octobre 21, 2020
BD

La Guerre des Mondes

Auteur : Thilo Krapp

Editeur : Jungle

Genre : Science-Fiction

Résumé :

En 1894, des astronomes sont témoins d’étranges activités à la surface de Mars, comme des éclairs ou des explosions de gaz incandescent. Des météores venant de la planète rouge se dirigent bientôt vers la Terre. Des cylindres s’écrasent et libèrent des engins mécaniques contrôlés par des créatures tentaculaires installées à l’intérieur. Ces tripodes, armés de leur rayon ardent et d’un gaz toxique appelé  » fumée noire « , se dirigent vers Londres en désintégrant tout sur leur passage. L’armée britannique réplique. Mais rapidement, la lutte tourne à l’avantage des envahisseurs. Commence alors une fuite dans un monde ravagé…

Avis :

C’est en 1898 que survient la première publication d’un récit de science-fiction qui va bouleverser le genre, La Guerre des Mondes. Ecrit par H.G. Wells, le roman va encore exister à travers les âges et connaître diverses interprétations, que ce soit au cinéma, en littérature ou dans le neuvième art, la bande-dessinée. Il faut dire que pour son époque, l’histoire est très en avance sur son temps et en 1938, Orson Welles en fait une lecture radiophonique qui va semer un vent de panique au sein des anglais. Forcément, après des films comme celui de Steven Spielberg ou des relectures et suites plus ou moins officielles, La Guerre des Mondes continue d’attiser la curiosité. Le problème aujourd’hui, c’est de savoir si on a encore des choses à dire dessus, des éléments qui restent obscurs ou encore des thématiques que l’on n’avait pas vu ou qui trouvent une résonance particulière aujourd’hui. Thilo Krapp est un auteur de bande-dessinée (pas que) allemand qui voue un culte à l’histoire de H.G. Wells et qui fut frappé par la lecture d’Orson Welles. Après plus de vingt ans de recherches et d’étude sur le sujet, il décide alors d’en faire une BD destinée aux plus jeunes. Et Jungle ne s’y est pas trompé en publiant cet ouvrage en France, car même si on reste dans quelque chose de très classique et de très fidèle au roman, c’est aussi une bonne porte d’entrée dans la SF pour les plus jeunes.

L’histoire, tout le monde la connait. Nous sommes en 1894, à Londres, des évènements se produisent sur la planète Mars et très rapidement, des cylindres s’abattent sur le pays et déciment une bonne patrie de l’Angleterre. A bord des cylindres, des extraterrestres qui ressemblent à des poulpes et qui semblent bien décidés à venir vivre sur notre planète. S’ensuit alors une course pour sa survie, pour fuir ces êtres maléfiques et dotés d’une technologie bien plus avancée que la nôtre. Avec cette bande-dessinée, Thilo Krapp suit scrupuleusement le roman de H.G. Wells, choisissant de raconter la fuite d’un homme (et de son frère sur un court chapitre) pour survivre et de montrer comment l’Angleterre tente de combattre ces aliens. Du point de vue du récit, c’est assez linéaire et on sera guère surpris par le déroulement des évènements, surtout si on connait le roman ou les adaptations cinématographiques. L’auteur reste sur de bonnes bases solides pour livrer une histoire dynamique, haletante, qui ne s’arrête que pour quelques rencontres et des discussions autour de thématiques bien précises.

En effet, on aura droit à plusieurs réflexions sur l’être humain à travers cette invasion. On pourra y voir le dévot de Dieu qui ne va pas forcément vivre longtemps, les femmes qui se font agresser et qui vont devoir faire confiance au héros qui les sauve d’un mauvais pas. On aura aussi droit au soldat qui s’en sort mieux que les autres. Alors bien évidemment, il ne faut pas y voir une histoire anticléricale et pro-militaire, bien que l’on voie dans ce récit l’absence d’un sauvetage divin et que seule la technologie et notre immunité peut nous sauver. H.G. Wells se révèle pragmatique et Thilo Krapp suit ce schéma, évitant au plus jeune des sujets trop sensibles ou bien trop complexes à comprendre. Cependant, il ne prend pas les enfants pour des débiles pour autant, restant très franc du collier quand il faut montrer des morts ou la destruction des envahisseurs. On retrouve des tripodes armés de laser qui vont cramer des dizaines de personnes d’un coup, mais aussi des extraterrestres proches de la pieuvre, qui ne font preuve qu’aucune empathie. Ainsi donc, l’histoire se révèle très dure par moment et est parfaitement mise en image, jouant de façon pertinente entre horreur, folie et passages plus calmes pour relancer une intrigue à travers diverses rencontres.

Au niveau du dessin, Thilo Krapp possède un trait particulier qui colle parfaitement à l’image « littérature jeunesse » et à la ligne éditoriale de Jungle. Outre le fait que ce soit relativement lissé et propre, la bande-dessinée bénéficie d’une colorisation très chaude, rendant de grandes planches presque accueillantes alors que le danger rôde avec les tripodes aliens. Cette dichotomie fonctionne parfaitement, car on sait à qui s’adresse la BD, mais aussi qu’elle peut être violente dans un sens, avec ces explosions et ces visages carbonisés par les flammes. Le seul gros problème, c’est que finalement, les phases de tension sont totalement amoindries par le dessin trop enfantin. A titre d’exemple, vers la fin, lorsque le héros se retrouve bloqué dans une maison écroulée et que les tentacules du tripode cherche à attraper quelqu’un on n’a peur, on n’a pas la tension qui nous prend aux tripes et c’est bien triste car c’est l’un des moments pivots de l’œuvre. Cela n’enlève en rien la qualité du dessin, bien entendu.

Au final, La Guerre des Mondes de Thilo Krapp aux éditions Jungle est une bonne porte d’entrée pour les enfants et les jeunes adultes dans le monde d’H.G. Wells et plus globalement dans une science-fiction qui a posé les bases de ce que l’on connait aujourd’hui. Sans être un incontournable, sans être une totale réussite, ce one-shot se lit pourtant comme du petit lait et permet même de rentrer dans l’intimité artistique du dessinateur, qui propose à la fin un joli petit carnet de croquis.

Note : 14/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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