octobre 24, 2020

Ombruscus – Jean-Daniel Doutreligne

Auteur : Jean-Daniel Doutreligne

Editeur : L’Alchimiste

Genre : Fantasy

Résumé :

Chaque soir, les habitants de la maison doivent revêtir le masque du sommeil pour se protéger du cauchemar qui tue quiconque brave l’interdit.
Maitre Val, l’instructeur de Tim est retrouvé mort sans son masque.
Tim qui veut devenir missionnaire se retrouve sans instructeur au sein de la maison.
On lui délègue Ver-de-cendre, l’instructeur le plus sévère et cruel afin de mener l’enquête sur le meurtre d’un confectionneur.
Àxelle de Montbrune, kalligraphe hors norme est dépêchée pour les accompagner ainsi que Céliandre, la fille de palindrome, le grand instructeur.
Celle-ci est figée depuis ses 15 ans par l’étrange magie des sœurs qui l’ont ressuscitée.
Dans leur quête, ils vont aller de déboire en déboire, de rencontres de personnages malsains, cruels et sans pitié prêt à tout pour mener une quête.
Nous allons découvrir Morphus, nécrographe, Sélène la gardienne, Axelle, Véra et bien d’autres personnages atypiques dans ce royaume.

Avis :

Ombruscus plonge d’emblée le lecteur dans un univers double, qui possède sa part sombre ainsi qu’une moitié féerique. Les amateurs de fantaisie et d’horreur s’y retrouveront, notamment en ce qui concerne la première partie du roman. Les ombres s’invitent à la danse, et l’une des thématiques du roman n’est pas sans rappeler, par pur hasard, la situation sanitaire actuelle, apportant avec elle son lot de malaise et de questionnements.

L’ambiance glauque et magique qui se dégage des premières pages constitue une entrée en matière fascinante ; le lecteur ne peut qu’être happé par les termes nouveaux qui défilent sous ses yeux, cette multitude de mots inconnus qu’il s’empressera de vouloir comprendre et assimiler, et il succombera tout autant à cette atmosphère pesante, irrésistible. La terreur des personnages transparaît entre les lignes alors que la nuit emprisonne ce monde chimérique, dépeint par une plume efficace et agréable, dont on s’imprègne avec plaisir.

Une fois la curiosité du lecteur piquée par les termes, descriptions et paysages intrigants de cet univers original, l’auteur prend le temps de la nourrir. Il nous explique les significations et les implications de chaque mot, tout en nous présentant les personnages principaux. Petit à petit, le lecteur comprend où il se trouve et s’identifie aux héros, à leurs malheurs et à leurs espérances. Les plus impatients ou les lecteurs peu habitués à ce genre de roman, se trouveront troublés par l’avalanche de termes non expliqués. Les réponses arrivent en leur temps à ceux qui savent être patients. Et elles ne décevront pas.

Très rapidement, on comprend qu’un terrible drame se joue dans le bas-fond de l’intrigue. Ce secret impénétrable nous tient en haleine un moment…

En fait, jusqu’à la fin de la première partie durant laquelle il se trouve entièrement résolu. La seconde partie, bien qu’intéressante et pleine d’actions, s’avère moins savoureuse, moins intrigante, moins prenante. On tombe davantage dans les clichés des romans de fantaisie, quand une quête difficile accapare tous les personnages et que des ennemis, cruels et sans pitié, s’en donnent à cœur joie, en ne montrant que peu de subtilité ou finesse. Le roman perd quelque peu de sa substance, surtout après une chute de première partie aussi qualitative et pleine de promesse, qui cherche à s’éloigner des intrigues classiques. L’ouvrage aurait finalement pu s’arrêter à cet instant, sans que cela ne soit trop dérangeant.

La seconde partie du roman reste néanmoins suffisamment captivante pour poursuivre la lecture, notamment grâce à l’une des héroïnes, dont l’arc n’avait pas trouvé sa résolution, et à la présence de combats magiques saisissants. L’auteur crée un système novateur, lié à la calligraphie et à des symboles spécifiques, que les lecteurs les plus avisés pourront identifier dans la splendide couverture. Bien que le système ne soit pas développé dans les détails, les explications suffisent à animer notre esprit, toujours apte à recréer ce qu’il ne connaît pas mais qu’il visualise très bien.

Un bémol est à noter dans la cohérence entre les deux parties, ou peut-être qu’une grande incompréhension s’est glissée malencontreusement au moment de la lecture : les implications de la chute dramatique de la première ne semblent pas grandement déstabiliser les héros lors de la seconde. Que doit-on donc en penser ? Le sens de cet univers incroyable se dépossède quelque peu de sa magie intrinsèque lorsque l’on cherche à répondre à toutes nos interrogations.

La fin abrupte d’Ombruscus déçoit par son manque de clarté, voire par sa facilité, mais étonne par son message et sa beauté. Le lecteur repose le roman dans une impression étrange, entremêlée de désarroi et de surprise. L’auteur termine sur une note intéressante, qui met en valeur les deux héros de l’histoire, et qui clôture leur histoire avec amour.

Les personnages secondaires, notamment Ver-de-Cendre, s’avèrent agréablement bien construits. Ce professeur constitue un personnage auquel on s’attache étrangement vite, malgré un caractère à couper au couteau et son antipathie pour le héros. Pourtant, son franc parler, son courage et son histoire, en font une personne complexe et riche, que l’on aime accompagner.

Le héros Tim, au contraire, de par son jeune âge et inexpérience, apparaît moins consistant mais nous embarque dans une aventure et une histoire d’amour atypiques, semée d’embuches, de désobéissance, de soif d’apprendre et d’amitié émouvante. On se reconnaît facilement en lui, surtout lorsque l’angoisse et la peur le font agir de manière gauche, ou lorsque ses idéaux l’entrainent à enfreindre les règles imposées par son maître.

Ombruscus se démarque dans le domaine de la fantaisie par des créations uniques, des créatures effrayantes, un univers noir et une mécanique originale. Les sous-intrigues qui tapissent le roman prennent de l’ampleur dans la partie deux ; une moitié qui aurait mérité moins d’actions et davantage de dialogues profonds, pour nous faire oublier le fait que son intrigue principale soit moins magistrale que celle de la première partie. Malgré cette différence, Ombruscus ne laisse pas indifférent ; l’auteur nous dépeint un monde empli de noirceur, enrobé par un voile d’espoir, aux caractères négatifs non immuables, et aux points positifs non moins gris.

Note : 15/20

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Par Lildrille

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