octobre 27, 2020

He Never Died

De : Jason Krawczyk

Avec Henry Rollins, Booboo Stewart, Steven Ogg, Jordan Todosey

Année: 2015

Pays: Canada, Etats-Unis

Genre: Horreur, Comédie

Résumé :

Un reclus immortel amateur de chair humaine, mais tentant de rester sobre, est forcé de réintégrer la société à cause d’un gang de malfrats et du retour de sa fille.

Avis :

La comédie horrifique est un genre qui est très difficile à faire. Il faut dire que trouver le bon équilibre entre l’humour et les phases de peur n’est pas une chose aisée et on est souvent sur le fil avec de jeunes réalisateurs qui veulent commencer là-dedans. C’est le cas par exemple de Jason Krawczyk qui signe avec son premier film, He Never Died, une comédie horrifique qui peine un peu à convaincre et qui pourtant possède de bons atouts. Le sympathique Henry Rollins, une histoire originale, une pointe de gore, un peu de mysticisme et quelques éléments amoureux qui viennent approfondir un personnage principal mutique, on aurait pu croire que tous les ingrédients étaient réunis pour faire une bonne recette et malheureusement, le film se fourvoie en son milieu, nageant à vide pour rallonger la durée du film, sous peine de devenir un moyen-métrage. Et en moyen-métrage, le résultat aurait été excellent.

Ici, on va suivre un homme étrange, qui a deux cicatrices dans le dos et qui vit au jour le jour, se trainant dans son lit et achetant des choses secrètes à un interne en médecine. Sauf qu’un jour, cet interne se fait kidnapper et cela met en danger la vie de cet homme qui, on va l’apprendre sur le tard, commande des poches de sang pour se nourrir sans s’en prendre à n’importe quel quidam. Mais en fourrant son nez pour sauver son fournisseur, il va tomber sur un réseau mafieux pour lequel il travaillait auparavant, et ce réseau va kidnapper sa fille. Narration relativement simple pour un pitch qui n’est pas si évident que ça quand on regarde le film. Le réalisateur semble vouloir cacher beaucoup de choses aux spectateurs pour maintenir un certain suspens, notamment sur la nature même de son « héros ». Malheureusement, on va vite se rendre compte que le film se complexifie pour rien et que certaines incohérences vont venir pointer le bout de leur nez. A titre d’exemple, pourquoi ce pauvre hère va attendre toute une nuit pour partir sauver sa fille ? Pourquoi mène-t-il une enquête alors qu’il l’a entendu derrière un mur chez son ancien employé ? Le scénario manque de clarté et surtout de logique, empêchant de pleinement plonger dans le métrage.

D’autant plus que l’on va vite se rendre compte que le film tourne très rapidement à vide. A partir du moment où sa fille se fait kidnapper et le moment où il décide de mener son enquête, il se passe un long moment (toute une nuit dans le film) où le héros déambule dans les rues de sa ville et se fait fracasser ou bouffe quelques types peu fréquentables dans la rue. Cela montre le manque du héros, son mal-être et en quelque sorte sa malédiction, mais ça ne fait pas avancer l’histoire et surtout, ça met sa fille en danger, puisqu’elle était exécutée si jamais il ne venait pas le soir même aux docks. Le film se perd aussi dans une sorte d’histoire d’amour qui va mouliner sévère. Le héros se fait plus ou moins draguer par une serveuse et il n’y voit que du feu, jusqu’à ce que sa fille lui montre l’attirance de la femme envers lui. Cette relation aurait pu amener de la profondeur chez le personnage, mais l’ensemble est très lourdaud, ce n’est pas touchant, et surtout, ça manque de fraîcheur, de légèreté. Il ne suffit pas de faire une paire de blagues dans un dialogue pour faire rire ou toucher le spectateur.

Pour autant, le film partait sur de bonnes bases. Le mutisme et le « je m’enfoutisme » du héros étaient de très bonnes idées et apportent un lot de séquences impromptues plutôt cocasses. Le film joue constamment sur le caractère étrange de son personnage principal, montrant qu’il n’est pas à l’aise dans le monde des humains et que rien ne peut vraiment l’atteindre. Si on retrouvera des pics d’humour tout au long du métrage, et notamment un running gag sur les balles qu’il se retire du corps, on sent bien que l’humour est inconstant et qu’il manque de finesse par moments. Il en va de même pour les passages gores. Le film n’oublie pas qu’il doit proposer de l’horreur et on sera servi sur les morts et certains sévices. Mais si tout cela est parfois jouissif, l’ensemble manque d’impact et semble plus être là comme un passage obligé. Cependant, comme Henry Rollins fait ça avec une décontraction exemplaire, on ne peut qu’adhérer à la torture finale, même si elle reste bien gentillette.

Enfin, He Never Died possède aussi un défaut massif, sa réalisation. Premier film pour Jason Krawczyk, on sent que le budget n’est pas faramineux, notamment lors des scènes de combat qui sont souvent en hors-champ ou encore sur des passages un peu gores qui sont vite éludés ou avec du sang en CGI pas très beau. Le film ne possède pas non plus de money shot, il n’y a rien qui viendra nous titiller la rétine et c’est bien dommage car avec le background du personnage central, on aurait pu avoir des passages un peu plus mystiques. Un mysticisme d’ailleurs absent du métrage, où les thèmes abordés, vite faits mal faits, seront la paternité et ses responsabilités et le combat intérieur d’un homme maudit pour protéger les autres. Rien de bien folichon, rien de bien neuf et rien de bien exploité dans ce métrage qui se contente de saupoudrer cette quête de vengeance sans jamais y apporter un peu de piquant.

Au final, He Never Died est un film qui manque d’un peu de tout. S’il est drôle en son début, il se perd vite pour laisser la comédie sur le côté, ou tout du moins pour déliter son personnage qui va errer pendant un moment dans des ruelles sombres. L’aspect horreur manque aussi d’impact car on se fout un peu des personnages qui n’ont pas de background et l’ensemble est emballé sans génie, avec même une pointe de fainéantise. C’est dommage, il y avait pourtant matière à faire quelque chose de bien. La preuve, une mini-série était prévue sur le personnage, mais on est sans nouvelle depuis 2016 et un film nommé She Never Died a vu le jour, mais reste inédit en France…

Note : 06/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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