Le Mystère des Balles Fantômes

Titre Original : Xiao Shi de zi Dan

De : Chi-Leung Law

Avec Nicholas Tse, Lau Ching-Wan, Xiang Bin, Hei-Yi Cheng

Année: 2012

Pays: Chine, Hong-Kong

Genre: Action, Thriller

Résumé:

Dans une fabrique de munitions près de Shanghai, deux détectives enquêtent sur une série de meurtres attribuée au fantôme d’une ouvrière tuée lors d’une séance de roulette russe. Malgré les impacts, aucune balle n’est jamais retrouvée sur les scènes du crime. Pour élucider le mystère, l’inflexible duo va devoir déjouer le sombre complot qui se joue entre le patron de la fabrique et le chef de la police.

Avis :

Qu’il soit présenté dans un contexte contemporain ou historique, le policier est un genre particulièrement fourni en enquêtes criminelles et en concepts plus ou moins marquants. Les approches sont multiples et, pour espérer se distinguer de la masse, il est essentiel d’apporter un minimum d’originalité. Un duo détonant, un protagoniste qui sort de l’ordinaire, des méthodes d’investigation novatrices… Les idées ne manquent pas et donnent parfois naissance à des figures mythiques et intemporelles telles que Sherlock Holmes. Si le personnage d’Arthur Conan Doyle est ici évoqué, c’est qu’il occupe une importance fondamentale dans Le Mystère des balles fantômes.

Le métrage de Chi-Leung Law (déjà responsable de Koma) ne se cache guère de ses références. Et pour preuve, l’enquêteur Song Donglu emprunte les mêmes méthodes de déduction que le détective privé britannique. Son pragmatisme de façade dissimule une curiosité et une rigueur qui s’appuient sur les faits et l’observation pour mener les affaires qui lui sont confiées. Bien plus qu’une approche théorique, il n’hésite pas à reproduire les scènes de crime pour valider ou infirmer les hypothèses qu’il étaye. Comme son homologue britannique, il se montre peu sociable et uniquement intéressé par les relations humaines à des fins professionnelles.

Dénuée de toute fantaisie, la prestation de Lau Ching-Wan demeure complémentaire à celle de Nicholas Tse, dont le personnage ne renvoie pas pour autant au docteur Watson. Il s’avance plutôt comme un ersatz de son collègue, déjà convaincu par l’importance des déductions dans le traitement intellectuel qu’impose toute enquête. Bien qu’il démontre des aptitudes évidentes pour suivre des travaux similaires, il se distingue par des compétences au tir et au combat plus affûtées. On dénote peu de divergences de points de vue pour se focaliser sur une saine collaboration.

À ce titre, on a également droit à des intervenants secondaires soignés dans leur présentation. Ils ne font pas office de remplissage et apportent une contribution notable à l’avancée des investigations. De même, on apprécie cette reconstitution historique où les repères ne sont pas forcément bien établis. Bien entendu, le rapprochement avec la fin du XIXe siècle et le plein essor de la Révolution industrielle reste évident. À ce titre, une majeure partie de l’action se situe au cœur d’une fabrique de munitions. Certaines occurrences laissent néanmoins penser à la période des années 1920, comme on a pu la découvrir avec Big Brother ou encore Le Grand magicien.

Dès lors, l’intrigue se distingue par un rythme emporté et un déroulement intéressant dans son évolution. L’écheveau pour tenter de démystifier des faits apparemment insolubles s’avère plutôt bien construit et se pare de nombreuses petites subtilités. Rien d’insurmontable pour un public amateur rompu à un tel exercice, mais maîtrisé dans ses fondamentaux et la science de la déduction. Chaque séquence présentée n’est pas gratuite et possède son importance dans la résolution finale. Toutefois, les efforts consentis se heurtent à des handicaps de taille pour pleinement adhérer au film ou même à son orientation.

Si l’approche est clairement la réponse hongkongaise à Sherlock Holmes, elle est surtout le reflet des adaptations de Guy Ritchie. La photographie est propre, mais renvoie constamment au Londres victorien au lieu d’appuyer le contraste avec l’architecture chinoise et la culture asiatique. Il n’y a qu’à considérer les panoramas de la ville voisine de Shanghaï pour retrouver les toits de Londres. Mais cela n’est rien en comparaison de la réalisation calquée sur son modèle anglo-saxon. Jusque dans les ralentis et la manière de présenter la séquence en question, l’explosion finale plagie le passage similaire de Sherlock Holmes – Jeu d’ombres.

Cela se confirme aussi dans la bande-son. Même si celle-ci reste trop discrète, le thème original renvoie à la rythmique des compositions de Hans Zimmer. À ce stade, il est difficile de distinguer l’aspect ultra-référentiel du pillage éhonté. Pour enfoncer le clou, le dénouement tente de complexifier inutilement l’intrigue par un dernier retournement de situation. Cette ultime révélation a beau être plausible, elle n’en demeure pas moins un épilogue poussif qui ne s’embarrasse guère d’explications fouillées. Bien amenées, celles-ci auraient pu offrir une seconde lecture appréciable. Il en ressort une pâle confrontation qui se contente d’évoquer une scène culte de Voyage au bout de l’enfer.

Au final, Le Mystère des balles fantômes aurait pu s’avancer comme une incursion singulière et distrayante dans le domaine du policier historique. Dans sa majeure partie, l’intrigue reste plaisante à suivre et bien construite. Les personnages sont bien campés et la période est retranscrite avec soin. Toutefois, le film de Chi-Leung Law ne parvient à aucun moment à se départir de ses références, quitte à lorgner dangereusement vers le plagiat. Cela ne tient pas forcément à la présence d’un enquêteur aux capacités de déduction dignes de Sherlock Holmes, mais plutôt à une mise en scène sans imagination qui pille les idées de Guy Ritchie sans autre forme de procès. En dépit de certaines qualités, un métrage qui manque cruellement d’identité.

Note : 12/20

Par Dante

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