septembre 28, 2020

Sherlock Holmes et le Complot de Mayerling – Nicole Boeglin

Auteure : Nicole Boeglin

Editeur : City Editions

Genre : Policier

Résumé :

En cet hiver 1889, une jeune femme se présente au 221B Baker Street. La dame de compagnie de l’impératrice Sissi vient, dans la plus grande discrétion, requérir l’aide de Sherlock Holmes. En effet, le fils de l’impératrice a été retrouvé mort dans le pavillon de chasse de la propriété de Mayerling. L’enquête officielle a conclu au suicide. Un peu vite. Holmes et Watson découvrent rapidement des indices pour le moins suspects. Qui est cette jeune femme retrouvée morte aux côtés du prince et que l’on a enterrée en secret ? Et pourquoi un tableau a-t-il été volé au moment du meurtre ? La mort du prince n’est que la partie émergée d’une vaste affaire. Sherlock va devoir faire appel à toutes ses capacités de déduction pour en démêler les fils. Surtout lorsque Moriarty, son implacable ennemi, vient le narguer dans un face-à-face mortel…

Avis :

Au même titre que les adaptations télévisuelles et cinématographiques, de nouvelles enquêtes de Sherlock Holmes surgissent à intervalles réguliers dans le paysage littéraire. Dans un style traditionnel ou détourné pour explorer d’autres genres, comme le fantastique avec Les Dossiers Cthulhu, on a autant droit à des récits maîtrisés qu’à des romans opportunistes. Outre la connotation mercantile que ces derniers suggèrent, tels que Mycroft Holmes ou Moriarty – Le Chien des d’Urberville, on s’interroge encore sur les raisons de leur publication. Si l’on peut apprécier cette passion intemporelle pour l’œuvre d’Arthur Conan Doyle, elle se révèle donc à double tranchant.

Car il ne suffit pas d’apposer le patronyme du détective à un roman pour s’approprier son univers. Pour Sherlock Holmes & le complot de Mayerling, le prétexte est similaire à bon nombre de pastiches qui, par un curieux hasard, retrouvent un manuscrit perdu du docteur Watson. Les justifications avancées demeurent toujours les mêmes : des implications qui rendaient la sortie de l’ouvrage impossible à l’époque des faits. « Le monde n’est pas encore prêt ». À vrai dire, l’on tremble d’avance, mais pas pour les raisons que souhaite imposer l’auteure. À savoir : une enquête hors du commun qui sous-tend des conséquences cataclysmiques à l’échelle mondiale. Rien que ça !

D’emblée, on se heurte à un style décousu, incapable de bien équilibrer les phases de description et de dialogues. Les premières sont jetées négligemment sur le papier, tandis que les secondes sont d’une platitude effarante. Au-delà d’échanges d’une rare prévisibilité, l’ensemble manque clairement de vie, et ce, à plusieurs niveaux. Pour rester dans ce domaine, on nous dessert des laïus interminables qui ressemblent davantage à un cours d’histoire et de politique qu’à une véritable enquête policière. Cette propension didactique se retrouve aussi dans le cadre où l’on dépeint des tableaux sous le prisme d’anecdotes historiques et des évènements clefs qui ont marqué les lieux.

Le ton est surfait et ne cesse de multiplier les clichés inhérents à l’empire autrichien et, plus précisément, à Vienne. Cela se confirme également dans l’appropriation du duo Holmes/Watson. Dans cet ouvrage, le médecin se cantonne à un rôle de faire-valoir qui se manifeste par des réparties maladroites. Quant au détective du 221B Baker Street, il pâtit d’un caractère édulcoré. Là encore, on doit se contenter des caricatures de circonstances. L’aspect taciturne du personnage est exagéré et ses piètres investigations pratiques se résument à observer le plus rapidement possible les lieux à l’aide de sa fameuse loupe. Bref, tout semble avoir été fait dans la précipitation.

En ce qui concerne l’enquête, on touche à une indigence presque totale. Les tenants ne sont guère intrigants, tandis que la progression générale est d’une rare redondance. Exception faite d’une ou deux séquences d’action très mal représentées, le récit se réduit à de multiples allers-retours pour interroger les témoins. Aux questions et aux réactions similaires, il faut aussi compter sur l’absence réelle d’éléments concrets pour étayer des pistes ou faire avancer l’histoire. Et l’un des plus gros reproches que l’on puisse faire à ce livre est de délaisser les capacités de déduction de Sherlock Holmes au placard ou comment saboter l’essence même de ce type d’ouvrage.

Il est vrai que dans certaines enquêtes, il fait part de ses observations uniquement lorsqu’il est sûr de toucher au but. En cela, la démarche reste louable pour éviter des conclusions trop hâtives et entretenir le suspense. De même, le lecteur est en mesure d’élaborer sa propre théorie. Or, ici, cet exercice brille par son absence. Le cheminement logique et intellectuel du détective privé est inexistant ; au mieux évasif, y compris dans l’exposition d’un dénouement à l’emporte-pièce. On nous inflige une justification alambiquée, une multitude d’informations, des mobiles, des coupables et des témoins. Mais en aucune manière, on ne nous explique les indices ni les moyens qui ont permis d’arriver à pareil résultat !

On pense toucher le fond, mais ce constat se focalise sur un seul aspect du roman. En effet, l’enquête de Holmes et Watson n’occupe qu’une moitié poussive du récit. Qu’en est-il du reste en sachant que le livre excède difficilement les 250 pages en gros caractères ? En guise de remplissage, l’auteure choisit de développer à outrance la correspondance contemporaine (les années 1990) alors qu’elle aurait simplement dû faire office d’entame. D’un quotidien lénifiant à quelques élans de « courage » pour poursuivre d’autres investigations, l’inutilité de cette seconde partie se dispute à l’ennui. Le rapprochement est douteux à plus d’un titre et trahit un manque d’inspiration flagrant.

Au final, Sherlock Holmes & le complot de Mayerling tient autant de la farce opportuniste que de l’imposture. Simpliste et complaisante, l’histoire se montre répétitive, presque mensongère. On songe à cette quatrième couverture qui spolie la présence de Moriarty. De manière impromptue, ce dernier ne survient pourtant que dans les ultimes pages. L’absence de structures impose des chapitres anarchiques (parfois très longs ou très courts) et des coupes de séquence maladroites et affligeantes. Incapable de générer le suspense ou même de construire une intrigue policière correcte, Nicole Boeglin saccage l’œuvre holmésienne avec une écriture médiocre. Elle préfère d’ailleurs délaisser Holmes et Watson pour se complaire dans un récit épistolaire miteux et stérile. Dire qu’une suite est en chantier…

Note : 04/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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