octobre 26, 2020

Police – Cas de Conscience

De : Anne Fontaine

Avec Virginie Efira, Omar Sy, Grégory Gadebois, Payman Moaadi

Année : 2020

Pays : France

Genre : Thriller, Drame

Résumé :

Virginie, Erik et Aristide, trois flics parisiens, se voient obligés d’accepter une mission inhabituelle : reconduire un étranger à la frontière. Sur le chemin de l’aéroport, Virginie comprend que leur prisonnier risque la mort s’il rentre dans son pays. Face à cet insoutenable cas de conscience, elle cherche à convaincre ses collègues de le laisser s’échapper.

Avis :

Dans le paysage du cinéma français, il y a beaucoup de réalisatrices. Parmi les grandes réalisatrices, on citera Agnès Varda, Nicole Garcia, Claire Denis, Maiwenn, Catherine Breillat et bien sûr, on y trouve la grande Anne Fontaine. Réalisatrice de talent, cela fait presque trente ans qu’Anne Fontaine s’intéresse à tout et ose passer d’un style à l’autre, la comédie bien sûr, le drame, le thriller, le film historique, le biopic, la romance… Bref, la filmographie d’Anne Fontaine est assez folle et aujourd’hui, il faut rajouter à cela le drame politique.

Prévu pour Avril, le « Police » d’Anne Fontaine fait finalement l’ouverture du mois de Septembre. Après avoir fait une comédie avec « Blanche comme Neige« , Anne Fontaine nous revient cette année avec un film brut, un film froid, un film dur, et surtout un film très intéressant dans le cas de conscience sur lequel il s’arrête. « Police« , c’est l’histoire de trois flics qui vont se retrouver face à un homme et face à une décision, celle de désobéir ou pas, et de par la simplicité et le côté brut qu’a choisi Anne Fontaine, « Police » se fait très intéressant et même touchant.

Virginie, Erik et Aristide sont trois policiers parisiens. Ce soir-là, ils ont une mission qui d’ordinaire n’est pas dans leur prérogative. Cette mission ? C’est une reconduite à la frontière. Ainsi, ils doivent aller chez un homme dans un centre de rétention et le livrer à la police aux frontières de Roissy Charles De Gaulle. Même si cette mission est inhabituelle, il n’y a aucune raison pour qu’elle ne soit pas remplie, enfin jusqu’à ce qu’un doute s’installe…

Pour son nouveau film (le dix-septième quand même), Anne Fontaine n’a pas choisi de faire dans la facilité. Non, on peut même dire que la réalisatrice se lance dans un sujet bouillant, puisque « Police » aborde les expulsions d’étrangers en situation irrégulière et pose un cas de conscience à ces policiers qui se trouvent face un cas peu ordinaire. On sent déjà le sujet polémique et rien que pour cela, on peut saluer le courage de la cinéaste pour oser s’aventurer de ce côté-là. Un courage qu’on va saluer d’autant plus, parce qu’Anne Fontaine ne va pas livrer le film cliché ou moralisateur et bien-pensant qu’on pourrait voir venir. Non, son « Police » est tout autre et c’est pour cela qu’il est aussi bien.

« Police« , c’est une plongée totale dans le quotidien de trois flics. « Police« , c’est vingt-quatre heures de vie, de travail, de choix, de doutes et de certitudes. Doté d’une ambiance glaçante de réalisme, Anne Fontaine livre un film qui est à mille lieues de ce que le cinéma policier ou le cinéma dramatique offre régulièrement, et c’est ce qui fait l’un des très gros points forts de « Police« . En plus de cette ambiance, Anne Fontaine tient un scénario particulièrement intéressant. Un scénario qui va tout d’abord présenter ses personnages à travers leur point de vue, refaisant le début de leur journée, « rebootant » son film trois fois, le coupant en trois chapitres pour découvrir la même journée de trois manières différentes, ce qui donne plusieurs points de vue, plusieurs façons de penser, de faire et de vivre. Et plus, à travers ce choix, la réalisatrice nous présente donc trois personnes toutes plus différentes les unes que les autres.

S’il est vrai qu’on pourrait trouver le début un peu longuet, se disant qu’Anne Fontaine repousse le cœur de son film, il va très vite s’avérer que bien connaître ces personnages et bien les présenter va être plus que nécessaire, pour qu’une fois que la cinéaste arrive dans le fond de son sujet, une fois qu’elle s’engouffre dans ce qu’elle a envie de raconter, une fois qu’elle livre ses personnages face à ce cas de conscience, les petites longueurs du début prennent sens et apporteront plus de réalisme, de logique, de cohérence, et même de l’émotion. Anne Fontaine pose ses trois flics face à un cas dur et elle va questionner leurs doutes et leurs certitudes face à leur métier, face aux ordres et face à leur humanité.

Le tout est juste, Anne Fontaine ne tombe jamais dans la leçon de morale, et même s’il est clair que « Police » est son film le plus politique, jamais Anne Fontaine ne pointe un doigt vengeur ou dénonciateur. Non, « Police » est plein de nuances et pose simplement et brutalement ses trois personnages (qui ne sont pas tous d’accord) face à ce cas-là et on les observe.

« Police« , c’est aussi quatre comédiens de talent qui participent grandement à la réussite d’Anne Fontaine. Il est vrai qu’on peut reprocher un petit côté cliché dans certains de leurs traits, avec la femme courageuse, le râleur et borné qui penche à droite, ou encore l’humaniste, mais malgré ça, ils fonctionnent tous, ils sont tous intéressants, tous touchants à plus ou moins grande mesure et surtout, on apprécie de les suivre, de découvrir comment ils vont réagir et jusqu’où le film et l’intrigue va les emmener.

Anne Fontaine s’aventure sur des sentiers bouillants, et elle évite avec un certain brio tous les pièges dans lesquels il aurait été facile de tomber. Intéressante et juste, cette plongée dans le quotidien de ces flics, et surtout ce cas de conscience qui se met sur leur chemin, fait de « Police » l’un des films les plus intéressants de la filmographie de la grande Anne Fontaine.

Note : 14,5/20

Par Cinéted

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