octobre 1, 2020

Strange Brigade

Résumé :

Il s’agit d’un TPS coopératif dans lequel il faudra explorer des zones reculées de l’Empire Britannique ainsi que des tombeaux remplis de créatures mythologiques.

Avis :

Officier dans un genre aussi codifié que l’aventure n’est pas sans difficulté. Des figures mythiques telles qu’Indiana Jones, Allan Quatermain ou, dans le domaine vidéoludique, Lara Croft et Nathan Drake ont tôt fait d’occuper le premier plan. Il n’est donc pas forcément évident de s’en départir, au risque de sombrer dans la redite, la pâle copie ou le pastiche de bas étage. Avec Strange Brigade, on s’éloigne sensiblement de ces fondamentaux pour créer un vibrant hommage aux récits pulps et aux films d’époque qui lorgnent entre les décennies 1930 et 1940. Ce qui suggère une tonalité légère de circonstances. Une incursion dépaysante et enjouée ?

Il est vrai que l’atmosphère est particulièrement soignée et constitue le principal attrait du titre. On explore l’Égypte à travers des tableaux exotiques qui, eux-mêmes, se démarquent par des environnements verdoyants et davantage fournis en ruines et cités perdues. Bien que l’on soit amené à s’insinuer dans des tombes, on rompt sciemment avec les poncifs inhérents à un cadre désertique, fait de sable, de pyramides et de caravanes nomades. Et pourtant, Strange Brigade n’est pas avare en légèretés et autres caricatures de circonstances lorsqu’il s’agit de tourner en dérision le récit d’aventures.

Les personnages multiplient les clichés, tandis que la tonalité générale fait la part belle à l’humour et à une emphase narrative qui déclame leurs pérégrinations. En cela, le titre de Rebellion présente une réelle identité qui ne lésine pas sur les commentaires digressifs, les euphémismes et les pléonasmes. De ce point de vue, le jeu s’avère particulièrement jouissif. On apprécie même quelques allusions aux productions Universal Monsters, en particulier les films de La Momie, thématique centrale oblige. En dépit de cette ambiance léchée et ô combien dépaysante, Strange Brigade n’est pas exempt de défauts, loin s’en faut.

À commencer par la qualité de la réalisation qui se contente d’une présentation à minima des intervenants, de l’histoire et du contexte. Les introductions sont répétitives et auraient gagné à davantage de présence avec des cut-scenes entrelacées au fil des missions. On peut aussi regretter l’impossibilité de régler la taille des sous-titres, ridiculement petits et guère optimisés pour les environnements les plus lumineux. Il suffit d’un peu de sable au premier plan pour les rendre presque illisibles. Un détail qui agace, au risque de se désintéresser progressivement des commentaires emportés du narrateur. Vraiment dommage.

Mais cela n’est rien en comparaison du gameplay ; d’une redondance et d’une platitude rarement égalées. Pour rappel, Rebellion est déjà responsable de la saga Sniper Elite et de Zombie Army Trilogy. Ce dernier titre est évoqué à raison, car Strange Brigade hérite des mêmes tares dans le domaine du TPS. À croire que les développeurs se sont uniquement focalisés sur le cadre et non sur le gameplay. L’ensemble est dépourvu de subtilité et ne nécessite aucune stratégie, même lorsqu’on s’y essaye à plusieurs. Il suffit de bien occuper le terrain, dont la structure s’apparente à des arènes, avant de faire feu.

Que l’on joue en solo ou entre amis, on adopte les mêmes réflexes : viser, tirer, bouger et ainsi de suite. Dans leur grande majorité, les ennemis sont patauds et leur dangerosité tient uniquement à leur nombre. On ne parlera pas de vagues infinies, du moins dans la campagne, mais l’idée est de submerger le joueur sous des assauts constants. Malgré la variété de l’arsenal et de l’ajout de compétences propres à chaque protagoniste, Strange Brigade manque cruellement de profondeur. L’ensemble a beau se montrer dynamique, on finit par rapidement s’ennuyer, y compris dans la résolution d’énigmes faciles et mal construites.

Il est vrai que le jeu a été conçu pour le multijoueur. En cela, les parties se révèlent fun et particulièrement conviviales, le temps de quelques soirées. Les mécaniques étant très lassantes, il n’est pas certain que l’intérêt reste optimal à moyen terme, n’en déplaise à ses atours de « game as a service » qui multiplient les contenus additionnels dont l’utilité est sujette à caution. À noter que le multijoueur est uniquement accessible en ligne, ce qui sous-tend un abonnement. Cela peut paraître normal pour les plus jeunes générations, il n’en demeure pas moins aberrant de ne pas proposer un mode offline pour s’amuser à plusieurs.

La durée de vie dépend en grande partie de l’appréciation que l’on se fera. Certes, la campagne se compose de 9 longues missions qui nécessitent généralement plus d’une heure pour les accomplir, sans compter la découverte de nombreux secrets. À cela s’ajoutent les modes Hordes et Score Attack. Un contenu classique, pas inintéressant, mais loin d’être inoubliable. Face à une intelligence artificielle complètement à la ramasse, le challenge se révèle pourtant mal calibré puisque le titre se parcourt sans grande difficulté notable ; a fortiori lorsqu’on se fait accompagner d’autres joueurs.

Au final, Strange Brigade s’avance comme une révision dispensable de Zombie Army Trilogy au pays des momies. En dépit de son atmosphère particulièrement réussie et légère, le jeu de Rebellion impose un gameplay sans relief qui prône l’ultra-répétitivité. La maîtrise est immédiate, tout comme l’ennui que suggère la progression. On a beau évoquer l’importance du multijoueur dans un tel contexte, il n’en demeure pas moins que l’approche se révèle paresseuse, se reposant sur des mécaniques vieillissantes et perfectibles. Sur le fond, il en ressort un TPS médiocre, lassant et peu enthousiasmant tant il se montre simpliste.

Note : 08/20

Par Dante

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