina est victime d’un violent accident de la circulation qui l’empêche de se souvenir avec exactitude de ce qui s’est passé un peu plus tôt dans la journée…
Peu à peu, elle va alors rassembler les pièces du puzzle, et découvrir ce qu’elle n’aurait jamais pu imaginer…

Avis :

Les miroirs ont toujours été un fantasme pour les amateurs de films d’horreur. Outre le fait qu’il renvoie notre image, il symbolise, la plupart du temps, la vérité. Le reflet que l’on voit est censé nous renvoyer une certaine vérité sur nous, nos émotions, et pourquoi pas, une part ténébreuse. Des films comme Mirrors d’Alexandre Aja ou Prince des Ténèbres de John Carpenter ont exploré les miroirs de différentes façons, essayant de mettre en avant un monde derrière notre reflet, comme des doppleganger prêts à venir nous remplacer dans notre univers. En 2008, c’est le britannique Sean Ellis qui tente le coup avec The Broken. Après son succès avec Cashback, un drame très fort sur notre société de consommation, le cinéaste tente le coup dans l’horreur et propose un film mutique, sombre, où les reflets prennent possession sur les gens, afin de les remplacer dans notre monde. Un pitch intéressant pour un film qui va quasiment tout foirer, et ce malgré un casting très prestigieux.

On va suivre la vie de Gina McVey, une radiologiste qui étudie un cas étrange de situs inversus, c’est-à-dire que le cœur se trouve à droite. Le soir, elle fête l’anniversaire de son père avec son petit ami français, son frère et la copine de celui-ci. Tout se passe bien jusqu’à ce qu’un miroir ne tombe et se brise. Dès lors, la vie de Gina va changer quand, le lendemain, elle a l’impression de voir un double d’elle provoquant un grave accident de voiture. A son réveil, elle va se rendre compte que tout le monde a bien changé autour d’elle et que sa vie et celle de ses proches est en danger à cause de reflets qui sortent des miroirs. Sean Ellis a voulu complètement changer son fusil d’épaule en passant du drame à l’horreur et se plante goulument dans ce métrage ennuyeux au possible, qui veut laisser des zones d’ombre mais n’arrive jamais à vraiment nous intéresser. Déjà, dans son scénario, on notera quelques fautes de goût qui auraient pu fonctionner, si les personnages étaient intéressants et si le film ne se la jouait pas film d’auteur mutique.

Le principal reproche que l’on peut faire, c’est qu’il ne se passe pas grand-chose dans le métrage. Malgré sa courte durée (moins d’une heure et demie), on s’ennuie ferme face à cette femme qui semble perdre pied et voir le mal un peu partout. Le mystère ne s’épaissira pas longtemps, le cinéaste ne jouant pas vraiment sur la folie de la jeune femme, mais plutôt sur une sorte d’invasion de reflets maléfiques. Le mystère réside surtout dans les intentions de ces reflets, et non pas sur leur possible existence. Au lieu de jouer sur la psychologie des personnages, d’approfondir une maladie mentale, voire même un peu de psychose, le film préfère se la jouer invasion à la Bodysnatchers et l’ensemble sera très mal emballé. Les non-dits, le côté taiseux de l’héroïne, les découvertes au compte-goutte dans l’espoir de ménager un quelconque suspens ne marchent absolument pas et tendent plutôt à rendre le récit pénible à suivre.

L’équilibre précaire du film se voit donc mis à mal par une mauvaise gestion du suspens et des méchants. Des reflets dont on ne saura pas les intentions et qui resteront des moteurs pour mettre en place quelques jump scares ou une tension dans la mise en scène. Sauf que ça ne marche pas vraiment. Premièrement parce que les apparitions sont grossières et que l’on voit les effets de peur arriver de très loin. Deuxièmement parce qu’ils ne sont là que pour prendre la place des personnages sans rien faire d’autre. En fait, on pourrait presque croire que Sean Ellis a voulu faire un Invasion Los Angeles en plus calme, en plus glauque, mais aussi et surtout en moins fun. En posant son récit sur une base presque dépressive, le cinéaste n’arrive pas à rendre son film attractif, le laissant froid comme la glace, à l’image de ses personnages dont les émotions semblent figées et à l’image de sa mise en scène, bercée dans un filtre gris morne à souhait. De ce fait The Broken tente de jouer la carte du film sombre et terne, mais rien n’y fait, on ne rentrera pas dedans.

Outre l’horreur qui ne prend jamais et une mise en scène très classique qui ne marquera que sur une paire de saynètes qui dureront à peine quelques secondes, on notera la désincarnation des personnages ainsi que des acteurs. Gina est une radiologiste qui va aller de problème en problème et qui semble perdue. On ne s’attachera pas à ce personnage fade et sans relief et encore moins aux personnes qui l’entourent. Par exemple, son compagnon n’a aucun background et n’est homme parmi tant d’autres. Il en va de même pour son frère artiste et sa petite amie, qui sont bien gentils, mais qui manquent cruellement d’épaisseur et d’empathie. Reste le père de famille, un peu plus sombre et sobre, qui fera presque office de stabilité dans l’ensemble, mais que l’on verra à peine une paire de fois. De ce fait, difficile pour les acteurs d’être crédibles et convaincants. Lena Headey tire la gueule comme à son habitude, Melvil Poupaud se démène pour exister et Richard Jenkins arrivera à être glaçant le temps d’une apparition. Pour le reste, ce sera vraiment le minimalisme qui prévaudra.

Enfin, il ne faudra pas compter sur du gore, le film préférant jouer la carte de l’épouvante et d’une ambiance anxiogène qui ne marchera pas. On aura droit à quelques meurtres, mais ils seront en hors-champ, ou alors nous aurons la résolution de ceux-ci, c’est-à-dire la découverte du cadavre. Un seul plan est un peu sale, faisant immédiatement penser au Mirrors d’Aja (alors que les deux films sont sortis la même année), mais ne nous touchera pas plus que ça, la faute à un personnage fade et une scène qui ne va pas forcément au bout des choses. Quant au twist final, il est bancal, n’offrant finalement rien de neuf et jouant sur un double-jeu improbable.

Au final, The Broken est bel et bien un film raté, du début à la fin. Si Sean Ellis aurait pu surprendre en jouant sur la psychologie du personnage principal et sa perte de repères, on se retrouve face à un film d’épouvante lambda qui ne sait pas maintenir son suspens. Lent, terne et sans saveur, Sean Ellis se plante complètement et n’arrive pas à proposer un film fort avec un message intéressant. Même les excellents acteurs qui peuplent le film se sentent perdus, c’est dire…

Note : 06/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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