octobre 21, 2020

Balle Perdue

De : Guillaume Pierret

Avec Alban Lenoir, Nicolas Duvauchelle, Ramzy Bedia, Stéfi Celma

Année : 2020

Pays : France

Genre : Action

Résumé :

Petit génie de la mécanique, Lino est réputé pour ses voitures-bélier. Jusqu’au jour où il se fait arrêter pour un braquage qui tourne mal. Repéré par le chef d’une unité de flics de choc, il se voit proposer un marché pour éviter la prison. 9 mois plus tard, Lino a largement fait ses preuves. Mais soudain accusé à tort de meurtre, il n’a d’autre choix que de retrouver l’unique preuve de son innocence : la balle du crime, coincée dans une voiture disparue.

Avis :

Le cinéma français. Rien qu’en lisant ces mots, certains lecteurs sont déjà en train de cliquer ailleurs car, il faut le dire, le cinéma français n’a pas forcément bonne presse. Et pourtant, il regorge de pépites, dans tous les genres, pour qui se donne les moyens de sortir de sa zone de confort et de faire le curieux. On a tous cette image des comédies potaches de Dany Boon ou les drames larmoyants et dépressifs que l’on peut voir dans le circuit indépendant, et malgré tout, on arrive à faire d’autres styles de film. La preuve avec Balle Perdue, disponible sur Netflix depuis le mois de Juin et qui lorgne du côté de l’action. Premier film de Guillaume Pierret, on peut dire que le jeune cinéaste s’est donné de grandes ambitions et c’est tant mieux. Tant mieux car c’est le genre de cinéma que l’on veut plus voir en France. C’est le genre de cinéma qui manque cruellement dans les salles obscures. C’est le genre de cinéma qui, bien malheureusement, fait peur aux exploitants de salles et c’est incompréhensible. Néanmoins, malgré tout le bien que l’on pense de la diffusion de ce film, même sur Netflix, Balle Perdue n’est pas dénué de défauts, loin de là.

Le film débute avec un casse. Lino customise une vieille bagnole et fonce dans une bijouterie pour aider celui qu’il considère comme son petit frère. Mais Lino se fait arrêter et va passer plusieurs mois en taule. Il sortira pour aider une unité de policiers qui essaye d’arrêter des go fast. Mais rapidement, Lino va découvrir que l’unité est infiltrée par deux flics ripoux et cela déclenche une cascade de violence. Balle Perdue est un film très simple qui ne perd pas de temps dans son scénario. Un mécano qui fait une connerie, qui va se repentir, et qui va devenir la cible de flics ripoux. C’est clair, net et précis et il n’en faut pas plus pour livrer un petit film d’une heure et demie qui pense tout d’abord à l’action. Une action parfaitement maîtrisée et qui va mettre en avant des cascades signées Manu Lanzi et des courses-poursuites plutôt haletantes. Guillaume Pierret fait un très bon boulot de mise en scène. Les bagarres sont plutôt pêchues, les personnages ne sont pas infaillibles et on laissera de côté les sentiments. Malheureusement, c’est de là que va venir le gros point faible du film.

Prônant une action presque non-stop, le film en oublie complètement ses personnages et les émotions qu’ils doivent véhiculer. La première chose qui frappe, c’est que l’on ne sait jamais vraiment comment s’appellent les personnages. Le nom de Lino arrive vachement tard et certains membres de l’unité de police ne sont pas du tout présentés. On pense bien évidemment à Nicolas Duvauchelle, Stéfi Celma ou encore Sébastien Lalanne. Ces personnages manquent de background, manquent d’épaisseur et on ne pourra pas vraiment s’attacher à eux ou les détester. Et là, je ne parle même pas des personnages secondaires qui sont considérés comme des personnages fonctions, avec un seul but. Si l’action est rondement menée, le film manque d’émotion et ce n’est pas la romance entre Lino et Julia, expédiée manu militari sur la fin qui va nous faire quelque chose. Encore moins la relation tendue entre les deux flics ripoux ou celle de Lino et Quentin.

Le film manque aussi de densité. C’est-à-dire que s’il est généreux en action et tente de changer la vision que l’on peut avoir du cinéma français, il manque de percussion, de liant entre les scènes et subit parfois des baisses de régime. Prenons un exemple tout simple, la bagarre dans le commissariat. Elle est bien fichue, elle peut même paraître drôle, mais elle manque de punch, de peps et souffre de la comparaison avec certains films asiatiques plutôt récents qui offrent des scènes similaires mais avec plus de souffle. Il en va de même avec le rythme global du métrage. Si on ne s’ennuie quasiment jamais, le film souffre d’une cadence en dents de scie. Il faut à chaque fois relancer l’intrigue, et cela se fait avec des dialogues pas toujours justes, pas toujours fins et qui ne sont là que pour combler quelques trous scénaristiques ou expliquer les gestes des flics ripoux. C’est vraiment dommage car Balle Perdue avait vraiment tout pour réussir. Notamment un casting vertigineux.

Comme à son habitude, Alban Lenoir est totalement impeccable dans son rôle et il donne tout ce qu’il a, physiquement parlant. C’est vraiment un acteur qui a de la gueule, de la poigne et qui porte à bout de bras des projets qui veulent faire bouger le cinéma français. Mais à ses côtés, c’est un peu la douche froide. Ramzy Bedia n’est pas du tout crédible dans son rôle, tout comme Nicolas Duvauchelle qui n’arrive pas à articuler deux mots. Le pire sera Sébastien Lalanne, monolithique au possible, sans aucun relief ni effort pour jouer un rôle quelconque. Reste Pascale Arbillot qui beugle un peu et Stéfi Celma qui fait ce qu’elle peut avec ce qu’elle a. Et c’est là que l’on voit que les personnages manquent d’épaisseur, car même les acteurs, pourtant très bons habituellement, se vautrent complètement ici. Même l’excellent Rod Paradot se perd dans un personnage pénible.

Au final, Balle Perdue nous laisse le cul entre deux chaises. Il s’agit d’un film qui essaye de faire bouger les choses dans le paysage du cinéma français, qui met en avant un savoir-faire indéniable dans l’action. Mais malgré sa mise en scène dynamique, le premier métrage de Guillaume Pierret oublie de mettre en avant des personnages empathiques et un scénario un peu plus touffu pour vraiment nous emballer. En l’état, ce premier film n’est pas désagréable, et il faut encourager ce genre de cinéma, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut le porter aux nues, car il possède de nombreux défauts sur lesquels il est difficile de tirer un trait.

Note : 12/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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