octobre 26, 2020

Sueurs Froides

Titre Original : Vertigo

De : Alfred Hitchcock

Avec James Stewart, Kim Novak, Barbara Bel Geddes, Henry Jones

Année: 1958

Pays: Etats-Unis

Genre: Thriller

Résumé:

Scottie est sujet au vertige, ce qui lui porte préjudice dans son métier de policier. Rendu responsable de la mort d’un de ses collègues, il décide de quitter la police. Une ancienne relation le contacte afin qu’il suive sa femme, possédée selon lui par l’esprit de son aïeule. Scottie s’éprend de la jeune femme et se trouve ballotté par des évènements qu’il ne peut contrôler.

Avis:

Alors qu’il est au meilleur de sa forme à la fin des années 50, Alfred Hitchcock va signer sa dernière collaboration avec son acteur fétiche du moment, James Stewart. Après La Corde, Fenêtre sur Cour et L’Homme qui en Savait Trop, le réalisateur lui offre un dernier rôle culte dans Sueurs Froides. Et ce film, quand on évoque le réalisateur britannique, est l’un des premiers que l’on cite avec Psychose et La Mort aux Trousses. Pourtant, lors de sa sortie, ce n’était pas gagné et le film fut très moyennement accueilli, aussi bien par la critique que par le public, qui ne s’est pas pressé à aller le voir en salle, et cela même s’il a dépassé son budget. Comme d’habitude avec ce genre de chef-d’œuvre, c’est avec le temps qu’il a gagné des galons et est devenu un immanquable du septième art. Adaptation libre d’un court roman français, Alfred Hitchcock, qui, par contre, n’était pas au mieux de sa forme lors de l’écriture du script (à cause d’une opération chirurgicale), a voulu parler de la mort et mettre en avant un anti-héros qui va se révéler, au fur et à mesure du film, totalement détestable. Et c’est grâce à cela, et bien plus encore, que Sueurs Froides est devenu un œuvre incontournable.

Le scénario est clairement découpé en deux temps avec un interlude au milieu. Le film débute avec un riche homme d’affaires qui demande à son meilleur ami de mener une enquête, car il pense que sa femme est possédée par son arrière-grand-mère. L’homme en question est sujet au vertige suite à un incident qui a coûté la vie à un policier, mais il accepte ce défi. Il tombe rapidement amoureux de cette femme étrange et qui semble inaccessible. Malheureusement, à cause de son acrophobie, il est incapable de sauver cette femme qui va se suicider en sautant du haut d’une tour. Après un passage dans un hôpital psychiatrique, il va retrouver une femme qui ressemble trait pour trait à celle qui a sauté. C’est avec cette histoire toute simple qu’Alfred Hitchcock va mélanger différents genres sans jamais nous perdre. Démarrant comme un film policier, Sueurs Froides va petit à petit partir vers le fantastique et l’éthéré lorsqu’il faut évoquer cette femme au comportement étrange. Après une conclusion dramatique, le film bascule alors dans une sorte de thriller psychologique machiavélique, où tous les personnages vont montrer leur vrai visage, surtout le héros qui sombre dans une folie douce et devient totalement détestable. C’est là que réside tout le talent d’Alfred Hitchcock, qui brode une première partie inédite et absente du bouquin pour donner plus d’impact à une conclusion hautement symbolique.

Comme à chaque fois avec le metteur en scène, on aura droit à un épais mystère qui peut nous perdre, mais qui distille des éléments de façon optimale afin de garder notre attention. Si le film est lent, il arrive à nous captiver par cette histoire qui prend des allures de Ghost Story et qui joue avec la morbidité des personnages. On y suit un homme esseulé, qui ne comprend pas l’amour que lui porte sa confidente et meilleure amie Midge, mais qui succombe au charme de la femme qu’il est censé protéger. Une femme perdue, inaccessible, flottante, qui va prendre des allures de spectre sur certains plans. Le réalisateur joue constamment sur la tangente du fantastique pour un mystère qui s’épaissit de minutes en minutes. Mais au-delà de ça, ce sont surtout les thématiques abordées qui restent éprouvantes pour l’époque. Outre ce sentiment de solitude qui baigne les personnages malgré la présence de la grande ville et du monde, on y trouvera une obsession pour ce qui est mort et qui est donc inaccessible. En effet, la deuxième partie du métrage (la plus intéressante à mon sens) montre un homme incapable d’aimer autre chose que ce qui n’est plus, à savoir la femme de son ami. Il va donc tout faire pour transformer une autre femme qui lui ressemble trait pour trait, devenant insistant, odieux et mettant vraiment mal à l’aise.

D’ailleurs, c’est l’autre grande force du métrage, de placer sur le devant de la scène un homme qui perd complètement pied et qui va s’avérer être un personnage répugnant. Si au départ, on aurait pu croire à un doux détective plein d’entrain et qui tente de soigner sa maladie, il va vite démontrer son vrai visage, celui d’un homme obsessionnel, hanté par un passé qui n’est plus, par un amour déchu qu’il ne verra plus et qu’il veut recréer, en dépit du bon sens et par pur égoïsme. James Stewart, alors habitué à jouer des rôles de gentils, de personnages lambda capables de se dépasser, livre ici une prestation sensationnel où il devient un sale type, jusqu’à la fin du métrage où il va maltraiter une pauvre Kim Novak. Pauvre car elle aura souffert durant le tournage, Hitchcock n’étant pas tendre avec elle, car c’était son deuxième choix d’actrice et les deux personnes ne s’entendaient pas vraiment sur les rouages du métier. Mais finalement peu importe, puisque l’actrice sera remarquable dans un double-rôle, arrivant à donner une aura particulière à cette femme en perdition, en proie à une mélancolie mortelle. Les deux acteurs sont denses, imposants et bouffent littéralement l’écran, à un tel point que l’on ne voit qu’eux.

Enfin, Sueurs Froides est une véritable réussite sur le plan de la mise en scène. Alfred Hitchock passe à la vitesse supérieure avec ce film et va trouver différents trucages pour certaines sensations qu’il a envie de donner aux spectateurs. Ainsi donc, pour créer les sensations de vertige du personnage principal, il va mélanger de techniques, le zoom tout en faisant un travelling arrière. Il en résulte une déformation de l’image qui donne vraiment une impression de vertige, de perte de repères, d’appel du vide. Ce procédé sera par ailleurs repris par Steven Spielberg dans Les Dents de la Mer, c’est dire si le procédé est devenu aussi culte que le film. Mais ce n’est pas tout, outre les mouvements de caméra gracieux si chers à Hitchcock, on aura aussi un énorme travail sur la colorimétrie. Chaque couleur est associée à un sentiment, à un thème. Par exemple, le vert sera la couleur du passé et c’est pour cela qu’à un moment donné, Kim Novak apparait dans un halo verdâtre, rappelant ainsi à James Stewart celle qu’il a aimé par le passé. Rien n’est laissé au hasard dans ce métrage, jusqu’à cette scène de folie, partagé entre moments animés et tête découpée du personnage qui perd complètement pied dans une spirale infernale. Bref, c’est du grand art.

Au final, Sueurs Froides est un véritable chef-d’œuvre de la part de Hitchcock qui trouve un parfait équilibre entre trois genres qui vont se succéder, le policier, le fantastique et le thriller. Ne perdant jamais le spectateur, ménageant parfaitement son suspens, abordant des thèmes rudes au sein d’une technique irréprochable et innovante, le célèbre cinéaste signe une pierre angulaire de son cinéma que l’on pourrait revoir des centaines de fois et toujours trouver de nouvelles choses. Bref, une œuvre riche et importante.

Note : 19/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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