novembre 30, 2020

Strangeland

De : John Pieplow

Avec Kevin Gage, Dee Snider, Elizabeth Pena, Brett Harrelson

Année: 1998

Pays: Etats-Unis

Genre: Horreur, Thriller

Résumé :

Un tueur sadique terrifie la ville d’Helverton. La police mène l’enquête et arrête le tueur, celui-ci sélectionnait ses victimes sur Internet et les torturaient. Mais le tueur réussit à s’échapper et décide de se venger.

Avis :

On dit souvent qu’il y a une corrélation entre la musique métal et les films d’horreur. En effet, on peut voir une certaine accointance entre ce style musical, parfois lugubre et violent, et les films d’horreur qui ne se gênent pas pour en mettre afin d’attirer l’amateur de genre. Et des métalleux qui ont fait du cinéma d’horreur, il y a en a un paquet. Sans les énumérer totalement, on peut citer Corey Taylor de Slipknot, Henry Rollins, Fred Durst de Limp Bizkit ou encore l’emblématique Marylin Manson. Avec Strangeland, c’est Dee Snider qui s’illustre ici. Pour les néophytes, il s’agit du chanteur du groupe de Heavy Twisted Sister et il est apparu dans quelques shows télévisés aux States. Petite institution là-bas, à la fin des années 90, il va écrire un scénario d’horreur et le proposer à des producteurs qui vont y voir un certain avantage à mettre ça en avant. Une BO Métal, un tueur psychopathe amateur de torture, un flic désabusé, tous les ingrédients sont là pour rentrer dans le nanar et pourtant, le résultat n’est pas si mal que ça.

Réalisé par John Pieplow, un illustre inconnu dont c’est le seul et unique film, Strangeland va évoluer dans un monde assez étrange qui explore les modifications physiques, allant du tatouage au piercing en passant par les scarifications. La fille d’un flic se fait kidnapper par un taré sado-maso. Il mène alors l’enquête et se rend compte que le tueur piège ses victimes sur un chat d’ados. Il va remonter sa trace pour sauver sa fille. Très basique, pour ne pas dire simpliste, Strangeland est un mélange de thriller et d’horreur à petit budget et on aurait pu craindre un élan pour le mauvais goût, mais il n’en sera rien. Certes, le film est très cheap et possède de grosses lacunes, mais il s’avère surtout maîtrisé dans sa mise en scène, dans son rythme et dans son ambiance. Si on rajoute à cela un fond qui pousse à la réflexion sur la rédemption et le laxisme de la justice, Strangeland s’avère être, finalement, un petit divertissement sans prétention.

Si le scénario suit un chemin tout tracé en son début et trouvera même une résolution surprenante au bout d’un peu moins d’une heure, il va s’intéresser à un problème de fond inhérent à la justice américaine, la remise en liberté pour bonne conduite grâce à la prise de médicament. Car le méchant du film va sortir de prison totalement transformé, mais la populace ne l’entend de cette oreille et va se faire justice. Le film pose alors deux questions importantes : l’auto-justice n’est-elle pas dangereuse ? Et peut-on croire en une deuxième chance, surtout en ce qui concerne un fou furieux ? En ce sens, le film donne les éléments de réponse, mais surtout, il donne du grain à moudre, ce qui est assez rare dans les films d’horreur, et encore plus dans de petites productions destinées au marché du DVD. Après, on trouvera tout de même quelques éléments moins percutants, comme ce monde de la nuit qui n’est pas assez exploré, par exemple. Ou encore ce grand méchant dont on sait peu de chose au final.

Si le film fait relativement cheap dans sa réalisation et vieillit assez mal (malgré une image ultra propre pour un DVD des années 2000), il faut aussi saluer l’effort du réalisateur à instaurer une ambiance très sordide, très sombre et bien poisseuse comme il faut. La boîte de nuit Xibalba est un exemple parfait d’une ambiance étrange, gothique et pourtant assez dérangeante, avec ce métal saturé, ces personnages qui se scarifient et d’autres qui font des trucs étranges dans des backrooms. Il y a aussi une volonté d’instaurer un climat très malsain dans l’antre du tueur. Les saturations de rouge sont intéressantes, évoquant le sang versé dans cette chambre des tortures et il y a un côté feutré qui renforce un sentiment anxiogène, presque irrespirable. C’est franchement bien mis en avant. Il est juste dommage que parfois, la réalisation laisse à désirer, avec des plans kitsch à souhait et un manque formel de plans qui titillent la rétine, ou qui sont même intéressants.

L’autre point faible du film, c’est l’absence concrète de peur. Mélangeant le thriller avec l’enquête policière et les dangers des réseaux sociaux (déjà pour l’époque, en avance sur son temps le Dee Snider) avec l’horreur pour certaines séquences de torture, Strangeland oublie de faire peur. Il lui manque vraiment des séquences d’horreur pure pour pleinement nous satisfaire. Sur la fin du métrage, on aura droit à quelques séquences qui flirtent avec le torture-porn, mais ce sera bien peu de chose et surtout, ce sera très gentillet, avec le minimum de gouttes de sang. Et c’est dommage car le film proposait quelque chose d’un peu extrême, avec notamment une adolescente capturée et torturée, mais on ne verra rien et l’ensemble restera bien trop sage.

Enfin, parlons un petit peu des personnages. Le détective est joué par Kevin Gage et l’acteur est convaincant dans ce rôle. Inspecteur aux nerfs d’acier, il va montrer des signes de faiblesse sur la fin du métrage, lorsque sa fille disparait une deuxième fois. L’acteur nous fait bien ressentir ses émotions, et surtout, il est très empathique, étant toujours très bon avec ses collègues. Contrairement à son co-équipier, un râleur invétéré mais qui essaye de faire avancer les choses plus vite et qui n’est pas foncièrement mauvais. Volontairement manichéen, le film les oppose donc à un méchant complètement siphonné, passionné par les rituels sado-maso. Dee Snider n’a pas eu grand-chose à faire pour se rendre effrayant et heureusement que le look sauve un peu le personnage, globalement vide. Mais à côté, on trouvera un Robert Englund en redneck alcoolo prônant l’auto-justice et on se fera un régal de le détester. Enfin, ce film, c’est aussi l’occasion de voir Linda Cardellini et Amy Smart en jeunes premières.

Au final, Strangeland est un film qui est très surprenant car il a tous les atours du navet intergalactique et finalement, il est plutôt sympathique. S’il n’a rien de transcendant dans sa mise en scène, dans ses personnages, ou même son histoire, il possède une certaine aura dérangeante, une ambiance bien oppressante et surtout une volonté de raconter une histoire avec un fond. Dee Snider se sert donc d’un thriller classique pour apporter sa patte métal dans un film d’horreur pas indispensable, mais finalement pas désagréable, et surtout, plus intelligent qu’il n’y parait.

Note : 12/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.