novembre 30, 2020

L’Ange

Titre Original : El Angel

De : Luis Ortega

Avec Lorenzo Ferro, Chino Darin, Daniel Fanego, Mercedes Moran

Année : 2019

Pays : Argentine, Espagne

Genre : Thriller

Résumé :

Buenos Aires, 1971.
Carlitos est un adolescent de 17 ans au visage d’ange à qui personne ne résiste. Ce qu’il veut il l’obtient.
Au lycée, sa route croise celle de Ramon. Ensemble ils forment un duo trouble au charme vénéneux. Ils s’engagent sur un chemin fait de vols, de mensonges où tuer devient bientôt une façon de s’exprimer…

Avis :

Réalisateur argentin très peu connu chez nous, Luis Ortega est dans son pays considéré comme l’un des « jeunes » réalisateurs les plus en vue de ces dernières années. Après des études de cinéma, il signe à vingt-deux ans « Black Box« , son premier film et d’emblée, il est acclamé par la critique et le public. Depuis ce film sorti en 2002, Luis Ortega a assez peu réalisé, mais chacun de ses films n’a fait que confirmer le talent du bonhomme.

Cinq ans après « Lulu« , qui reste encore aujourd’hui inédit chez nous, Luis Ortega est de retour sur nos écrans avec « L’ange« , un film entre biopic, drame et thriller. Produit par Pedro Almodovàr, « L’ange » est un film qui a joui d’une faible distribution lors de sa sortie en salle et c’est bien dommage, car Luis Ortega nous entraîne dans un drame qui nous raconte l’histoire de Carlos Robledo Puch surnommé l’ange noir, qui entre 1971 et 1972, a assassiné pas moins de onze personnes. Il en résulte un film troublant et un drame vertigineux, esthétique, sensuel et surtout captivant de bout en bout.

Carlos a dix-sept ans, et hormis le fait que voler est dans ses habitudes et surtout qu’il est très doué pour cela, le jeune homme est un adolescent comme les autres. Carlos est un garçon aux traits fins, c’est un jeune homme dont la beauté est quasi hypnotique. Une beauté qui fait d’ailleurs que rien ne lui résiste. Un jour, il croise dans les couloirs du lycée Ramon pour lequel il éprouve un mélange entre attirance et fascination énigmatique. Les deux garçons deviennent très vite inséparables, et ensemble, ils commencent à braquer, piller et dans ce quotidien fait de crimes, Carlos se met à tuer…

On parle assez peu du cinéma venu d’Argentine et c’est bien dommage, car à chaque fois que je m’y suis aventuré, l’expérience fut excellente, assez loin des codes et des histoires qu’on a l’habitude de nous raconter. Auprès de noms comme Juan José Campanella, Carlos Sorín, Juan Solonas, ou encore Pablo Trapero, on peut aisément y ajouter le nom de Luis Ortega qui vient de livrer là un thriller et un biopic diaboliquement fascinant.

Ayant décidé de s’arrêter sur l’un des criminels les plus connus d’Argentine, le réalisateur nous entraîne dans un film riche et intense. Un film ambigu, complexe, où l’esthétisme fait qu’on comprenne très aisément qu’un certain Pedro Almodovar ait voulu ajouter son nom à la production, tant ce dernier, à bien des égards, aurait pu être réalisé par le cinéaste espagnol.

« L’ange« , c’est un visage angélique derrière lequel se trouve le diable. « L’ange« , c’est l’errance criminelle d’un jeune homme qui vit en dehors de toute réalité, un jeune homme qui n’a aucune conscience, un jeune homme dont la mort n’est qu’un détail sans intérêt.

Parfaitement écrit, ce qui frappe en premier avec cet « … ange« , c’est la qualité de son scénario et surtout la psychologie de son personnage. Luis Ortega nous présente un personnage qui est fascinant. Un personnage à la gueule d’ange qui s’entrechoque à la perversité qui peut se dissimuler derrière ces traits angéliques. Cette psychologie tient même tout l’intérêt de ce film, car si l’on regarde bien, l’intrigue en elle-même est terriblement classique, et n’est qu’un parcours criminel avant une arrestation. C’est donc ce portrait qui nous tient et nous fascine. Il y a quelque chose de dérangeant dans le portrait de ce jeune homme, qui est une ordure finie, et donc le charisme et la beauté font qu’on s’y attache et pire encore, on a en permanence envie de pousser plus loin, de voir, de découvrir jusqu’où cette douce et affreuse folie meurtrière peut aller.

Cette fascination, on la doit aussi à ce comédien extraordinaire de magnétisme que Luis Ortega nous sort de son chapeau. À dix-neuf ans, Lorenzo Ferro crève littéralement l’écran et impose un film troublant et troublé. Un personnage qui a tout de l’ange que présente son titre. Beau, attachant et terrifiant à la fois, on ne peut s’empêcher d’être fasciné par sa trajectoire, par ses choix, par le trouble de sa sexualité, l’ambiguïté de ses émotions, ou plutôt de ses non-émotions. Bref, l’acteur est une sacrée découverte et il tient un personnage fou. On restera aussi très admiratif du duo qu’il forme à l’écran avec l’excellent Chino Darín (qu’on avait découvert l’année passée dans le puissant « Compañeros » d’Alvaro Brechner, d’ailleurs si vous n’avez pas vu « Compañeros« , il faut le voir !), qui tient lui aussi un personnage tout aussi singulier, imprévisible, étrange, dérangeant et attachant.

Si « L’ange » tient un très bon scénario, on ne peut pas passer à côté de cette mise en scène inspirée. Une mise en scène dont l’esthétisme est poussée. Une mise en scène qui regorge de séquences surprenantes. Une mise en scène qui assure une plongée vertigineuse dans le Buenos Aires des années 70, photographie, décors, costumes, BO (mention pour la BO qui est bourrée de pépites rétros qu’on ne connaît pas)… Bref, tout est assuré et envoûtant. Bon, on lui reprochera toutefois d’avoir l’espace d’un petit quart d’heure un ventre mou, une sensation de tourner en rond. Heureusement, ce sentiment ne dure pas et très vite Luis Ortega nous rattrape et nous replonge dans ce parcours chaotique.

« L’ange » est donc un excellent métrage, doublé d’un excellent moment de cinéma. Entre Almodovàr et Brechner, le nouveau film de Luis Ortega est aussi dérangeant qu’il est fascinant, présentant des personnages particulièrement ambigus, pour des portraits fous et une trajectoire de vie terrifiante. Bref, le cinéma d’argentin regorge de pépites et « L’ange » est clairement l’un de ses plus belles.

Note : 17/20

Par Cinéted

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