Filles de Joie – Le Plus Vieux Métier du Monde

De : Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich

Avec Sara Forestier, Noémie Lvovsky, Annabelle Lengronne, Nicolas Cazalé

Année : 2020

Pays : Belgique, France

Genre : Drame

Résumé :

Axelle, Dominique et Conso partagent un secret. Elles mènent une double vie. Elles se retrouvent tous les matins sur le parking de la cité pour prendre la route et aller travailler de l’autre côté de la frontière. Là, elles deviennent Athéna, Circé et Héra dans une maison close. Filles de joie, héroïnes du quotidien, chacune se bat pour sa famille, pour garder sa dignité. Mais quand la vie de l’une est en danger, elles s’unissent pour faire face à l’adversité.

Avis :

Cinéaste belge, Frédéric Fonteyne a fait ses armes à l’institut des arts de diffusion, réalise plusieurs courts-métrages entre la fin des années 80 et le début des années 90. En 1998, il sort son premier film, « Max et Bobo« , puis l’année suivante, « Une liaison pornographique« , film avec Nathalie Baye et Sergi Lopez qui le fera remarquer à Venise. Par la suite, Frédéric Fonteyne réalisera « La femme de Gilles« , puis « Tango Libre« , film pour lequel il va travailler pour la première fois avec Anne Paulicevich, qui était alors l’actrice principale de son film.

« Filles de joie » est le cinquième film de Frédéric Fonteyne et c’est sa première coréalisation. Initialement prévu début Avril, « Filles de joie » a réussi à se frayer un chemin pour arriver dans nos salles obscures le jour de la réouverture et l’on peut aisément dire qu’une réouverture de salles avec un petit film comme celui-ci entre autres, ça fait plaisir. Abordant un sujet qui est loin d’être facile, celui de la prostitution, le duo Fonteyne/Paulicevich nous entraîne dans une comédie dramatique pleine de finesse, d’intime, de solidarité et surtout, « Filles de joie » est un acte courageux de la part des deux cinéastes qui offrent là une plongée dans ce monde, à travers le regard cru et sans tabou de ces ouvrières du sexe.

Axelle, Dominique et Conso sont trois femmes d’âges, d’origines et de situations sociales différentes. Axelle est mère célibataire de trois enfants et essaie tant bien que mal de gérer sa vie. Dominique est mariée, elle aussi est mère. Elle habite un joli pavillon de banlieue. Quant à Conso, elle vit au jour le jour, attendant de pleinement s’installer avec son amoureux, Kevin. Ces trois femmes que tout oppose, ont pourtant quelque chose en commun, car tous les matins, elles se retrouvent sur un parking, traversent la frontière France/Belgique et une fois la frontière passée, elles deviennent Athéna, Circé et Héra pour une maison close.

La prostitution féminine, vaste sujet et surtout sujet difficile et casse-gueule et pourtant, c’est bien ce dernier qu’ont choisi d’aborder Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich. Ici, les deux réalisateurs ont voulu peindre le portrait de ses filles de joie, et si leur film est imparfait, s’il y a beaucoup de choses à en dire, il reste néanmoins un film intéressant, car il adopte un bon point de vue.

Une double vie, des problèmes à gérer dans leur quotidien, le sexe, la parole, le choix, le métier, les clients, sont autant de sujets que « Filles de joie » va aborder à travers ces trois femmes. On pourra reprocher au film de ne pas trop oser s’aventurer dans les chambres avec les clients, ce qui est pourtant le principal de leur métier. De ce côté-là, le film reste très léger, ce qui est dommage, car ce dernier aurait mérité d’être plus développé tant on sent qu’il y avait plein de choses à dire ou à raconter (un peu comme Bertrand Bonello l’avait fait avec son Apollonide, souvenirs d’une maison close).

On peut lui reprocher aussi de s’éparpiller notamment avec le suspens de cette scène d’ouverture qui finira par être prévisible au possible, et même poussive, tant le film aurait très largement pu se passer de cet élément tragique. Mais malgré ces éléments-là, « Filles de joie » restera un film qui intéresse et pique notre curiosité jusqu’au bout. À travers leur scénario, le duo peint avec beaucoup de nuances ces trois femmes, leur vie et leur double vie. Les portraits sont aussi touchants qu’ils peuvent parfois nous amuser, puis on appréciera beaucoup le fait que ces réalisateurs ne jugent pas leurs personnages. Non, ils nous présentent ces femmes avec leurs défauts et leurs qualités, leurs peines, leurs joies, leurs parcours… Bref, ils nous les présentent simplement et justement.

Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich posent aussi un joli regard sur la prostitution. Un regard qui sonne là encore juste. Un regard qui n’hésite pas à se faire aussi intime que parfois cru, et cela, sans jamais tomber dans la vulgarité ou la provocation, ce qui rend le film encore plus intéressant.

On notera que le film est tenu par un trio d’actrices excellentes dans la peau de ces femmes. Trois actrices qui vont être drôles, captivantes et parfois même touchantes. Après, si Sara Forestier et Annabelle Lengronne excellent, il faut mentionner Noémie Lvovsky qui décidément étonne de rôle en rôle et ici, elle nous offre un joli tour de charme.

Du côté de la mise en scène, si « Filles de joie » est joliment classique, il a le mérite de très bien nous présenter ces trois femmes. Faisant des bonds dans le temps, si parfois cela apparaît comme inutile (le début), cela apparaît aussi comme très intéressant quand le film est au plus près du portrait de ses personnages. De plus, entre un esthétisme soigné, de jolis plans, une atmosphère aussi belle que crue et parfois sombre, le film de Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich est beau à regarder et suivre.

Cette première collaboration entre Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich donne quelque chose d’intéressant. Simple, classique, mais aussi nuancé, tendre et cru à la fois, « Filles de joie » ne marquera peut-être pas l’année, mais ce n’est pas pour cela qu’il ne mérite pas d’être vu. Bref, le moment fut petit, mais il fut bon, et surtout intéressant.

Note : 14/20

Par Cinéted

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