Les Aventures d’Arthur Gordon Pym et Histoires Extraordinaires – Edgar Allan Poe

Auteur : Edgar Allan Poe

Editeur : France Loisirs

Genre : Fantastique

Résumé :

Le destin d’Edgar Poe, mort à 40 ans, fut à l’instar de certains de ses personnages, intense et court. Mais ses écrits, précurseurs du genre fantastique sont immortels.
Baudelaire, séduit par ce « frère » poète maudit et mal aimé, par la souffrance belle et esthétique des Histoires extraordinaires, sera le génial traducteur des écrits de Poe. Jules Verne, lui, subjugué donnera une suite au seul roman de Poe, Les aventures d’Arthur Gordon Pym et l’appellera Le sphinx des glaces.
Amateurs d’intrigues policières, d’aventures dépassant l’entendement, il est temps pour vous de plonger dans l’univers troublant, parfois cruel, toujours fascinant de l’homme au chat noir.

Avis :

Dans le domaine du fantastique classique, entre la fin du XIXème siècle et le début du XXème, l’évocation de certains auteurs donne la chair de poule. On pense bien évidemment à Lovecraft, mais aussi à Edgar Allan Poe qui, aujourd’hui encore, fait fantasmer de nombreux fans et des scénaristes de cinéma. A un tel point que des films quasi biographiques ont vu le jour. Bon, certes, ces films sont souvent mauvais, à l’image de L’Ombre du Mal de James McTeigue, mais le fantôme de l’écrivain plane toujours au-dessus de nos têtes. Né en 1809 à Boston, Edgar Allan Poe va voir une vie tumultueuse. Il perd ses parents très tôt, il est recueilli par la famille Allan et il va souvent être en désaccord avec son père adoptif sur ses choix de carrière. Une relation qui va plus ou moins évoluer au fil du temps et permettre au futur écrivain de sortir de l’armée et de devenir poète à temps plein. Un métier risqué dans lequel il n’aura quasiment pas de succès de son vivant, hormis sur Le Corbeau, qu’il publiera en 1845, quatre ans avant sa mort prématurée dans la misère la plus totale. Une misère qu’il devra à son alcoolisme et son échec à tenir un journal, déposant le bilan moins d’un an après son acquisition. Mais finalement, qu’importe cette vie de bohème et de douleur quand on passe à la postérité avec des écrits qui, aujourd’hui, on conquit un large public. Revenons donc sur certains écrits, traduits par Charles Baudelaire, dont Les Aventures d’Arthur Gordon Pym, qui connaîtra un flop monumental lors de sa sortie en 1838.

Et la première chose qui frappe quand on rentre dans cet ouvrage, c’est la difficulté de lecture. En effet, le mélange des récits très explicatifs d’Edgar Allan Poe à la plume poétique de Charles Baudelaire rend l’ensemble assez compliqué d’accès. Dès que l’on rentre dans Les Aventures d’Arthur Gordon Pym, on se rend vite compte que l’aventure va être longue, malgré sa courte durée. L’auteur va prendre le temps d’expliquer toutes les parties d’un bateau ainsi que leur fonction, et Charles Baudelaire d’apporter en plus des éléments explicatifs en petites notes, en bas de page. On va donc y voir un jeune personnage se faufiler dans la soute d’un bateau, y vivre difficilement, approcher la mort, puis survivre à différentes avaries, mutineries et autres naufrages. Bien évidemment, il y a aura des moments un peu dérangeants, comme la partie sur le cannibalisme pour survivre, ou encore ce passage gênant et un brin raciste quand ils arrivent sur une île avec des autochtones pas très sympathiques. Si l’aventure est au rendez-vous, le style est pompeux, souvent pénible quand il cite des navigateurs, emploie un vocabulaire scientifique et précis sur les éléments du bateau ou sur la navigation et on se retrouve souvent à lire sans comprendre, si l’on ne verse pas un peu dans la marine. Pour faire bref, cette entrée en matière est fastidieuse, même si l’on retrouve des éléments fantastiques intéressants, qui inspireront par la suite un certain Lovecraft, notamment sur le Tekeli-li.

Parmi le reste de l’ouvrage, c’est-à-dire Les Histoires Extraordinaires, on va avoir à boire et à manger et finalement, tout cela se recoupe bien avec la première histoire. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il y a des nouvelles qui sont vraiment excellentes et ménagent particulièrement bien leur suspens, et puis il y en a d’autres qui sont incompréhensibles, qui partent dans des délires métaphysiques où Edgar Allan Poe tente d’expliquer des sujets psychiques comme la raison, la mort ou encore le progrès. La fin de l’ouvrage, avec quelques moments théâtrales sont d’un ennui profond et demeurent très pénibles à lire. Puissance de la Parole, Colloque entre Monos et Una ou encore Conversation d’Eiros avec Charmion sont autant d’exemples de moments lénifiants à travers desquels l’écrivain tente d’expliquer des choses comme le progrès ou encore la mort, mais de façon détournée en s’appuyant sur de longues phrases dont on perd rapidement le sens. D’autres récits, plus conventionnels, sont aussi assez lourds de par leurs descriptions pointilleuses d’une montgolfière ou d’un bateau. Le Canard au Ballon ou encore Aventure sans Pareille d’un Certain Hans Pfaal sont autant de descriptions que de moments longs, voire même pénibles, sortant le lecteur d’une expédition pourtant extraordinaire, surtout pour l’époque, car ce Hans Pfaal part tout de même pour la lune. Alors bien évidemment, en recontextualisant à l’époque de l’écrivain, cela reste avant-gardiste, mais c’est aussi pesant, malheureusement.

Fort heureusement, on retrouve dans ce recueil d’excellentes nouvelles, et notamment de grands classiques comme La Chute de la Maison Usher, qui est toujours aussi baroque et terrifiant, Le Chat Noir qui est très efficace ou encore Double Assassinat dans la Rue Morgue, un exemple d’intrigue policière qui joue avec aisance avec un homme au sens aiguisé de l’observation. D’ailleurs, on retrouvera une nouvelle avec les deux mêmes personnages, La Lettre Volée, qui est plus courte, mais tout aussi excellente. L’auteur fascine aussi par sa propension à dépeindre des images glauques dans un récit inéluctable. Par exemple, Le Masque de la Mort Rouge est une allégorie à la peste et reste effrayant dans son déroulement et dans sa finalité. Une fin nihiliste que l’on retrouve présente dans de nombreux autres récits, comme La Barrique d’Amontillado où l’auteur devient un tueur de sang-froid, Le Diable dans le Beffroi et son antagoniste vil et perfide ou encore Le Portrait Ovale et son peintre assassin. Là encore, l’auteur est en avance sur son temps et propose des histoires qui trouveront leurs lettres de noblesse après sa mort. A noter que l’on trouve aussi une paire de récits étranges, qui font penser à des fables de La Fontaine, comme Lionnerie par exemple.

Au final, ce melting pot complet des œuvres d’Edgar Allan Poe résonne comme un incontournable pour tous les fans de gothique et même d’horreur, et cela même si l’entièreté de ce recueil ne concerne pas que l’épouvante. Mélange de tous les classiques de l’écrivain traduits par Charles Baudelaire, ce livre peut être passionnant comme il peut être ennuyant, notamment sur de courts textes volubiles et pénibles à la lecture, moins connus et plus difficiles d’accès. En bref, un ouvrage à conseiller pour tous les fans.

Note : 15/20

Par AqME

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