octobre 1, 2020

La Machine Ermetti – Roland Portiche

Auteur : Roland Portiche

Editeur : Albin Michel

Genre : Thriller

Résumé :

Mars 1938. Le physicien italien Ettore Majorana disparaît au large de la Sicile.
Avec lui, le projet secret sur lequel il travaillait depuis des années.
Automne 1955. On retrouve par miracle les notes du physicien disparu.
Elles inspirent au père Ernetti une idée folle : construire une machine à voir dans le temps. Un chronoviseur.
Sur ordre de Pie XII, le prêtre plonge deux mille ans en arrière. L’objectif est simple : prouver l’existence du Christ.
Commence alors une course folle entre le Vatican, la CIA, le KGB et le Mossad. Car ce que le père Ernetti va découvrir, en pleine Guerre froide, pourrait changer l’ordre du monde.

Avis :

Le thriller ésotérique a acquis ses lettres de noblesse avec les zones d’ombre et les énigmes qui entourent l’histoire des religions, plus particulièrement celles ayant trait au christianisme. Des best-sellers aux romans « confidentiels », le sujet ne cesse d’inspirer les auteurs ; qu’ils soient spécialisés ou novices dans le domaine. Avec la profusion d’ouvrages sortis depuis plus de vingt ans, on peut s’étonner de découvrir des incursions inédites, à tout le moins méconnues du grand public. Parmi la multitude de thématiques et de points de vue exploités, l’affaire Ernetti constitue une occurrence des plus intéressantes à appréhender.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, le présent roman s’inspire d’un fait divers. Certes, tout thriller ésotérique se doit d’avoir une base avérée (contemporaine ou historique) pour susciter la curiosité de son lectorat. Toutefois, peu d’entre eux peuvent se targuer d’évoquer le voyage dans le temps sans sombrer dans de la science-fiction bon marché. En règle générale, un tel amalgame dissimule une justification discutable et peu crédible. Or, La Machine Ernetti fait preuve d’un pragmatisme étonnant pour étayer les différents tenants et aboutissants de son concept.

Pour ce faire, l’auteur se base sur le travail scientifique d’Ettore Majorana, en particulier sur ses recherches en physique quantique et celles afférentes aux neutrinos. Le propos reste convaincant à plus d’un titre et s’appuie sur le mystère qui entoure le personnage et sa disparition inexpliquée. À proprement parler, il ne s’agit pas de voyager dans le temps, mais de le visionner à travers un appareil dénommé le chronoviseur. Un terme qui fait directement écho au chronoscope d’Isaac Asimov dans Les Cendres du passé. D’ailleurs, la référence est clairement explicite entre les lignes.

En cela, La Machine Ernetti amalgame parfaitement des personnages et des faits réels avec un contexte fictionnel. À cela s’ajoute une description géopolitique fouillée et pertinente, principalement axée sur les années 1950 et 1960. On songe à la guerre froide et à la confrontation entre l’occident et le bloc soviétique. La place qu’occupe le Vatican est également bien intégrée avec le déroulement du Concile Vatican II ou l’élection du pape Paul VI. Par cette exposition, on assimile bien la pente déclinante du christianisme et la crise de la foi qui vient justifier une tentative de renouveau pour la religion ; alors en total décalage avec son époque.

L’intrigue se révèle donc riche et dense dans ce qu’elle propose. De même, on apprécie l’orientation générale qui s’écarte d’un encensement dogmatique, mais aussi d’un sensationnalisme soutenu par quelques hypothèses farfelues. En l’occurrence, les protagonistes ne demeurent pas des témoins passifs de l’histoire. En résonnance à la théorie du chat de Schrödinger, chaque observation influe sur les évènements. S’ensuivent des considérations sur les mondes parallèles, l’infinité de potentielles réalités qui en découlent, sans oublier la malléabilité de l’histoire et des mythes véhiculés à travers les époques.

Au final, La Machine Ernetti est un thriller ésotérique de haute volée. Roland Portiche parvient à entretenir le côté énigmatique de son intrigue avec des révélations mesurées et un afflux modéré de nouvelles questions. À aucun moment, le lecteur ne se sent lésé ou frustré par un manque d’explication ou une justification facile. Bien plus qu’un roman qui malmène les dogmes du christianisme, le présent ouvrage s’interroge sur la véracité des récits historiques et religieux rédigés sous la plume subjective des auteurs. Avec une construction maîtrisée, un rythme soutenu et de subtiles allusions, l’intrigue bénéficie d’une profondeur et d’une densité du texte sous-jacente des plus surprenantes.

Note : 17/20

Par Dante

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