octobre 28, 2020

Germinal

De : Claude Berri

Avec Gérard Depardieu, Renaud, Judith Henry, Miou-Miou

Année : 1993

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

Sous le Second Empire, Etienne Lantier, un jeune chômeur devenu mineur, découvre dans le Nord de la France la misère des travailleurs…

Avis :

Claude Berri est l’un des réalisateurs contemporains les plus imposants de la fin du siècle dernier. Surnommé le dernier Nabab, Claude Berri c’est « Le cinéma de Papa« , « Tchao Pantin« , « Manon des sources« , « Jean de Florette« , « Lucie Aubrac« , « Le maître d’école » ou encore « Germinal« . Bref, une filmographie qui tient bien des trésors et encore je n’ai cité que ses plus connus, Claude Berri ayant laissé derrière lui pas moins de vingt-trois films et l’on ne parlera même pas de ses productions.

Après « Uranus« , une comédie dramatique sur fond de fin de guerre 39/45, Claude Berri se lance alors dans une adaptation d’Emile Zola, pour un tournage et un film démesuré, le plus cher de l’histoire du cinéma Français à son époque et le succès fut au rendez-vous, puisque le film attira un peu plus de six millions de spectateurs, ce qui en fait le troisième film à plus grand succès de son réalisateur (juste après « Jean de Florette » et « Manon des sources« ) et surtout, il en résulte que presque trente ans après sa sortie en salle, « Germinal » reste une œuvre phare et un classique du cinéma français. Personnellement, j’avais vu le film de Claude Berri adolescent, et il fut gros choc à l’époque, mais je dois dire aussi que j’étais sûrement passé à côté de beaucoup de choses et à l’heure de la redécouverte, « Germinal » s’impose vraiment comme un grand moment de cinéma. Un moment puissant, un drame social poignant, une révolte tristement passionnante, « Germinal » est un sacré morceau de cinéma !

Vers la fin du XIXe siècle, Étienne Lantier est un homme d’une trentaine d’années qui cherche du travail. Un matin, très tôt, il arrive à la mine de Le Voreux, où il se fait engager comme mineur. Il y fait la connaissance de Maheut et sa famille avec qui il se lie d’amitié. Étienne y fait aussi la connaissance d’un monde à part, celui des mineurs, du travail où une lampe équivaut au soleil, où la suie rend les gueules noires et détruit les gens de l’intérieur. Un monde dangereux, et surtout un monde de misère où il est très difficile de gagner décemment sa vie. Bref, un monde difficile, terrible et surtout fragile, n’attendant qu’un prétexte pour exploser…

Avec « Germinal« , Claude Berri s’est fait très ambitieux et le résultat est là, son film demeurant un poids lourd du cinéma français qui est encore et toujours un film démesurément passionnant. « Germinal« , c’est une plongée totale dans le nord de la France, dans les exploitations des mines de charbon. Claude Berri peint ici le portrait d’hommes et de femmes qui descendaient sous terre pour quelques francs. Résolument social, tenant parfois des propos et des réflexions qui sont encore et toujours d’actualité, comme les différences sociales, la lutte des classes, le patronat, les employés mal payés, les actionnaires, la misère, « la naissance du syndicalisme », les grèves. Bref, autant de problèmes que l’on retrouve dans notre société actuelle, ce qui peut pousser à la réflexion, surtout après l’année passée.

S’étalant sur deux heures quarante de métrage (Berri avait prévu au départ une version de trois heures quarante, mais le film fut coupé), « Germinal » est un film qui est passionnant de bout en bout. Doté d’un scénario détaillé, minutieux, complexe, qui ose aller au bout de son sujet, sans jamais pourtant tomber dans le misérabilisme, Claude Berri nous offre une fresque sociale épique. Une fresque violente qui installe cette dernière petit à petit, résonnant comme une bombe à retardement. La révolte est là, et elle n’attend qu’une étincelle pour tout embraser.

Séparé en trois grandes parties, Claude Berri prend le temps de tout raconter, de poser son contexte, son époque, ses personnages. Il prend le temps de raconter les mines, le travail, sa difficulté, sa dangerosité. Il prend le temps de décrire la condition, les payes, les injustices, la concurrence, les incompréhensions, les choix. « Germinal » est riche, dense, et justifie parfaitement les deux heures quarante qu’il dure. J’aurais même été très curieux de voir l’heure coupée tant cette version passe bien vite.

Pour donner vie à ses gueules noires, Claude Berri s’est parfaitement entouré. « Germinal« , c’est avant tout le premier grand rôle de Renaud. Berri ne voulait personne d’autre que le chanteur, et il l’a courtisé pendant près de trois ans avant que Renaud finisse par accepter le rôle et cela aurait été dommage, car le chanteur y est excellent de bout en bout. À ses côtés, on retrouve l’immense Gérard Depardieu, on trouvera Miou-Miou qui est bouleversante. On trouve aussi Jean Carmet, Laurent Terzieff, Anny Duperey et Frédéric Van Den Driessche. « Germinal« , c’est aussi Jean-Roger Milo, Judith Henry et Thierry Levaret qui s’imposent comme de très belles révélations.

Super production française, « Germinal« , c’est cent-soixante millions de francs et ça se voit à l’écran. Immense, épique, fou pourrait-on dire, doté d’une reconstitution fabuleuse et de décors impressionnants, Claude Berri aura été jusqu’à faire reconstruire une mine sur un champs de betteraves, le réalisateur nous plonge totalement dans son film, il nous enferme dans l’horreur des mines, il nous touche avec cette révolte, il nous passionne avec ce rythme qui fait s’osciller parfaitement les moments quand le film se doit d’être intimiste (toutes les scènes en famille sont merveilleuses) et quand il se doit être démesuré et violent. Claude Berri a travaillé son ambiance et surtout la tension qui ne fait que grandir au fur et à mesure, comme je le disais plus haut, le film est une bombe à retardement, et Berri nous le fait sentir à chaque instant.

Excellent, cruel, bouleversant, immersif, terrible, « Germinal » signé Claude Berri est vraiment un film fabuleux. On peut même dire que le film est une sacrée claque tant le morceau de cinéma est imposant. Claude Berri nous tient pendant deux heures quarante. C’est grandiose, spectaculaire, épique, étouffant parfois et c’est réaliste, d’ailleurs le film vole tranquillement sur ses trente ans, et il n’a pas pris une ride. En un mot, c’est un classique.

Note : 18/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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