septembre 28, 2020

Ma Sœur, Serial Killeuse – Oyinkan Braithwaite

Auteure : Oyinkan Braithwaite

Editeur : J’ai Lu

Genre : Thriller, Comédie

Résumé :

Korede s’est donné pour mission de protéger sa cadette envers et contre tout, et ce n’est pas une mince affaire. Non contente d’être la plus belle et la favorite de leur mère, Ayoola a aussi la fâcheuse habitude de tuer ses amants. Ainsi, au fil du temps, Korede est devenue experte pour faire disparaître les traces de sang et les cadavres. « Seulement, avec Femi, ça fait trois. Et à trois, on vous catalogue serial killer… »
Korede a une vie à mener, elle aussi : elle est secrètement amoureuse de Tade, le séduisant médecin qu’elle croise tous les jours dans les couloirs de l’hôpital où elle travaille comme infirmière. Aussi, lorsque sa jeune sœur jette son dévolu sur Tade, Korede se trouve face à un dilemme : comment continuer à protéger Ayoola, sans risquer la vie de l’homme qu’elle aime ?

Avis :

Il est très difficile de se renouveler dans le thriller, surtout dans la littérature. Il faut dire que le genre est saturé et que les sorties se bousculent au portillon. C’est d’ailleurs, peut-être, le genre le plus représenté, ou tout du moins celui qui fait le plus vendre. Pour trouver de la nouveauté, il faudra se pencher sur le cas de Oyinkan Braithwaite, une jeune nigérienne dont Ma Sœur, Serial Killeuse est le premier roman. Sorte de moment suspendu teinté de touches comiques, ce roman est un pur thriller avec une intrigue originale, mais aussi et surtout une approche assez inédite. Ici, une grande sœur sait que sa cadette est une femme fatale, et elle va tout faire pour la protéger. Et si le renouveau du thriller se trouvait en Afrique ?

La première chose qui frappe quand on prend le roman en main, c’est sa courte durée. Il ne dépasse pas les trois cents pages et les chapitres sont très courts, les plus longs faisant quatre/cinq pages pour un format poche. En faisant ainsi, l’auteure va aérer son ouvrage et ne pas forcément perdre du temps en superflu. Elle va droit à l’essentiel, ne cherche pas à tisser des intrigues secondaires et va rester sur une relation grande sœur/petite sœur durant toute la durée du roman. Pour autant, cette durée, alliée à une mise en page très épurée, va permettre d’alterner des chapitres qui parlent du moment présent, et d’autres qui s’appuient sur la passé des jeunes sœurs. Le nombre de pages n’influe pas sur l’épaisseur des personnages, qui sont complexes, même s’ils sont tous vus du point de vue de Korede, la grande sœur protectrice.

Et c’est peut-être là le seul point faible du roman, qui n’épouse que la vision d’une personne. Oyinkan Braithwaite ne se détache pas assez de son personnage principal, lui octroyant même le rôle de narratrice, et de ce fait, on ne va voir que son point de vue. Ainsi, elle se voit plutôt raide et rigide, alors que sa sœur semble être sculptée par les dieux. Elle va être hantée un temps par Femi, l’un des amants morts de sa sœur, puis elle va tomber amoureuse de Tade, un médecin de son hôpital. On reste dans quelque chose de très psychologique, mais qui manque peut-être d’un léger recul, afin de donner plus de poids à cette personne complexe qu’est Korede. Elle est très intéressante, jalouse constamment sa sœur, et sa complexité nous amène à penser qu’elle est finalement aussi fêlée que sa sœurette. Il est juste dommage de ne pas avoir inclut le point de vue de la serial killeuse, ce qui aurait pu être sympathique.

Bien sûr, le roman joue constamment sur la tangente entre cette sœur protectrice, mais finalement aussi marquée de sa sœur. Car si elle ne tue pas, elle est très méticuleuse pour cacher les preuves, mentir et faire des coups montés. Bref, en lisant le roman, on se rend vite compte que les deux sœurs ont un pet au casque. Cela se ressent bien évidemment sur les scènes de meurtre et de nettoyage, mais aussi à l’histoire d’amour brisée que vit Korede, puisque l’un de ses crushs va finir avec sa sœur. Et l’amour est clairement au centre de cette intrigue. L’amour de deux sœurs que rien ne peut séparer, et cela depuis toute petite. L’auteure va prendre le temps de présenter un passé peu rayonnant, avec un père tyrannique et violent. Ce passé va entrer en jeu dans la psyché des deux filles, marquées à vie par ce qu’elles ont vécu. Cela permet même à la jeune auteure de pointer du doigt les mariages arrangés entre de jeunes filles et de vieux nababs libidineux.

Enfin, le dernier point fort du roman, c’est sa capacité à bien mélanger les tonalités. Car si dans son fond, Ma Sœur, Serial Killeuse est un thriller tout ce qu’il y a de plus classique, les touches d’humour vont faire un bien fou. Afin de souffler un peu entre deux meurtres et un passé douloureux avec un patriarche cinglé, l’auteure nous gratifie de moments plus légers, teintés d’humour noir. Ainsi Ayoola semble complètement détachée de la notion même de vie et certaines de ses réactions prêtent à sourire. Ultra connectée, peu émotive, on est vraiment dans de la psychopathe de compétition qui fait tourner les têtes. L’auteure s’amuse avec ses deux protagonistes, elle joue avec leur relation et le résultat est gratifiant. Il y a un juste équilibre entre humour et thriller, ce qui n’est pas donné à tout le monde.

Au final, Ma Sœur, Serial Killeuse est un thriller plutôt intéressant. Relativement court et avec un format très aéré, ponctué de chapitres brefs, le roman réussit le pari d’être concis et pourtant assez profond, drôle tout en gardant une certaine noirceur dans la psychologie des personnages. Sans être un indispensable du genre, Oyinkan Braithwaite tisse un premier roman original, prometteur pour la suite et qui démonte que l’Afrique est un véritable vivier de talents.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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