octobre 28, 2020

L’Infirmière – Au Secours du Cinéma

Titre Original : Yokogao

De : Kôji Fukada

Avec Mariko Tsutsui, Mikako Ichikawa, Sosuke Ikematsu, Mitsuru Fukikoshi

Année : 2020

Pays : Japon

Genre : Thriller, Drame

Résumé :

Ichiko est infirmière à domicile. Elle travaille au sein d’une famille qui la considère depuis toujours comme un membre à part entière. Mais lorsque la cadette de la famille disparaît, Ichiko se trouve suspectée de complicité d’enlèvement. En retraçant la chaîne des événements, un trouble grandit : est-elle coupable ? Qui est-elle vraiment ?

Avis :

Dans la nouvelle scène du cinéma japonais, Kôji Fukada est l’un de ses réalisateurs les plus importants. Sorti diplômé d’une école de cinéma en 1999, le cinéaste fait ses armes au début des années 2000, entre animation, court-métrage, et même un premier long-métrage totalement autoproduit à hauteur de deux mille euros. Depuis le milieu des années 2000, chaque nouveau film de Kôji Fukada impose le cinéaste sur la scène internationale et dans le cœur des cinéphiles et autres amateurs de cinéma japonais.

Trois ans après « Harmonium« , Kôji Fukada est de retour dans nos salles avec « L’infirmière« , un drame fort et puissant tenu par une actrice ô combien magnétique. Beau, profond, calme, tout en retenu, terrible et soigné, « L’infirmière » est le genre de film qui est très classique en un sens, et qui pourtant, malgré cela, est si bien tenu qu’il a tendance à s’installer en nous. Ici, Kôji Fukada sonde l’âme humaine, pour ne pas dire l’âme japonaise, avec un récit torturé et d’une profonde tristesse. On ne ressort pas de « L’infirmière » de la même manière qu’on est entré en salle. Au fur et à mesure que cette histoire tragique se dévoile, le metteur en scène japonais nous met une petite claque et démontre qu’on peut faire classique et puissant.

Cela fait quelques années qu’Ichiko s’occupe d’une vieille femme qui habite dans une maison familiale. Ichiko est heureuse dans son travail et elle est très appréciée des gens chez qui elle œuvre, au point qu’on pourrait même dire qu’elle fait partie de la famille. Pourtant, tout ceci va changer quand l’une des filles de la famille disparaît, car peu après, Ichiko est suspectée d’avoir tout orchestré.

Dixième film pour Kôji Fukada qui démontre encore une fois toute l’étendue de son talent avec un drame bien plus rude qu’il n’en a l’air. Avec « L’infirmière« , le réalisateur japonais nous revient avec une intrigue qui, sur le papier, et même à l’image, est assez classique, et dans un sens, elle va même être assez prévisible. Une jeune fille est enlevée, et l’infirmière de la famille deviendra aux yeux de la presse suspecte. L’est-elle vraiment ? Ou la vérité est-elle plus sordide et plus réelle ? Dans les grandes lignes, avec cette intrigue, il est vrai que « L’infirmière » n’apporte pas grand-chose de neuf, car cette trame, ce schéma, on l’a déjà vu pas mal de fois et pourtant, et c’est là tout le talent de son réalisateur, c’est qu’avec cette matière de départ Kôji Fukada va livrer un drame puissant et surprenant. Un drame terrible dans bien des sens, qui s’aventurera sur bien des chemins.

Doté d’un scénario malin et touchant, « L’infirmière« , c’est l’histoire d’une suspicion qui va tout ravager sur son passage. « L’infirmière« , c’est un film qui est parfaitement implanté dans notre époque. Une époque que son réalisateur analyse avec un œil sévère. Une époque qui peut détruire des vies en quelques secondes, avec quelques mots, quelques sous-entendus qui laissent planer non pas un doute, mais une culpabilité d’office, alors que tout est bien plus trouble que ça. « L’infirmière » tiendra alors son ton, son doute et son analyse jusqu’à sa fin et dans son magnifique décor. La seule ombre qu’on trouvera au tableau, c’est finalement le fait que Kôji Fukada étire un peu trop son film sur la fin. Si le final est aussi puissant que troublant, les dix minutes qui le précède résonnent comme une hésitation, comme si le réalisateur ne savait pas trop comment amener ce final.

« L’infirmière« , c’est un film qui jouit d’un très joli cachet. Franchement, Kôji Fukada livre là un film magnifique, où tout est poussé au sublime. La mise en scène est soignée, les cadres, la photographie, les images, les mouvements, l’ambiance qui se dégage, la façon dont le réalisateur crée cet effet boule de neige, la façon dont il fait basculer son film dans le tragique, alors même qu’on sait que tout ceci va se produire. La façon dont Kôji Fukada monte son film en « flashback » de manière très classique est terriblement efficace. Bref, toute cette mise en scène assure, envoûte et démontre parfaitement le talent narratif de son réalisateur qui sait comment nous emporter dans son drame.

Enfin, que dire de cette actrice qui est incroyable ! Mariko Tsutsui est ici absolument renversante dans la peau de cette infirmière trouble et touchante. Puissante de bout en bout de film, l’actrice crève tout simplement l’écran. Actrice connue et reconnue au Japon, actrice à la filmographie conséquente, avec « L’infirmière« , Kôji Fukada nous la fait découvrir et nous l’impose et l’on ne peut que l’en remercier.

« L’infirmière » est donc une belle petite claque que nous offre le cinéaste japonais. Tragique et tout en retenue, Kôji Fukada nous entraîne dans un film qui avait tout du déjà vu, et pourtant le réalisateur a su tenir son intrigue, et surtout, il a su nous tenir, nous secouer, et même nous toucher. Bref, Entre « Les Blagues de Toto« , « Greenland« , « Just kids » ou encore « Bigfoot family« , « L’infirmière« , le nouveau film de Kôji Fukada est assurément le film de la semaine !

Note : 17/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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