novembre 30, 2020

Oxymort – Franck Bouysse

Auteur : Franck Bouysse

Editeur : J’ai Lu

Genre : Thriller

Résumé :

Un homme s’éveille, enchaîné sur la terre battue d’une cave. Engourdissement, incompréhension. Qui ? Pourquoi ? La seule façon de repousser son désespoir, de lutter : Remonter le temps, errer dans les corridors de sa mémoire et chercher à comprendre pour tenir en laisse la folie. Guetter l’apparition d’une femme, au moment où les ombres s’étirent dans le crépuscule. Jouer la musique de sa survie.

Avis :

On pourrait croire que le thriller, en littérature, est une chose aisée, vu tout ce qui sort chaque semaine. Pour autant, c’est un genre codifié et pour sortir de l’anonymat, il faut trouver le bon filon, ou le bon style d’écriture. Franck Bouysse est un professeur de sciences qui s’est reconverti dans le métier d’écrivain, et notamment dans le thriller. Ayant eu un succès monstre avec Né d’Aucune Femme, on va retrouver certains de ses romans en format poche, comme Oxymort aux éditions J’ai Lu. Tout petit roman d’un tout petit peu plus de 200 pages, le titre est un jeu de mots entre un oxymore, figure de style qui consiste à utiliser deux mots contradictoires (une douce violence) et la mort, qui est bien présente dans cette histoire. Mais faire un court roman efficace n’est pas donné à tout le monde, comme on peut en attester ici.

L’histoire est très simple. Un professeur de sciences se réveille dans une cave où il est entravé. Un mystérieux bonhomme lui balance des dessins à compléter sous la porte. En parallèle, Lilly, la femme de ce prof, s’inquiète de la disparition de son chéri et entre une mélancolie mortifère et une police qui ne fait rien, le prisonnier va tout faire pour s’en sortir. Le scénario de ce livre n’est pas bien lourd. Il est même très classique et ne réservera que peu de surprise à ceux qui sont rompus au thriller. Une enquête qui piétine, des personnages pas forcément bien esquissés, une intrigue dont les rouages sont basiques, Franck Bouysse nous offre un thriller très classique dont l’originalité ne sera pas le point fort. On pourrait même dire que c’est un point faible tant on aura du mal à croire à une telle simplicité.

Le problème, c’est que dans le domaine du thriller, si on n’est pas un peu original sur l’intrigue, sur le twist final, on laisse le lecteur sur une impression de fainéantise et donc de déception. Et c’est tout à fait le cas ici. Rien ne vient sortir cette histoire d’une certaine route toute tracée et le final nous glisse un peu entre les doigts. Si on peut signaler un certain nihilisme, une certaine noirceur dans le propos, cela reste tout de même trop léger pour pleinement convaincre.

Le style de Franck Bouysse est très particulier. L’écrivain aime choisir ses mots et jouer avec les métaphores. De ce fait, certaines phrases semblent très étranges et nous sortent d’un récit qui se veut terre à terre et plutôt violent. Alors bien évidemment, cela joue avec le titre même du roman, à savoir un oxymore, où la violence se confronte à des mots doux et poétique. Mais cela ne marche jamais vraiment, d’autant plus que le personnage principal est un professeur de sciences et pas un professeur de français. Professeur de français qui est d’ailleurs gentiment moqué dans le roman, étant vu comme un rat de bibliothèque étrange et taiseux. Du coup, difficile de raccrocher les wagons et d’être touché par cette histoire.

Cela est dû aussi en partie aux personnages qui ne sont pas attachants. Le « héros » est bien névrosé et on aura du mal à capter ses contours. Il reste assez nébuleux et on ne saura pas grand-chose si ce n’est qu’il est fou amoureux de Lilly. Une jeune femme éthérée, mélancolique, qui ressemble à Penelope Cruz, mais dont, là aussi, on aura que peu de background et d’ingrédients pour s’éprendre d’elle. Contrairement à tous les personnages masculins du roman. Reste alors un flic désabusé et proche de la retraite qui apparait sur deux ou trois paragraphes, un méchant très méchant et une professeure de français qui ouvrira le cham pour une possible suite, ou plutôt pour montrer que la mort peut être toute proche et avec un faciès familier.

Enfin, la seule originalité de ce roman, ce sont la multitude des points de vue. Quand on s’axe du côté de ce professeur enfermé, l’histoire est racontée à la première personne. L’emploi du « je » nous laisse donc croire que c’est lui qui écrit cette histoire et donc qu’il s’en sort à la fin. Même si on peut se permettre tout et n’importe quoi en art, ici, le propos ne tient pas vraiment et la logique n’est pas respectée. Surtout que pour les autres personnages, on reste sur de la troisième personne, l’écrivain essayant de décrire les états d’âme de personnages pas forcément intéressants et qui divaguent plus qu’autre chose. Alors certes, parfois c’est bien écrit, mais ça reste très linéaire et assez téléphoné.

Au final, Oxymort est une petite déception. Court thriller qui joue la carte du classicisme pour raconter une histoire policière toute simple, Franck Bouysse essaye de se démarquer en arborant un style éthéré et très particulier. Peut-être un peu trop quand il s’agit de décrire les émois de personnages secondaires pas forcément charismatique. Oxymort est loin d’être un mauvais roman, il s’agit juste d’un coup d’épée dans l’eau, une histoire déjà vue et revue qui n’apporte rien au genre et qui manque de profondeur et de surprise. Dommage.

Note : 11/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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