décembre 4, 2020

Madre – Sans le Fils

De : Rodrigo Sorogoyen

Avec Marta Nieto, Jules Porier, Alex Brendemühl, Anne Consigny

Année : 2020

Pays : Espagne, France

Genre : Drame

Résumé :

Dix ans se sont écoulés depuis que le fils d’Elena, alors âgé de 6 ans, a disparu. Dix ans depuis ce coup de téléphone où seul et perdu sur une plage des Landes, il lui disait qu’il ne trouvait plus son père. Aujourd’hui, Elena y vit et y travaille dans un restaurant de bord de mer. Dévastée depuis ce tragique épisode, sa vie suit son cours tant bien que mal. Jusqu’à ce jour où elle rencontre un adolescent qui lui rappelle furieusement son fils disparu…

Avis :

Quand on pense au cinéma espagnol, on pense très souvent à Almodóvar, à Álex de la Iglesia, à Fernando Trueba, à Jaume Balagueró, à Bigas Luna, à Oriol Paulo, à Luis Buñuel, à Alejandro Amenábar ou encore à Juan Antonio Bayona. Parmi tous ces noms et bien d’autres encore, qui sont des valeurs sûres, on peut désormais compter celui de Rodrigo Sorogoyen. Le réalisateur de trente-huit ans est arrivé sur nos écrans en 2017 avec son deuxième film, « Que Dios Nos Perdone« , un thriller dur et hypnotique. D’emblée, le cinéaste nous a tapés dans l’œil et il n’a fait que confirmer l’essai si l’on peut dire avec deux ans plus tard « El Reino« , un thriller politique prenant et très, très addictif.

Alors que Le Pacte s’apprête à sortir d’ici quelques mois « Stockholm« , le premier film de Rodrigo Sorogoyen, le cinéaste espagnol nous revient un an après « El Reino » pour un film diablement différent et pourtant tout aussi brillant. Loin du thriller politique, loin du thriller criminel, avec « Madre« , Rodrigo Sorogoyen nous plonge dans un film lourd, étouffant et en même temps, extrêmement touchant. Un film où une mère de famille voit sa vie bouleversée quand son enfant se fait kidnapper et ce qui va rendre « Madre » brillant, c’est qu’alors qu’on pourrait connaître ce genre de film par cœur, Rodrigo Sorogoyen va nous entraîner dans un film à l’opposé de ce que l’on aurait pu s’imaginer.

Il y a dix ans de cela, Elena recevait un coup de téléphone de son petit garçon de six ans, seul sur une plage. Depuis, ce petit garçon a disparu et Elena a quitté Madrid pour vivre près d’Hendaye en France, avec l’espoir fou d’un jour retrouver son fils. Elena n’a plus vraiment de vie, on peut dire qu’elle survit comme elle peut. Un matin, sur la plage, au pied du restaurant dans lequel elle travaille, elle croise Jean, un adolescent en vacances dans la région, et ce dernier, même si elle sait bien que ce n’est pas son fils, le lui rappelle énormément.

Il n’aura fallu que deux films pour que Rodrigo Sorogoyen s’impose (et encore, on n’a pas encore pu voir son premier film qui tarde à arriver chez nous), et cette troisième incursion dans le cinéma du réalisateur confirme encore une fois, si besoin est, tout le talent que le metteur en scène espagnol peut avoir. Avec ce quatrième film, Rodrigo Sorogoyen se réinvente encore une fois, explorant d’autres sentiers, prenant des risques, tout en parsemant aussi son film de ce qui a fait son style, sa patte, et les thématiques qui lui sont chères.

En 2016, juste après « Stockholm« , et avant de faire « Que Dios Nos Perdone » le cinéaste a réalisé un court-métrage qui fut même nommé aux Oscars. Ce court-métrage s’appelle « Madre » et il est ce qui est aujourd’hui l’impressionnante scène d’ouverture de ce long-métrage. Conscient que son court-métrage fera une grande scène d’ouverture de film, Rodrigo Sorogoyen, sa productrice et son actrice principale, ont alors tout fait pour que l’histoire d’Elena soit prolongée et quatre ans après ce court-métrage, nous y voici, et le résultat, comme je le disais plus haut, est de très, très grande qualité et surtout, il nous offre un film qui est à mille lieues de ce que l’on aurait pu imaginer avec un sujet de départ pareil.

Après deux thrillers assez fous, avec « Madre » et son ouverture glaçante, Rodrigo Sorogoyen a voulu s’aventurer dans quelque chose de plus simple, de plus tendre et de plus intimiste et ainsi, il avait l’idée de raconter la vie d’Elena dix ans après la disparition de son fils.

« Madre« , c’est un film au scénario riche et complexe, un scénario qui est douloureux, pesant, un scénario où son personnage principal est détruit et hanté par le plus grand drame d’une vie, celui de la perte d’un enfant et ici, on parle de le perdre au sens le plus proche du mot. Que faire et comment vivre après le drame de ne pas savoir où son enfant peut être, et s’il est vivant ou mort ? Comment vivre et au-delà de ça, comment espérer ? Pire encore, peut-on encore espérer ? Rodrigo Sorogoyen nous entraîne au plus près de son personnage. Il va lui faire rencontrer un jeune parisien en vacances et à travers cette rencontre improbable, le réalisateur, qui est aussi le scénariste de son film, va encore amplifier son récit.

Avec cette rencontre, « Madre » va se faire tendre et beau, et l’idée de parfois parsemer le film de petites touches d’humour ici et là va faire beaucoup de bien, car Rodrigo Sorogoyen réussira aussi malgré tout ceci à rendre sur l’ensemble, ce récit encore plus dur et douloureux qu’il ne l’était déjà, tant la psychologie de son personnage est poussée loin dans ses retranchements.

Ce mélange entre tendresse et douleur rend donc « Madre » captivant et très émouvant, Rodrigo Sorogoyen sachant parfaitement doser et rythmer son film, passant d’un sentiment à l’autre et parfois en une scène. Bon, il faut dire aussi que le réalisateur a su savoureusement s’entourer, avec en tête d’affiche une actrice éblouissante, Marta Nieto, qui tient un rôle d’une très grande complexité et la comédienne livre une grande prestation. Une prestation sur le fil du rasoir du début à la fin, passant par toutes les palettes d’émotions possibles. Face à elle, Rodrigo Sorogoyen nous étonne avec un casting français auquel on ne s’attendait pas à trouver ici. Si on saluera Anne Consigny, Frédéric Pierrot ou Guillaume Arnault, c’est bien le jeune Jule Porier qui crève l’écran dans la peau de ce jeune homme conquis et fasciné par cette femme perdue. Après « Marvin ou la belle éducation » et « Play« , il ne fait nul doute qu’on tient là l’un de nos plus beaux espoirs.

Passant donc à autre chose, explorant d’autres chemins, tout en gardant aussi bien dans sa mise en scène que dans son scénario cette précision, cette démesure, et ce cinéma qu’on aime chez Rodrigo Sorogoyen, avec « Madre« , le cinéaste espagnol nous rend accro encore une fois, ne cessant de nous surprendre avec son histoire, avec sa mise en scène, avec ses personnages et avec les relations qui les unissent ou les désunissent. Puissant, dur, riche, tendre, douloureux, drôle parfois, ce nouveau drame que nous offre Rodrigo Sorogoyen touche énormément, et surtout, il confirme encore une fois que l’on a bel et bien à faire ici à un très grand réalisateur qui va nous faire encore maintes fois vibrer !

Note : 16/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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