octobre 31, 2020

L’Homme qui en Savait Trop

Titre Original : The Man Who Knew Two Much

De: Alfred Hitchcock

Avec James Stewart, Doris Day, Daniel Gelin, Brenda de Branzie

Année : 1956

Pays : Etats-Unis

Genre : Thriller

Résumé :

En vacances au Maroc avec sa femme et son fils, le Dr McKenna fait la connaissance d’un Français qui sera assassiné sous leurs yeux le lendemain de leur rencontre. Quelques jours plus tard, leur fils a été enlevé. Ils vont devoir mener leur enquête.

Avis :

Durant les années trente et avant son départ pour les Etats-Unis, Alfred Hitchcock avait une sacrée carrière en Angleterre. Cependant, à ses débuts, le réalisateur n’était pas forcément très content de ses films et il avait envie d’en refaire certains pour leur donner une image plus belle, une mise en scène plus grandiloquente, à l’image de l’intrigue. En 1934, il réalisa alors la première version de L’Homme qui en Savait Trop. Dans les années 40, Alfred Hitchcock est en contrat avec le producteur David O. Selznick et ce dernier songeait déjà à un remake, mais la relation entre les deux hommes n’étant pas au beau fixe, cela ne se fit jamais. Il faudrait alors attendre 1956 pour que le cinéaste se lance dans cette nouvelle mouture avec son acteur fétiche, James Stewart. Il en résultera un très grand film qui aujourd’hui encore n’a pas pris une ride et fascine malgré un scénario convenu.

L’histoire débute au Maroc où la famille McKenna prend des vacances après un congrès de médecine à Paris. Le couple et leur enfant font la rencontre d’un autre couple avec qui ils vont partager un moment. Alors que tout ce petit monde se balade dans le souk de la ville, un homme se fait poignarder dans le dos et à juste le temps de glisser des informations capitales à l’oreille du médecin. Mais le temps de faire une déposition au commissariat, son fils est enlevé. S’engage alors une course contre la montre pour retrouver le fiston et empêcher un attentat qui doit se dérouler à Londres. Nous faisons donc face à un pitch assez simple, un homme qui ne fait aucune histoire détient une information importante et son fils se fait alors enlever comme monnaie d’échange pour son silence. Mais derrière cette histoire sordide, Hitchcock va tisser des liens nébuleux entre une entreprise terroriste et un jeu politique qui pourrait très bien voir le jour aujourd’hui. Le film s’amuse à nous perdre en même temps que ses personnages et distille au compte-goutte des informations pour faire avancer l’intrigue qui va s’obscurcir de plus en plus, pour par la suite révéler tous ses secrets.

Malin comme un singe et manipulant à merveille le thriller, Alfred Hitchcock va jouer avec nous et avec nos nerfs. Car très clairement, ce qui fait la force de ce récit, c’est la personnalisation des personnages et surtout de ce pauvre couple qui se retrouve dans un complot qui les dépasse complètement. Un couple lambda, touchant, aimant et qui s’attire rapidement toute notre empathie. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’Hitchcock arrive à rendre ce couple un peu huppé attachant. Les relations entre le mari et sa femme sont simples, douces et même si on y voit un peu trop le machisme du réalisateur avec un homme qui prend la parole pour sa femme un peu trop souvent, le fait est que tout cela marche et que l’on va tomber amoureux de ce duo. D’autant plus qu’il est tenu par un James Stewart impeccable, comme à son habitude, et qui semble être le parfait acteur pour jouer les type lambda qui se retrouve dans des situations impossibles, et une Doris Day merveilleuse, pleine d’émotions et qui va nous tirer les larmes lorsqu’elle va apprendre le kidnapping de son fils. Il faut d’ailleurs noter que le film aura l’oscar de la meilleure chanson originale grâce à la performance vocale de l’actrice, qui est tout d’abord chanteuse.

Avec ce film, le cinéaste britannique va s’amuser à brasser plusieurs thèmes importants. Tout d’abord, il évoque la théorie du complot et la puissance de certains groupuscules qui veulent faire tomber le pouvoir établi. On ressent le côté sectaire des anarchistes et pourtant, Hitchcock va insuffler une certaine humanité chez un personnage féminin pourtant froid au départ. Outre ce thème fort, on va aussi explorer la vie d’un couple plutôt connu, puisqu’elle est chanteuse et que lui est médecin. De ce fait, ils doivent tenir une certaine prestance et le réalisateur va s’amuser à glisser quelques touches d’humour dans son métrage, notamment quand des amis de sa femme arrivent à l’improviste et qu’il passe un coup de fil important pour retrouver son fils. Ici, il faut continuer à être poli, à avoir une certaine élégance, malgré le drame qui se joue. Le film joue alors sur l’étiquette et son absolu inutilité. Enfin, le film joue aussi sur la relation mère/fils, une osmose qui va se retrouver sur la fin du métrage, quand l’enfant entend la comptine de sa mère. Cela rajoute un côté à l’ensemble, le cinéaste maniant parfaitement la tension et la douceur.

Enfin, le gros point fort de ce film, c’est qu’Alfred Hitchcock aère un peu sa mise en scène et lui donne une grandiloquence qu’on ne lui connaissait pas forcément. Nous ne sommes plus dans le huis-clos comme La Corde ou Fenêtre sur Cour, mais dans un film qui va faire voyager ses personnages et qui va donner de l’ampleur à la caméra. La scène la plus emblématique reste celle du concert qui va durer plus de huit minutes sans aucune parole, juste la musique et les émotions figées des acteurs sur le meurtre à venir. On aura droit à des plans larges qui ne sont pas forcément habituels chez le cinéaste et cela donne une vraie dimension au film, comme si Hitchcock était passé à la vitesse supérieure d’un point de vue de la mise en scène. Alors certes, on est loin de l’expérimentation de La Corde qui est un faux plan-séquence, mais L’Homme qui en Savait Trop se veut plus puissant dans ses images, plus gargantuesque.

Au final, L’Homme qui en Savait Trop est un excellent film d’Alfred Hitchcock, voire un très grand film dans la carrière du réalisateur. Doté d’une intrigue prenante et qui nous balade aisément, d’une mise en scène inspirée et grandiloquente portée par une musique sublime, mais aussi d’acteurs impliqués dont les performances sont parfaites, ce film est un petit chef-d’œuvre qui mérite amplement son statut et qui va n’être que le gros démarrage de la carrière du réalisateur aux Etats-Unis.

Note : 18/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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