octobre 24, 2020

Laster – Ons Vrije Fatum

Avis :

S’il y a quelque chose de très intéressant et de très positif dans le métal, c’est qu’il y en a pour tous les goûts, et surtout, on y trouve des trucs expérimentaux fortement bizarres. Si la musique électronique est un terrain de jeu pour les bidouilleurs dans l’âme, dans le métal, on aime explorer des facettes étranges, mais encore faut-il qu’elles aient un sens. Un sens mélodique et un sens dans le fond, justifiant ce que l’on écoute. Cette musique expérimentale trouve parfaitement sa place dans le Métal Progressive, bien évidemment, mais on peut aussi la trouver dans divers genres comme le Death ou encore le Black. Et c’est bien que Black que l’on va parler avec Laster, groupe néerlandais fondé au début des années 2010 à Utrecht. Trio nébuleux dont on ne connait pas le visage, Laster aime jouer de son image, que ce soit sur scène ou encore avec ses pochettes, exprimant des mouvements, sans titre et sans le nom du groupe. Un mystère qui s’épaissit quand on jette une oreille attentive aux albums, qui peuvent dérouter comme ils peuvent charmer. Prenons en exemple Ons Vrije Fatum, le deuxième album du groupe sorti en 2017, qui dépasse les 50 minutes avec seulement sept morceaux et qui parvient à s’insinuer en nous comme un vieux serpent roublard.

Le skeud débute avec le titre éponyme de l’album. Dépassant directement les six minutes, le groupe va nous placer dans un contexte très particulier. Un son profond, qui met mal à l’aise, une voix de femme en anglais puis un démarrage purement Black avec une bonne grosse double-pédale et une rythmique infernale. La groupe ne se démonte pas et prône un chant crié d’écorché vif qui s’accorde parfaitement avec l’ambiance voulue, quelque chose de diabolique qui nous prend les tripes en otage. Alors on pourrait croire que l’on va bouffer de ce genre de Black durant toute la durée du morceau, mais ce serait se tromper sur les types, qui sont de véritables orfèvres dans les compos. Très vite, on aura droit à une guitare aérienne qui va prendre le pas sur la mélodie dense et rapide et qui va apporter une certaine douceur à l’ensemble. Cette douceur sera rehaussée avec un chant clair mélodieux et qui s’inscrit parfaitement dans cette démarche de variations. Variations dans les sensations, variations dans le tempo et dans la sensibilité du titre. Et oui, Laster, c’est tout ça en un seul morceau, et ce n’est que le début. Binnenstebuiten (le néerlandais, c’est un peu chaud quand même) est un long morceau de plus de huit minutes, qui se déclenche de façon assez calme, presque mélancolique, avec un chant clair intéressant, qui lorgne plus vers la parole que vers le chant. Petit à petit, le tempo va monter, les ruptures vont être nombreuses et on sera perdu dans un maelström de sentiments dichotomiques. L’ajout de djembé permet d’enfoncer le clou sur nos sensations, offrant même des passages aux sonorités orientales. Et que dire de Bitterzoet, un titre qui va changer radicalement de style, plongeant dans un Rock prog un peu désuet, mais d’une douceur rare, et cela malgré un chant puissant et crié.

Pour autant, malgré l’excellence de ces titres, la pièce maîtresse est clairement Helemaal Naar Huis. Longue de plus de onze minutes, la première moitié est très dense, très puissante, et fait écho au Post-Black que prône le groupe. Cependant, et c’est là toute la force de Laster et de ses compos complètement folles, on va avoir un break totalement inattendu, surprenant, et qui pourtant s’inscrit parfaitement dans la démarche du groupe. En effet, en plein milieu, le trio va s’amuser à planter un morceau de saxophone jazzy en plein milieu d’un riff entêtant et d’une grande efficacité. On pourrait croire que cela casse le rythme, mais il n’en est rien, puisque cela donne un véritable cachet au titre, une identité folle inattendue. Et c’est bien là-dedans que le groupe prouve sa vraie valeur. De Tijd Voor sera un petit interlude instrumental à l’image du groupe, c’est-à-dire bizarroïde, avec un début qui pourrait faire croire à un film noir qui bascule doucement dans l’horreur lovecraftienne, et qui annonce De Roes Na, un autre long titre de plus de dix minutes, à la fois profond et d’une richesse folle. Le début promet une douce introspection, pour ensuite aller dans les tréfonds d’un Black de qualité, qui n’en fait pas des caisses pour paraître violent. A la fois doux et percutant, le groupe s’amuse comme un petit fou à jouer à l’équilibriste. Enfin, Er Wordt op mij Gewacht conclue l’album de la plus belle des façons, synthétisant de façon optimale ce Post-Black expérimental complètement dingo.

Au final, Ons Vrije Fatum, le deuxième opus de Laster, sorti en 2017, est d’une rare excellence. Si on peut être réfractaire au départ à cause de la longueur des pistes, ou encore de la tronche des musiciens, masqués de façon à créer le malaise, il faut se laisser porter par ce style si particulier. A la fois technique sans jamais tomber dans une surenchère pénible, le groupe livre un album impeccable, envoûtant, pas forcément facile d’accès, mais qui risque fort de vous rendre accro. A écouter d’urgence.

  • Ons Vrije Fatum
  • Binnenstebuiten
  • Bitterzoet
  • Helemaal Naar Huis
  • De Tijd Voor
  • De Roes Na
  • Er Wordt op mij Gewacht

Note : 18/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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