janvier 19, 2021

Da 5 Bloods

De : Spike Lee

Avec Delroy Lindo, Clarke Peters, Isiah Whitlock Jr., Norm Lewis, Jonathan Majors

Année: 2020

Pays: Etats-Unis

Genre: Dame, Guerre

Résumé :

L’histoire de quatre vétérans afro-américains qui retournent au Vietnam pour y retrouver la dépouille de leur chef et un hypothétique trésor enfoui.

Avis :

La guerre du Vietnam est un sujet inspirant pour les réalisateurs américains. On ne compte plus les gros films de guerre dont c’est le thème principal et il y a un cinéaste qui s’en est fait une spécialité, c’est Oliver Stone. Avec près de quatre films qui parlent de ce conflit, le célèbre réalisateur a failli en faire un cinquième avec Da 5 Bloods. En effet, avant d’atterrir dans les mains de Spike Lee, le projet était rattaché à Oliver Stone et malheureusement (ou heureusement), cela ne se fera pas. Remaniant le script, présentant des personnages afro-américains dans un contexte sulfureux et angoissant aux States et un peu partout dans le monde, Netflix permet alors à Spike Lee de sortir son dernier film qui est terriblement d’actualité. Après un BlacKkKlansman relativement réussi et très engagé, le cinéaste est de retour pour un autre film engagé, mais de façon intelligente, prônant bien évidemment le « Black Lives Matter », mais aussi le respect de tout le monde et l’intérêt du métissage. Et si Da 5 Bloods n’est pas totalement réussi, il n’en demeure pas moins un très bon film intelligent sur le fond, comme sur la forme.

Le film débute avec des images d’archives de plusieurs noirs connus qui se sont faits sauvagement assassiner ou encore d’images de soldats blancs qui tuent sans vergogne des vietnamiens ou encore des personnages noirs. Sans ambages et sans perdre de temps, Spike Lee pose les bases de son film, à savoir le racisme et une critique virulente de la politique d’un pays, celui des Etats-Unis. Très rapidement, on va alors suivre quatre amis de longue date, d’anciens de la guerre du Vietnam, qui reviennent au pays pour retrouver le corps de leur cinquième ami, mais aussi une malle remplie de lingots d’or. Ce voyage va permettre à chacun de se replonger dans des souvenirs éprouvants, de se délivrer quat aux traumatismes de la guerre, mais aussi de se découvrir et de faire la paix avec soi-même en quelque sorte. En l’état, si l’on peut voir le récit comme une chasse au trésor qui peut mal tourner, Spike Lee va y brancher d’autres thématiques très fortes, faisant de Da 5 Bloods un brûlot contre la guerre, contre la politique de Trump, mais aussi pour le respect mutuel. Tout cela sans oublier de divertir son public, malgré un film bavard et avare en action.

Le film est riche et dense, mais surtout, il ne mâche pas le travail de réflexion pour le spectateur. Spike Lee n’appuie jamais ses idées pour laisser place à une réelle interprétation et bien souvent, des éléments clés sont cachés dans des dialogues ou dans la forme de la mise en scène. Ainsi donc, le plus gros brûlot anti-raciste va se trouver au sein d’un monologue face caméra, brisant le quatrième mur et livrant une belle confidence sur la place dans noirs dans la société américaine, mais aussi sur cette volonté de choisir sa mort. Le message contre le capitalisme se verra sur la fin, où le méchant français se fiche complètement de la couleur de peau de ses « ennemis » pourvu qu’il y ait de l’argent à se faire. Si la réplique est profondément raciste, employant le mot « négritude », le fondement même de la réflexion se trouve dans la nature même de l’argent, ce mal qui rend fou tout le monde, peu importe nos origines. Bien évidemment, Spike Lee va aussi jouer avec la politique menée par Trump et jouer avec les ambiguïtés de certains personnages, dont celui de Paul, afro-américain qui revendique avoir voté pour ce charlatan raciste et en assume pleinement les conséquences, portant une casquette « make America great again ». Un personnage fragile, lui aussi raciste par peur de l’inconnu. La thématique de la mort est aussi bien présente au sein du métrage, le danger rôdant partout dans ces montagnes et les personnages évoquant une fin de vie difficile et une volonté de choisir sa mort.

Des personnages qui sont tout de même relativement inégaux. Parmi les cinq compères dont parle l’affiche, deux sont vraiment très travaillés. En premier, il s’agit de Paul, celui qui souffre le plus de ce conflit et qui va complètement vriller, offrant le plus de pistes de réflexion sur les ravages de la guerre et sur la condition des noirs aux Etats-Unis. Il sera accompagné de son fils et leur relation montrera bien les sautes d’humeur d’un père aimant mais qui perd pied petit à petit. L’autre personnage le plus travaillé est Otis, qui va découvrir qu’il a eu une fille avec une prostituée de l’époque et qui souffre de la hanche. Il est un peu le leader de la bande, mais va s’effacer au fur et à mesure de l’intrigue, ce qui est dommage. Pour les deux autres, hormis un vendeur de voitures qui a fait faillite, on reste dans le flou complet sur le chemin de vie et ce dimorphisme est un peu dommage au sein du métrage. Tout comme les personnages secondaires qui peinent à convaincre, dont un Jean Reno en agent de change un peu raciste, voire même nazi sur les bords, et une Mélanie Thierry pas suffisamment employée. Ce problème de personnages est l’un des points faibles du film, d’autant plus que la durée aurait permis de plus les approfondir.

Mais Spike Lee se rattrape grandement avec sa mise en scène. S’il n’est pas à l’aise avec les fusillades, il va trouver un bon moyen pour ne pas trop en filmer. En effet, le film est constamment en cinéscope lorsqu’il parle du présent, mais dès que des flashbacks surviennent, le film se met en 4/3 avec un aspect granuleux. Cela permet de se plonger directement dans les souvenirs des personnages, et de mettre en évidence celui de Norman, héros de guerre qui va être tué lors de ce conflit. Sans utiliser le de-aging pour rajeunir ses personnages, Spike Lee les garde vieillissant pour mieux nous montrer qu’il s’agit de souvenirs, de réminiscence d’un passé douloureux et que cela se passe en ce moment même dans la tête de l’un des quatre survivants. C’est fait de façon très intelligente et montre aussi une grande inspiration de la part du réalisateur qui retrouve une certaine verve. Que l’on retrouve aussi dans la bande-originale, parsemée de tubes de la Motown, et qui est omniprésente, baignant le film d’une certaine nostalgie. Cette mise en scène sera aussi l’occasion de montrer certaines émotions. Le cinéaste sait se faire touchant quand il le faut (la découverte de la paternité d’Otis, les retrouvailles avec le corps de Norman, le final) et ponctue aussi son film de fulgurances violentes. Le sang gicle, les fusillades n’épargnent personne et même si elles sont peu nombreuses, elles sont percutantes.

Au final, Da 5 Bloods, le dernier film en date de Spike Lee et qui est disponible directement sur Netflix, est une belle réussite. A la fois divertissant et intelligent, le cinéaste ne propose pas une vision unilatérale de la condition des noirs aujourd’hui. Si cela prend une place importante, il signe, avec son final, une belle réflexion sur le métissage, sur le fait de vivre ensemble et heureux, que l’on soit français, américains, asiatiques, blancs, noirs ou autre. Sans être révolutionnaire non plus, le film est un peu longuet par moments et certains personnages ne sont pas suffisamment travaillés, Da 5 Bloods demeure un bon film tenu par des acteurs formidables.

Note : 16/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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