octobre 26, 2020

La Main au Collet

Titre Original : To Catch a Thief

De: Alfred Hitchcock

Avec Cary Grant, Grace Kelly, Charles Vanel, Brigitte Auber

Année: 1955

Pays: Etats-Unis

Genre: Policier

Résumé:

John Robie, cambrioleur assagi, goûte une retraite dorée sur la côte d’Azur. Le paysage s’assombrit lorsqu’un voleur, utilisant ses méthodes, le désigne tout naturellement comme le suspect n°1.

Avis :

Après La Loi du Silence qu’il tourna en 1953, Alfred Hitchcock va rentrer dans une sorte de frénésie créatrice en réalisant pas moins de deux films par an entre 1954 et 1955. Après Le Crime était Presque Parfait et Fenêtre sur Cour, il entame l’année 55 avec plus de légèreté et une volonté fugace de faire du policier croisé avec de la comédie. Réemployant sa muse de l’époque en la présence de Grace Kelly (troisième et dernière collaboration), il va faire sortir de sa simili retraite Cary Grant pour partir sur les rives de la Côte d’Azur avec la Main au Collet. Mélange très intriguant de film policier, de comédie et d’espionnage, ce métrage d’Alfred Hitchcock va lui permettre de montrer un nouveau faciès, une image plus agréable et moins angoissante. Pour autant, et malgré le succès du film, ses interprètes absolument magiques ou encore sa réalisation racée, La Main au Collet reste, à mon sens, un Hitchcock mineur qui n’a pas l’envergure de certains de ces autres films. Tentons d’expliquer cela.

Le scénario part d’un ancien cambrioleur qui vit des jours paisibles sur le Côte d’Azur car il s’est mis à la retraite. Cependant, son repos sera de courte durée, puisqu’un voleur utilise les mêmes moyens que lui et il est de suite soupçonné par la police française. Afin de retrouver cet imitateur, John Robie décide de reprendre les affaires pour de faux et monte un traquenard pour piéger celui qui lui fait du tour. Un peu comme à son habitude dans ces années-là, Alfred Hitchcock va insuffler de l’humour dans son métrage pour dédramatiser son intrigue, mais aussi pour poser des personnages plus attachants, plus colorés, moins effrayants. Le principal problème avec ce scénario, c’est qu’il n’est pas aussi ambitieux que d’autres films du maître et que l’on a l’impression de voir une histoire de transition entre deux gros projets. Ce qui n’est pas vrai, puisque dans la même année sortira Mais qui a Tué Harry ?, une vraie comédie policière. Cependant, pour raconter ce traquenard doublé d’une histoire d’amour, le cinéaste prend trop son temps et en oublie de faire simple dans ce genre de récit, se focalisant clairement sur la relation qui unit ses deux personnages.

Des personnages attachants, beaux et souvent drôles, mais qui manquent d’empathie. En effet, si Cary Grant est charismatique en diable et que ce rôle lui va à ravir, il a toujours ce côté suffisant, sûr de lui, qui le rend très agaçant. A ses côtés, Grace Kelly est tout simplement sublime, mais là-aussi, son personnage manque de profondeur. Fille à maman qui se donne un genre, complice de John Robie par la suite tout en gardant des soupçons sur son innocence, on reste dans les stéréotypes du réalisateur, où finalement, la femme fatale n’est pas si mortelle que ça et peut se voir comme unique faire-valoir du héros. Pour les personnages secondaires, c’est un peu la même histoire. Tout cela manque de rigueur, d’épaisseur et d’attention. Le problème, c’est qu’il y a beaucoup de personnages secondaires, à un tel point que parfois, on s’y perd. On aura droit à diverses mafias, à diverses associations de malfaiteurs qui veulent la mort du personnage de Cary Grant, mais aucun n’est vraiment remarquable, si ce n’est la douce Brigitte Auber qui est finalement le personnage le plus sympathique et le seul à avoir une bonne raison de faire ce qu’elle fait.

Si La Main au Collet doit énormément à son couple phare, il doit aussi beaucoup à la réalisation d’Alfred Hitchcock, qui va signer un véritable tournant dans sa carrière. Dès la scène d’ouverture, on va voir le grand changement, puisque l’on aura droit à une course-poursuite filmée du ciel par hélicoptère et la mise en scène respire, prenant le temps de mettre en avant les décors naturels du sud de la France. Loin du huis-clos, de la pièce de théâtre adaptée ou encore du film plus intimiste, La Main au Collet est un film qui veut en jeter et qui prend plus d’espace, plus d’ampleur. Le cinéaste va garder ses mouvements fluides de caméra, mais il va aussi  faire respirer son histoire, lui offrir des plans iconiques et plusieurs métaphores assez rigolotes. De suite, on pense au type qui débouche une bouteille de champagne en voyant Cary Grant. Le film gagne vraiment des galons dans sa direction artistique, dans sa photographie (qui remportera l’Oscar) et dans certains moments qui semblent en dehors du temps. Comment oublier cette scène avec le feu d’artifice en arrière-plan ? C’est beau, c’est doux, c’est souvent tendre, et on ne peut pas remettre ça en cause. C’est aussi un film un peu prémonitoire quant à la vie désenchantée de Grace Kelly, qui conduit à toute berzingue une voiture nerveuse dans le métrage (scène durant laquelle Cary Grant avait vraiment peur) et qui va trouver la mort dans des circonstances presque similaires quelques années plus tard.

Bien évidemment, le film a d’autres grandes qualités, notamment dans les thèmes qu’il aborde. Ici, on va parler d’un amour plus ou moins impossible, de différents gangs de voleurs qui ont des codes bien précis ou encore du délit de faciès. Et c’est là le point le plus fort du film, puisqu’on va suivre un homme accusé à tort d’un vol, tout simplement parce qu’il a eu une vie de gangster par le passé. Sans enquête, sans préliminaire, sans interrogatoire, la police veut mettre la main sur ce type dont elle est persuadée de la faute. Le problème, c’est que cela n’est pas traité de façon sérieuse. Alfred Hitchcock rentre, en 1955, dans une phase un peu badine et il va s’amuser à varier les tonalités dans ces films pour trouver un équilibre précaire et qui peut nous laisser sur le carreau. C’est un peu le cas ici, puisque certains moments sont presque gênants à force de rajouter de la comédie, comme cette rivalité puérile entre les deux nanas ou encore les quelques vannes jetées à brûle-pourpoint par le héros, le rendant plus pédant qu’autre chose.

Au final, La Main au Collet est un film intéressant, surtout sur sa forme. Il montre clairement l’évolution d’Hitchcock vers un autre cinéma, plus aéré, plus ouvert et qui comporte des extérieurs. Il montre aussi sa volonté de se diversifier dans les genres, incluant de plus en plus de comédie dans ses policiers, pour le meilleur comme pour le moins bien. En l’état, et pour beaucoup de monde, La Main au Collet a tous les ingrédients du chef-d’œuvre, mais il a des faiblesses qui sont bien visibles et surtout, il prend parfois trop son temps pour des effets pas si impressionnants que ça. Bref, il s’agit-là d’un excellent film, mais moins fort, moins prégnant qu’un Sueurs Froides ou un Fenêtre sur Cour.

Note : 16/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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