décembre 4, 2020

Mais qui a Tué Harry?

Titre Original : The Trouble With Harry

De: Alfred Hitchcock

Avec Edmund Gwenn, John Forsythe, Shirley MacLaine, Mildred Natwick

Année: 1955

Pays: Etats-Unis

Genre: Comédie

Résumé:

Des coups de feu, un talon de chaussure, une bouteille, un cadavre et une pléiade de suspects. Un cadavre avec une blessure à la tête est retrouvé dans les collines du Vermont. Miss Graveley pense alors que c’est elle qui a tué l’homme en le frappant avec le talon de sa chaussure parce qu’il l’avait agressée, le Capitaine Wiles pense également être l’auteur du crime car il chassait ce matin-là. Enfin Jennifer croit reconnaître Harry, son époux, qu’elle avait repoussé en lui donnant un coup de bouteille sur la tête. Chacun va alors tenter de dissimuler le meurtre qu’il pense avoir commis. Mais est-ce réellement un meurtre ?

Avis:

Entre 1951 et 1954, Alfred Hitchcock va être très prolifique dans son travail et fournir pas moins de quatre films pour trois chefs-d’œuvre, dont deux en 1954, Le Crime était Presque Parfait et Fenêtre sur Cour. Fort de ce succès, Universal, avec qui il est en contrat, souhaite revoir au plus vite un autre thriller du réalisateur. Mais ce dernier va surprendre tout le monde en voulant mettre en scène une comédie. Sa femme, qui chapeauté un peu tout à l’époque, lui propose de lire un scénario où un cadavre va semer la zizanie auprès de quatre personnes, qui ne vont faire qu’enterrer et déterrer le corps. Si les studios sont un peu frileux, ils ne peuvent rien refuser au réalisateur qui est une manne sûre d’entrées dans les salles obscures. De ce fait, c’est dans ces circonstances inattendues que sort Mais qui a tué Harry? Et le résultat est relativement intéressant, dans le sens où le maître du suspense démontre qu’il est capable d’autre chose, et même si ce film est assez mineur dans la carrière du cinéaste, il s’agit d’un bon moment qui permet aussi à Shirley MacLaine de se découvrir.

L’histoire est assez simple. Un ancien capitaine part dans les bois pour chasser et tire trois coups. Il touche alors une boîte de conserve, un panneau et retrouve un cadavre. Alors qu’il le traine par les pieds pour le cacher, une femme lui tombe dessus et l’invite à manger, lui promettant de garder son secret. Alors qu’il reprend son activité, il doit vite se cacher en laissant le cadavre au sol, car une mère et son enfant arrivent et celle-ci semble se réjouir de la mort de cet homme. Puis c’est au tour d’un homme lisant un livre en marchant de littéralement tomber sur le cadavre sans en faire cas. L’affaire commence à prendre de l’ampleur lorsque un peintre en mal de reconnaissance va lui aussi tomber sur le cadavre, le peindre, aider à son enterrement, puis tomber follement amoureux de la jeune maman célibataire qui se réjouissait de la mort de cet homme. Mais entre les remords de cacher une vérité, une découverte qui pourrait innocenter le chasseur et un adjoint de la police qui fait des excès de zèle, tout ce petit monde n’est pas sorti de l’auberge. Et c’est sur ce pitch très simple et assez drôle qu’Alfred Hitchcock va baser son histoire. Et c’était un pari très risqué, car tout le sel de l’humour consiste à enterrer et déterrer un cadavre plusieurs fois, pour diverses raisons, jouant constamment sur les remords de chacun ou sur les hypothétiques scénarios inventés pour innocenter tout ce petit monde qui va créer des liens indéfectibles.

Et c’est peut-être là tout le sel du film, de faire connecter des individus qui n’ont rien en commun, mais qui vont se découvrir et évoluer au fil des minutes. Prenons l’exemple de ce pauvre chasseur débonnaire, soi-disant ancien capitaine de bateau, vieux garçon endurci, qui va trouver l’amour et devenir un doux agneau perclus de remords. Il va alors se lier d’amitié avec une vieille fille qui va se révéler au fur et à mesure de l’histoire, pour devenir moins timide, plus accessible et raconter son terrible secret. Ces deux personnages vont tisser un lien invisible relativement fort et vont se révéler être très touchant. Il en va de même pour John Forsythe, insupportable de suffisance au départ, artiste fauché et prétentieux qui ne veut pas vendre ses œuvres alors qu’il cherche la reconnaissance. Il va alors devenir un homme altruiste pour cacher le corps et tomber amoureux d’une maman célibataire, ouvrant son cœur par amour, mais aussi par amitié. Enfin, difficile de ne pas évoquer la superbe Shirley MacLaine dont le rôle reste plus mystérieux, jouant une femme presque inaccessible et qui va, petit à petit, se dévoiler et enlever ce masque pour laisser parler ses sentiments. Et que dire de son fils, un gamin surdoué, très drôle et qui va donner des leçons de vie aux adultes avec un simple lapin mort.

Dans ce film, Alfred Hitchcock va pouvoir peaufiner sa mise en scène. Si certains plans peuvent faire paraître le film pour un policier comme il a eu l’habitude de nous montrer  l’époque, comme pour L’Ombre d’un Doute, il va néanmoins réussir à y inclure des pointes de comédie qui fonctionnent à plein régime. Le plan avec les chaussettes du cadavre, la fin avec le cadavre dans la baignoire où chacun met la main à la pâte pour faire le coup monté, le petit garçon et son lapin mort qui fait des échanges, le coup du cadavre qui rentre et sort de terre pour diverses raisons. Autant de situations qui démontrent tout le talent du metteur en scène pour créer une sorte d’osmose entre deux genres pourtant, à l’époque, assez distincts. Comme toujours, on retrouve un aspect très théâtral dans le film, avec des décors qui reviennent et des plans assez statiques, mais c’est aussi ce qui fait le charme de ce métrage, assez simple, et qui évite toute sexualisation, même dans la relation entre William Forsythe et Shirley MacLaine, montrant une volonté de la part du réalisateur de faire un film plus tout public.

Au final, Mais qui a tué Harry? est une comédie policière plutôt drôle et rondement menée par Alfred Hitchcock. Si le film reste en deçà de ce qu’a proposé le maître auparavant, notamment par son principe même qui est assez simple, le célèbre réalisateur arrive à maintenir un joli suspens mais surtout à créer quatre personnages très attachants, qui ressemblent à tout le monde et qui vont tisser des liens indéfectibles et finalement très touchants. Bref, un bon film, différent dans la filmographie du réalisateur.

Note: 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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