septembre 28, 2020

Bulbbul

De : Anvita Dutt

Avec Tripti Dimri, Avinash Tiwary, Paoli Dam, Rahul Bose

Année : 2020

Pays : Inde

Genre : Horreur

Résumé :

Une jeune fille mariée précocement devient de plus en plus mystérieuse au fil des ans, hantée par son passé, tandis que des meurtres surnaturels secouent son village.

Avis :

Netflix est une plateforme somme toute assez intéressante. Il faut dire que l’on y trouve à boire et à manger et que parfois, on peut s’aventurer dans des pays exotiques qui ne sont pas forcément bien représentés en France. Prenons un exemple tout simple, l’Inde. On raccorde trop souvent cela à Bollywood et à ces films de plus de trois heures où ça danse beaucoup trop. Un cinéma grandiloquent qui peut en rebuter plus d’un. Pour autant, l’Inde regorge aussi de films plus conventionnels, peut-être plus adaptés à notre vision du septième art. Et si on jette un coup d’œil aux films (et même séries) d’horreur, on peut tomber sur de bonne surprise. Après Ghoul et Vetâla, deux séries horrifiques, Netflix nous propose alors Bulbbul, un conte fantastique d’épouvante avec une sorcière et surtout une grosse critique des mœurs au sein d’un pays sclérosé dans des coutumes archaïques. Est-ce bien pour autant ?

 Le film débute à la jeunesse de Bulbbul, alors que celle-ci n’a que cinq ans et se marie à un homme déjà adulte. Dès le départ, on sent le malaise qui s’installe et qui démontre que durant la fin du XIXème siècle, en Inde, les hommes matures pouvaient épouser des enfants. Par la suite, Bulbbul va énormément trainer avec Satya, un garçon de son âge avec lequel il se raconte des histoires d’horreur, dont celle de la sorcière aux pieds retournés. Vingt ans plus tard, alors que Satya revient de Londres, il découvre que le mari de son amie, ainsi que son frère jumeau, sont morts dans de mystérieuses conditions et cela ne semble pas affecter Bulbbul, qui est elle aussi de plus en plus étrange. D’un point de vue scénaristique, le film tient surtout grâce à sa narration éclatée qui fait des flashbacks afin de montrer la souffrance de Bulbbul. Cette dernière en prend plein la gueule et on va ressentir de l’empathie pour cette pauvre femme qui est brisée, aussi bien physiquement que mentalement. Le problème avec un tel scénario, c’est qu’il ne faut pas faire dans la surenchère et c’est un peu ce que fait le réalisateur.

En effet, afin de créer du dramatique, voire même du tragique, Anvita Dutt rajoute sans cesse des malheurs à cette pauvre Bulbbul qui perd pied peu à peu. Entre un mariage forcé, un mari indélicat, un frère jumeau débile, un crush qui ne devine l’amour qu’elle lui porte, une femme qui ne lui vient en aide qu’en lui disant de se taire, la pauvre Bulbbul a de quoi littéralement péter un câble. Cela sent un peu le trait forcé et c’est dommage, d’autant plus que sur la longueur, le personnage central en devient presque pénible, avec sa moquerie, ses sourires en coin et son air supérieur. Il manque de la finesse au film pour réellement embarquer le spectateur. Une finesse qui est absente même dans le personnage de Satya, un jeune homme qui se la joue Sherlock Holmes et qui continue à fermer les yeux sur l’évidence. Car oui, le twist se grille très rapidement dans le métrage et seul Satya semble incapable de voir le pot aux roses.

Le manque de finesse, on le retrouve aussi dans la mise en scène de Bulbbul. Le film peut se diviser en deux mondes distincts, la réalité dans les maisons et la fiction dans la forêt, où les saturations en rouge sont bien trop appuyées. On va clairement voir que cela ne reflète pas forcément la réalité, mais surtout, ça ne renforce en rien une quelconque ambiance. On pourrait croire à un penchant gothique, mais ce rouge gâche tout et n’apporte aucune plus-value au métrage, ni dans son ambiance, ni dans ses effets d’épouvante. C’est dommage car le mythe de la sorcière aux pieds retournés aurait pu être un élément fort du métrage, un ressort horrifique intéressant, mais il n’en est rien et les deux/trois scènes de meurtres sont vite expédiées. Là où le graphisme prend du poids, c’est lorsque Bulbbul se fait tabasser par son mari qui suspecte une tromperie, avec un ralenti équivoque et une séquence qui fait vraiment mal, même si c’est en hors-champ.

Là où le film marque clairement des points par contre, c’est dans son message extrêmement féministe et dans la vision assez pessimiste des hommes et des coutumes qui leur rendent service. Car si Bulbbul en chie, ce n’est pas la seule à souffrir de cette situation, en atteste la première femme de son mari, qui va se raser la tête et s’isoler dans un monastère pour échapper à la folie des hommes et leur violence. Une violence qui sera psychologique, avec des moqueries, de l’arrogance et même du mépris, mais aussi une violence physique avec des coups. Même Satya, qui aurait pu être le gentil de l’histoire, on a un fond un machiste, où il veut prouver qu’il a raison, quitte à perdre l’amour de sa vie. En fait, sous ses airs de conte horrifique, Bulbbul propose une vision amère des mœurs indiennes où l’homme fait sa loi, démontrant même que rien n’a changé en plus de cent ans. Il est juste dommage que ce message se perde dans un film trop long et qui appuie trop ses sentiments.

Au final, Bulbbul n’est pas foncièrement un mauvais film, mais il manque beaucoup de chose au métrage pour être réussi. Car si l’on enlève sa critique des coutumes indiennes et du comportement des hommes envers les femmes, le film accumule les fautes de goût. Que ce soit dans la narration éclatée un peu longuette et surfaite ou encore dans sa mise en scène qui n’arrive pas à trouver un juste équilibre dans ses tonalités, Bulbbul se perd et n’est pas non plus bien servi par ses comédiens. En bref, il s’agit d’un conte horrifique qui résonne comme un coup d’épée dans l’eau, alors qu’il aurait pu être bien plus percutant…

Note : 08/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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